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Pourquoi l’Amérique ne parle pas français

Pourquoi l’Amérique ne parle pas français

par | 3 mai 2026 | Société

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En visite aux États-Unis, Charles III a déclaré à Donald Trump que si les Américains ne parlent pas français, c’était grâce aux Anglais ! Analyse de cette guerre des langues par Camille Galic.
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Charles III face à Donald Trump

Les Anglais ont-ils jamais digéré la Déclaration du 4 juillet 1776, selon laquelle treize de leurs colonies d’Amérique, du Connecticut à la Caroline du Sud, se déclaraient « unanimement indépendantes » ? Invité à Washington pour le 250e anniversaire de cet événement un peu embarrassant, voire humiliant pour la Couronne, alors que Donald Trump venait de surcroît de multiplier les attaques contre le gouvernement de Londres, Charles III s’en est tiré avec un humour tout britannique. Prouvant qu’on pouvait être quasi octogénaire et très malade sans rien perdre de son punch.

Le monarque a ainsi rappelé au président états-unien que si Londres traînait un peu la patte dans le conflit avec l’Iran, Washington se désintéressait de l’Ukraine, et il lui a offert la cloche d’un navire au nom opportun, le HMS Trump, un sous-marin britannique mis en service en 1944, avec ce commentaire : « Puisse-t-elle témoigner de l’histoire commune de nos nations et de leur brillant avenir. Et si un jour vous avez besoin de nous, n’hésitez pas à nous sonner. »

Ce qui était une réponse à l’apostrophe lancée en janvier à la vieille Europe par l’outrecuidant Donald affirmant que, « sans les États-Unis, les Européens parleraient aujourd’hui l’allemand et un peu le japonais ». Rappelant cet incident, Charles III a glissé : « Oserais-je dire que sans nous, vous parleriez français ? »

La faute à des Hexagonaux trop casaniers…

Ce qui a déclenché, paraît-il, les rires de l’assistance, mais aussi de nos médias qui en ont fait leurs choux gras. Il ne s’agit pourtant pas d’une simple boutade, et le passionné d’histoire qu’est le fils d’Elizabeth II le sait bien. L’Amérique du Nord a failli être francophone, et pas dans le seul Canada. Au XVIIIe siècle, en effet, la France est chez elle dans les States actuels, du golfe du Mexique aux Grands Lacs, la Louisiane (1) explorée par l’infatigable Cavelier de la Salle est nommée ainsi en hommage au Roi-Soleil, et, créant Saint-Louis, aujourd’hui deuxième ville du Missouri, Cavelier de la Salle, encore lui, la consacre à Louis IX.

Cependant, si l’adoption de notre langue — parlée et admirée par toutes les élites d’outre-Atlantique, ladies et gentlemen de souche anglaise compris — est plusieurs fois discutée au Congrès, comme le rappelle Jean Duché dans le tome III (L’Âge de raison) de sa passionnante Histoire du monde (éd. Flammarion, 1969), aucun texte imposant son usage et sa prééminence ne sera voté.

Pour grandir et fructifier, les treize colonies ont en effet trop besoin de bras, qui leur viennent majoritairement de l’Irlande et de l’Écosse alors misérables, ainsi que d’Allemagne, ravagée par les guerres de succession. Les premiers parlent déjà anglais, les Teutons s’y mettent plus aisément qu’au français. Le salut viendrait d’un afflux de paysans, d’ouvriers et d’entrepreneurs bretons ou auvergnats. Mais la France est alors très riche, ses habitants répugnent à s’expatrier et la démographie des colons déjà installés est trop faible — deux facteurs qui, deux siècles plus tard, scelleront le destin de l’Algérie pourtant si proche.

… Et à la première des guerres mondiales

Le coup de grâce viendra toutefois de la guerre de Sept Ans (1756-1763), la « première de nos guerres mondiales » selon le mot de Churchill. Elle mobilise en effet une douzaine de nations et se déroule simultanément sur trois continents — Europe bien sûr, mais aussi Amérique et Asie, de l’Inde aux Philippines.

Les États européens en sortent ruinés, en commençant par l’Espagne, l’Autriche et la France, contrainte à signer en 1763 le désastreux traité de Paris scellant la fin de « l’Europe française ». Pour faire face à l’énorme dette accumulée, Paris compte sur les riches colonies de la Martinique et de la Guadeloupe, où l’on cultive la canne à sucre et la vanille, et qu’elle rachète à l’Angleterre qui s’en était emparée pendant la guerre de Sept Ans, mais elle se résout à l’abandon du Canada, ces « quelques arpents de neige » à peine bons à fournir des fourrures… et désormais si américanisés que Donald Trump veut en faire son 51e État — voir https://www.polemia.com/le-quebec-face-au-projet-dannexion-du-canada-par-donald-trump/.

Mais l’Angleterre, considérée comme la grande gagnante du conflit, en émerge elle aussi affaiblie militairement et lessivée financièrement, les dettes qu’elle avait contractées pour mener les opérations étant considérables. Pour se refaire, elle accable de taxes, notamment sur le thé, ses treize colonies américaines, qui réagiront par la « tea party de Boston » où, le 16 décembre 1773, les marins déchargeant le thé, venu des comptoirs de l’Inde et transporté par des navires anglais, subissent le supplice du goudron et des plumes — les fascistes italiens n’avaient donc rien inventé… — cependant que les bateaux tentant d’accoster sont canonnés et doivent rebrousser chemin.

Deux ans plus tard commence la guerre d’indépendance américaine (1775-1783) et, dans la foulée, est proclamée l’indépendance des États-Unis, bientôt érigés en République fédérale.

À cause de la guerre de Sept Ans, l’Angleterre avait perdu l’essentiel des bateaux de la Royal Navy — sans parler des 75 000 marins ayant succombé au scorbut, voire à la famine, conséquences des interminables traversées transocéaniques —, qu’elle mettra près de trois décennies à reconstituer. Et la France des Bourbons sera emportée par les « idées nouvelles » empruntées aux Insurgents américains par la poignée de jeunes nobles, dont le funeste Gilbert, marquis de Lafayette, venus à leur secours… avec les encouragements de Versailles par soif de revanche sur la perfide Albion.

Mais, comme aurait dit Kipling, « ceci est une autre histoire, ô mieux-aimés »… Une histoire qu’il vaut mieux toutefois connaître, et méditer. Si la défense du sol sacré de la patrie est un devoir, « mourir pour Dantzig » — ou pour Kiev, Téhéran, Tel Aviv ou Gaza — mérite réflexion. Et si nous avons raté le coche linguistique de l’autre côté de l’Atlantique, ce n’est pas une raison pour nos hommes politiques, en commençant par nos présidents, et nos prix Nobel de s’obstiner à baragouiner en toute occasion l’américain pour faire moderne. Qu’ils laissent donc cela aux rappeurs et aux footeux exotiques !

Camille Galic
03/05/2026

(1) Participant en 1972 à Nuremberg à un meeting contre le communisme, mon intervention traduite en allemand par Mme Frei, épouse de Gerhardt Frei, directeur de la National Zeitung, fut accueillie dans la plus grande indifférence, sauf par un groupe de jeunes hommes qui applaudissaient frénétiquement chacune de mes phrases. Renseignements pris, il s’agissait d’officiers américains venus d’une base de l’OTAN, tous originaires de Louisiane et portant des noms bien de chez nous. Malheureusement, ne parlant ni le français ni l’allemand, ils n’avaient rien compris à mon laïus mais avaient été « si heureux d’entendre du français »… qu’aucun d’eux n’avait pris la peine d’apprendre car « cette langue est si difficile ».

 

Camille Galic

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