Pour Guillaume d’Aram de Valada, l’Europe s’est condamnée à l’impuissance à force de croire aux mirages américains. Face au désordre trumpien comme aux illusions mondialistes, Guillaume d’Aram de Valada appelle dans ce texte à retrouver une ligne claire : celle de l’indépendance, de la lucidité et de la défense des intérêts européens.
Polémia
Trump, entre diplomatie de comptoir et stratégie du chaos
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump passe des droits de douane aux velléités d’annexion du Canada, des promesses d’arrêt des combats en Ukraine à l’annexion du Groenland, le tout entre deux parties de golf.
Après avoir décidé de frapper militairement l’Iran, en suivant les velléités israéliennes, ses discours, au fil des jours, n’ont cessé de donner l’impression d’un « nervous breakdown » pathétique, comme dirait Jean Lefebvre dans Les Tontons flingueurs !
Sous couvert, une fois de plus, de vouloir empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire, la machine à manipuler l’opinion est à nouveau lancée.
Tout pays possédant l’arme nucléaire serait-il forcément enclin à l’utiliser ? Ou la dissuasion nucléaire doit-elle être exclusivement la propriété de ceux qui la détiennent ? L’obtention de l’arme nucléaire serait-elle dissuasive ou non dissuasive ?
Vaste question !
Suite au début des bombardements fin février, le régime des mollahs n’a eu, en définitive, qu’à s’adapter à l’attitude aventureuse du « Donald Picsou » de Washington.
Le piège du blocus du détroit d’Ormuz en aura été la parfaite illustration.
Qui pourrait nous faire croire que des bombardements, si massifs soient-ils, pourraient avoir raison d’un régime religieux basé sur l’intransigeance et la notion de sacrifice de son peuple ?
Il suffirait de se référer à la longue histoire des Perses pour le culte du sacrifice dans la mémoire collective chiite, transmise de génération en génération.
La culture du « tout, tout de suite » est consubstantielle à la politique américaine, ce n’est pas nouveau.
Trump en symbolise sans doute la permanence : se servir des circonstances pour engranger des dividendes financiers immédiats.
Et, en matière de dividendes et de bénéfices, l’Américain en connaît un rayon. C’est la matrice même de toute son éducation.
Tout se monnaye !
Toute cette mise en scène quasi quotidienne illustre une diplomatie de comptoir et de tiroir-caisse !
Jacques Chardonne avait des mots sévères pour décrire « le Nouveau Monde » :
« En Amérique, les pionniers ont une vie pénible. L’émigrant n’a d’autre but qu’un rapide enrichissement. Pour certains hommes, l’existence n’a de prix que dans l’excitation du jeu et la réussite positive. Lorsque tout un peuple inclut l’homme, corps et âme, dans la production et la consommation, et n’a pour ouverture sur l’esprit qu’une douzaine de sectes religieuses saugrenues, c’est grave. »
L’Europe face à l’illusion américaine
L’Amérique reste, in fine, convaincue, comme toujours, qu’elle doit rester le gendarme de tout, y compris quand on ne lui demande rien. Celle de Trump ne déroge pas à ce principe, tout en annonçant le contraire.
Il y a, à mon sens, une relative naïveté à s’imaginer que les États-Unis abandonnent de sitôt leur volonté séculaire de domination sur le monde, et sur l’Europe en particulier.
Pour Trump et son administration, l’Europe de Bruxelles, de par sa faiblesse technocratique fédéraliste, représente un vulgaire tapis de poker menteur dont il compte bien être le croupier.
Dans sa dialectique de représentant de commerce, Trump veut apparaître comme un faiseur de paix, alors qu’il risque, par son agitation grossière, d’être un ferment de division, s’imaginant engranger les dividendes de guerres dont il serait l’arbitre !
À son accession aux affaires, pour la deuxième fois, nous pouvions nous réjouir de sa volonté affichée de ne plus s’occuper des affaires du monde en se concentrant sur son « America First ».
C’était s’affranchir de l’agitation du personnage.
L’Amérique, ce n’est pas nouveau, aime nous brocarder régulièrement comme le maître d’école d’antan mettait des coups de règle sur les doigts du cancre au fond de la classe. Si ça peut participer à nous redresser, pourquoi pas, mais se faire sermonner par une puissance étrangère laisse toujours une sensation désagréable d’amertume, pour ne pas dire plus.
Le discours du vice-président américain James David Vance, en février 2025, aura sonné comme une leçon de liberté d’expression du maître à l’élève. En fustigeant notamment les graves dérives des instances européennes, notamment en matière de liberté d’expression, et sur une immigration « hors de contrôle », Vance n’a fait que mettre le doigt sur la plaie déjà béante du multiculturalisme installé sur notre continent.
Les bonnes âmes ont cru entendre une voix salvatrice, alors que ce multiculturalisme destructeur nous vient du monde anglo-saxon et plus précisément d’outre-Atlantique, avec toutes les maladies qu’il véhicule depuis plusieurs décennies. Ce côté quelque peu messianique de Trump et de son entourage politique devrait nous alerter plutôt que de nous réconforter superficiellement.
Au fond, rien n’a véritablement changé depuis 1945, il y aura toujours un plan Marshall au frigo, au cas où !
Roger Nimier l’écrivait dans Les Épées :
« À la belle saison, les armées alliées ont débarqué sur le sol normand, l’épée de l’Archange dans une main, une paire de menottes dans l’autre. »
Ultimatums, pétrole et farce géopolitique
Chaque jour, ou presque, l’oncle Sam parle d’ultimatum adressé à l’Iran, avant de lancer « l’apocalypse » des frappes aériennes, pour ensuite nous parler de délais prolongés, voire d’un accord historique en passe d’être signé !
Non content de nous jouer un mauvais vaudeville dans la plus pure tradition du « retenez-moi ou je fais un malheur », le businessman président croit maîtriser la situation, alors qu’elle semble sérieusement lui échapper.
Les mollahs iraniens ont compris et bien cerné le personnage, et cette guerre risque fort de se terminer en « eau de boudin ».
Les futures élections américaines, dites de « mi-mandat », viennent perturber le jeu de celui qui croyait, comme au poker, cacher son jeu. À ce stade, il n’est pas en mesure de monter les enchères ou de faire tapis. En regardant les prix de « l’or noir » monter en flèche, il tente de rassurer son opinion publique, qui s’agace devant la pompe à essence !
Comme dans un « saloon » de western, avec ses portes battantes s’ouvrant dans les deux sens, Trump entre et sort bousculé par l’inconséquence de la situation.
Finira-t-il par être projeté la tête la première sur le coin du comptoir en bois dur ?
Le réveil en serait des plus dangereux, et se terminerait sans doute par des promesses bellicistes qui n’engageraient que ceux qui les recevraient.
Devant un tel spectacle d’agitation médiatique, on serait tenté de penser qu’au pays des cowboys, les clowns sont rois ! Mais j’ai sans doute très mauvais esprit !
Guillaume d’Aram de Valada
27/05/2026









