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La révolution silencieuse de Gabriele Adinolfi, radicalement Européen

La révolution silencieuse de Gabriele Adinolfi, radicalement Européen

par | 19 avril 2026 | Europe, Géopolitique

La révolution silencieuse de Gabriele Adinolfi, radicalement Européen

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Le dernier livre de Gabriele Adinolfi, La Révolution silencieuse (Éditions du Paillon, 206 pages, 20 euros), traduit de l’italien par Gérard Boulanger, expose la conception du monde d’un ancien activiste national-révolutionnaire devenu théoricien politique. Partisan d’un Imperium européen inspiré par le penseur ésotériste Julius Evola, l’auteur soutient la construction européenne tout en exprimant une vive opposition à l’égard des souverainismes nationaux et une franche hostilité envers la Russie. Ses thèses, résumées ici sans commentaire de notre part, plairont à certains mais ne manqueront pas de faire réagir vivement de nombreux lecteurs de Polémia. Mais de la confrontation des idées nait la vérité.
Johan Hardoy

Une Russie « anti-européenne »

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et la Russie se sont partagés le monde, mais les Américains ont changé d’attitude « lorsque les Russes ont tenté de croître au détriment de leurs complices-rivaux, comme ce fut le cas en Afghanistan en 1979 ».

Après la chute de l’URSS, les États-Unis se sont précipités « pour aider la Russie à se recomposer et se rétablir ».

En 1999, l’année de la guerre du Kosovo, Gabriele Adinolfi a été le premier « poutiniste » italien. Sa position a changé quand il a observé « la métamorphose de la politique russe ». La Russie a alors « décidé de renier la ligne suivie jusqu’en 2006 — la collaboration avec l’Europe — pour passer deux ans plus tard au néo-soviétisme ou néo-tsarisme ».

« Certes, le changement de ligne politique des Russes a beaucoup plu aux Américains et, de pair avec les Britanniques, ils y ont contribué, manœuvrant dans leur arrière-cour pour réduire l’influence acquise par la puissance économique et diplomatique allemande et rompre le cordon énergétique entre Moscou et Berlin. »

La raison principale de cette nouvelle orientation stratégique réside en premier lieu dans l’état d’esprit russe, « généralement rétrograde » et animé par une « logique autocratique de pouvoir [qui] a toujours été coercitive et fondée sur la terreur ».

Selon l’auteur, la Russie n’est pas parvenue au stade d’une « civilisation accomplie » : « De là sont nées la jalousie et l’animosité envers nous, une constante de l’idéologie russe et la matrice de sa politique, qui, depuis Napoléon, a toujours été anti-européenne, contre les identités populaires et le concept même de liberté, qui y résonne comme un gros mot. »

« Paris et Berlin parvinrent à calmer le jeu avec les accords de Minsk. […] Jusqu’au 23 février 2022, soit à la veille de l’invasion de l’Ukraine, l’Allemagne et la France ont satisfait toutes les demandes de Poutine et les ont garanties, mais inutilement. »

« Pour justifier son invasion, Moscou a inventé l’histoire de la “minorité russophone menacée” et des lois linguistiques discriminatoires qui auraient provoqué la révolte [dans le Donbas — que l’auteur écrit à l’ukrainienne avec un seul « s »]. Le problème, c’est que la population russophone ne se sentait pas russe ».

Quant aux 14 000 morts dans le Donbas entre 2014 et 2022, « que les Russes exhibent comme s’il s’agissait uniquement de leurs ressortissants », « une proportion légèrement inférieure à la moitié est composée de loyalistes ukrainiens ! »

Concernant l’OTAN, sa critique « repose sur un ensemble de mystifications et de divagations absurdes. On l’accuse d’avoir menacé la Russie (celle de Staline !) dès 1949 et de continuer à le faire aujourd’hui. […] Mais alors : quel serait le crime à combattre une puissance asieuropéenne (et non eurasiatique) qui, depuis sa naissance, a toujours agi contre nous ? »

L’hégémon américain

« Ceux qui dénoncent l’unipolarisme américain ne savent pas vraiment de quoi ils parlent. L’unipolarisme n’a jamais existé : il s’agissait plutôt d’un hégémon qui, après la disparition de la stabilité de Yalta, a adopté la doctrine Brzezinski pour maintenir son leadership via une politique d’accords multilatéraux, accompagnée de la mise en concurrence des autres acteurs entre eux. Tout cela n’a pas suffi à empêcher la progression de l’autonomie et de l’influence des Européens, et encore moins l’essor de la Chine. Encore aujourd’hui, cette doctrine revue et corrigée est poursuivie sans interruption par la Maison Blanche. »

De leur côté, les BRICS constituent « un système d’accords et de compensations entre ces économies, mais non une alternative au système mondial », dans lequel ces pays « veulent exercer un pouvoir de négociation dans le système mondial ».

Gabriele Adinolfi ne croit pas non plus au concept de multipolarisme, qu’il juge irréalisable et irréaliste : « Sa glorification n’a pas d’autre raison d’être que de masquer la nostalgie de la partition de l’Europe par les puissances étrangères. »

Il critique également « la rengaine sur le nombre de bases de l’OTAN en Italie, considérées comme un instrument de l’impérialisme américain », car « la domination américaine est surtout culturelle et financière ». Ainsi, « la Turquie au sein de l’OTAN fait presque ce qu’elle veut ».

Une construction européenne jugée positive

Les cultures asiatiques et africaines ne sont pas homogénéisables et ne peuvent pas conduire à l’unité en raison de trop grandes différences de conceptions ataviques, archétypales, de coutumes, de goûts, d’esthétique et de sensibilité.

« Il en va de même pour les Blancs. Trouver un dénominateur commun entre Méditerranéens, Nordiques et Slaves est déjà complexe, mais possible ; étendre cette possibilité au-delà de l’Atlantique ou vers le Moyen-Orient ou la Russie est inconcevable. »

« Les Blancs russes, américains ou australiens ne pourront pas participer, sauf minoritairement et via de vieilles traditions familiales, à un processus d’européanisation. »

Gabriele Adinolfi plaide donc en faveur de la construction européenne, qui constitue à ses yeux non un modèle achevé mais une « dynamique ».

L’Italie a perdu sa souveraineté stratégique au profit des États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, mais la « cession de souveraineté » à l’Union européenne lui a permis de la récupérer partiellement, surtout depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni.

Selon l’auteur, une souveraineté réelle « ne peut exister sans une dimension continentale, ni sans une puissance capable de la faire respecter ». Ainsi, « l’Union européenne est l’aboutissement d’un processus engagé dès 1940 par des Italiens et des Allemands, puis repris après-guerre, structures comprises, par les nations d’Europe occidentale. Ce processus fut d’abord contré par les États-Unis, avant d’être accepté en échange de l’adhésion à l’OTAN ».

« En réalité, si l’Union européenne ne compte pas politiquement et militairement, la convergence de vues et d’intérêts parmi les principaux acteurs européens s’accélère et semble destinée à croître. La transformation de l’UE est probablement inévitable, et ce n’est pas une mauvaise nouvelle. »

« On nous répète souvent : “Nous sommes profondément européens, mais pas pour cette Europe. Il faut la détruire afin d’en construire une autre.” Avec tout le respect que l’on doit aux opinions d’autrui, c’est un raisonnement d’imbéciles ou bien d’amateurs de ghettos, prêts à confier leur identité à des velléitaires inquiétants. » La construction européenne est en marche et sa reconstruction sur d’autres bases, après son effondrement, nécessiterait des siècles pendant que d’autres puissances resteraient unies.

« On raisonne par ailleurs comme si cette Europe ne signifiait rien, comme s’il y avait eu un débarquement d’extraterrestres à Bruxelles imposant d’en haut une gouvernance supranationale, comme si l’ensemble de l’édifice européen n’était pas le reflet des politiques nationales et, surtout, l’expression des classes dirigeantes de chaque pays. »

« Aucun exit n’est envisageable, et seulement y songer donne la nausée. Cela ne signifie pas soutenir l’UE telle qu’elle est, mais aller au-delà, dans une logique de progression et non de régression. »

L’auteur plaide pour une troisième voie, entre une Union européenne inefficace et des souverainismes « désespérants et autodestructeurs » : « Celle du souverainisme européen. Un souverainisme non mécaniste, non jacobin, ni fédéraliste ni confédéral, mais harmonique, animé par un esprit gibelin renouvelé et doté d’une auctoritas impériale qui non seulement ne piétine pas, mais exalte les particularités, les autonomies et les nationalités — faute de quoi il ne saurait être ni impérial ni gibelin. »

La mort démographique de l’Europe et l’immigration

Gabriele Adinolfi ne souscrit pas à la thèse selon laquelle l’immigration serait « un complot pour nous détruire par le biais du remplacement ethnique, favorisé par les capitalistes qui ont besoin d’une armée de travailleurs de réserve pour maintenir les salaires bas ».

Tout en reconnaissant le rôle de l’« idéologie anti-identitaire » propre à l’ONU, aux églises, au communisme et au libéralisme, il considère que le nœud du problème réside dans la chute de la natalité en Europe : « Ce sont la mort démographique et la disparition du père, de la discipline et de la hiérarchie qui posent problème. »

Selon lui, les défis posés par l’immigration ne seront pas résolus par la fermeture des frontières, l’expulsion des migrants ou un blocus naval, mais en les traitant à la source.

Les solutions qu’il entrevoit consistent notamment « à combler le vide créé par la démographie par un accroissement de l’automatisation », à « investir dans la natalité » et à « contrôler les entrées, en sélectionnant en amont » de manière à favoriser celles qui sont compatibles avec nos besoins et nos mœurs.

Par ailleurs, il déplore que la question de l’islam ne soit pas abordée avec « intelligence et fermeté ». « Certes, on peut objecter qu’il s’agit d’une religion intolérante, cherchant à conquérir, convertir ou massacrer, car c’est ce que disent ses textes », mais dans le Talmud, « le sentiment négatif envers les autres y est peut-être encore plus violent », tandis que le christianisme n’a pas toujours été tolérant comme le montre le massacre des Cathares.

Il s’agit donc d’assumer « sa propre identité, en la revendiquant et en en étant fier, sans vouloir pour autant la définir uniquement en opposition aux autres ».

Pour un lobby du peuple

« L’arrogance idéologique, juridique et culturelle des élites défaillantes et devenues incapables de raisonner pose problème. Mais moins en soi qu’en raison du vide en termes d’orientations et de repères qu’elles ont produit. […] Tôt ou tard, il faudra aider notre société à accoucher de nouvelles élites, avec des principes clairs en tête. Pas des dogmes, des principes. »

« Dès lors que l’on tient pour acquis que le pouvoir est solidement installé, au lieu de se consacrer à tisser des réseaux de communication et à promouvoir des initiatives permettant la réorganisation d’une société dissociée de ses corps représentatifs classiques, on renonce à la possibilité de constituer ce que j’appelle depuis longtemps le lobby du peuple. Celui-ci devrait sous-tendre toute action politique, car il aurait une capacité contractuelle et une influence indépendamment des luttes électorales. »

Il ne s’agit pas de mythifier le peuple qui aurait toujours raison contre l’élite, car « l’Histoire est l’œuvre continue de minorités organisées qui forment les élites », mais d’en générer de nouvelles, « capables de poursuivre le Mythe — et non les utopies, qu’elles soient métaphysiques ou géopolitiques — qui prolifèrent dans les pseudo-idéologies de nombreux milieux identitaires actuels ».

C’est dans cet esprit que Gabriele Adinolfi a créé les Lansquenets d’Europe, une « communauté des communautés » regroupant « des gens de milieux parfois rivaux localement », amenés « à dépasser de nombreuses réticences » afin de « chevaucher sans complexe le tigre de la (post)modernité ».

« D’une manière générale, on a perdu conscience que chaque acte, chaque pensée, chaque réalisation artistique ou esthétique, chaque exemple, agit autour de soi et contribue à modeler la scène de l’infinie comédie humaine. »

Johan Hardoy
19/04/2026

Johan Hardoy

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