Le polémiste et journaliste indépendant Jean Robin sort son 66ᵉ livre, Les 20 ans de « la Dissidence » — 2007-2026 (disponible sur Amazon, 566 pages, 22,16 euros), qui retrace et analyse l’histoire d’un mouvement qui s’exprime principalement sur les réseaux sociaux et les médias alternatifs. L’auteur revendique être l’« un de ses principaux participants et témoins depuis le début », tout en combattant son « idéologie majoritaire » depuis sa création. Les nombreuses inimitiés qu’il s’est attiré au fil du temps n’entament pas sa conviction d’avoir offert « une alternative aux Français, souvent très jeunes, qui suivent l’émergence de cette dissidence autoproclamée ». Donnons-lui donc la parole, en laissant le soin aux lecteurs d’évaluer la pertinence d’arguments dont certains ne manqueront pas d’étonner… voire de détonner !
Johan Hardoy
Alain Soral, le parrain de la Dissidence
« Depuis une vingtaine d’années, un mouvement de contestation du pouvoir s’est développé sur Internet, qui a fait émerger des dizaines de personnalités de tous bords. »
De fait, cette nébuleuse que l’on nomme « la Dissidence » a été « à l’avant-garde de sujets comme la géopolitique, les médias, les religions, la lutte contre la pédocriminalité et l’évolution des genres ».
Ce mouvement s’est formé initialement autour d’un centre constitué par Égalité et Réconciliation (E&R), une association politico-culturelle fondée en 2007, dont Alain Soral demeure indéniablement la personnalité marquante. Outre sa dénomination, la ligne politique d’E&R est exprimée par son slogan : « Pour la gauche du travail et la droite des valeurs. »
Jean Robin revendique de son côté une ligne libérale-conservatrice, antimarxiste et anti-islam (sa seconde femme, d’origine algérienne, a écrit un livre sous le nom d’Aquila, Pour un monde sans islam).
Après être intervenu lors de la première université d’été d’E&R, il a rapidement rompu avec Soral. Il compare cet « écrivain antisémite et marxiste », « pilier de l’internationale communiste irano-russo-chinoise en France », aux collaborateurs Déat et Doriot. Il ajoute que Soral est un « journaliste du Système » du fait de sa proximité professionnelle passée avec Thierry Ardisson, « un des papes de l’audiovisuel et donc du Système français ».
« De plus en plus de gens comprennent que Soral est une impasse idéologique et un agent de l’étranger. Je ne suis pas pour rien dans cette évolution, et comme je l’ai déjà expliqué, Soral est le passé de la Dissidence, tandis que j’en suis l’avenir », ajoute-t-il…
Une Dissidence marxiste
Outre Alain Soral et E&R, dont il est largement question dans le livre, Jean Robin évoque année après année, de 2007 jusqu’au début avril 2027, les prises de position, riches de conflits internes, des nombreuses personnalités qui composent la Dissidence.
Il constate également que « la prédominance de la vidéo sur l’écrit […] indique une baisse de niveau général dans le pays et dans la Dissidence, alors qu’elle devrait constituer l’avant-garde éclairée de la nation ».
Quelques figures des médias alternatifs sont louées pour leur ouverture d’esprit, comme le vidéaste « Tepa » (Patrick D’Hondt, décédé en 2019) : « Les très nombreux invités qu’il a reçus lui ont permis d’écouter tous les arguments afin de se faire sa propre opinion. »
La tolérance prônée par Jean Robin n’est plus de mise lorsqu’il s’agit de l’islam. Le vidéaste algérien Aldo Sterone est ainsi qualifié d’« ennemi de la France » et d’« agent chiite » parce qu’il a reçu un imam et qu’il s’est rendu dans une mosquée chiite « pour prêcher la bonne parole ». [NDRL : Aldo Sterone a déclaré au magazine Causeur qu’il était « le seul blogueur arabe pro-Israël ».]
De façon générale, Jean Robin, qui s’est converti au protestantisme calviniste, déplore une hostilité très répandue envers les États-Unis, le capitalisme et le protestantisme, qui ont pourtant rendu possible, selon lui, Internet et une large liberté d’expression.
« La matrice principale de la Dissidence est bien le marxisme », avance l’auteur en citant les marxistes les plus marquants, outre l’incontournable Soral : « Étienne Chouard, Francis Cousin, Pierre Cassen, Christine Tasin, Lucien Cerise, Loïc Chaigneau, Kentra, Charles Robin, Pierre-Yves Rougeyron, Pierre Jovanovic, ou encore Vincent Lapierre. »
Des « catho-marxistes », issus de cette matrice idéologique, sont également identifiés par l’auteur, qui observe que « le catho-marxisme est l’idéologie dominante de la France actuelle et de la Dissidence ». Ainsi, « Valeurs actuelles, c’est une gauche qui se dit de droite et qui est du côté sino-russe contre l’Occident, donc du côté communiste ».
Une Dissidence pro-russe
« Dans la Dissidence, tous les chemins ou presque mènent à Moscou. »
Les partisans du régime de Poutine sont légion dans notre pays, mais les États-Unis ne sont pas épargnés non plus par leur présence, à l’instar de Candace Owens [NDRL : cette commentatrice conservatrice et catholique considère que l’Ukraine a été créée par les Russes. Elle a pris ses distances avec Donald Trump depuis la guerre contre l’Iran.]
Jean Robin y voit une pensée « irrationnelle » : « L’Ukraine est un pays souverain qui est attaqué par un empire, donc les souverainistes devraient se placer du côté de l’Ukraine. »
Selon lui, une vidéo du youtuber souverainiste Trouble Fait qualifiant les « va-t-en-guerre » en Ukraine de « dégénérés » a « très mal vieilli ».
Il souligne également que « la Russie est l’alliée stratégique de la Chine ».
Par ailleurs, les liens de Jeffrey Epstein avec le FSB (ex-KGB) sont, nous dit-il, avérés, puisque « la presse internationale s’est fait l’écho » de mails de l’intéressé où l’on trouve « plus de 1 000 occurrences du mot “Poutine” » !
A contrario, le Mossad ne saurait être impliqué dans ce kompromat typiquement russe. Il en veut pour preuve que « Benjamin Netanyahu a déclaré que la “relation étroite inhabituelle” entre l’ancien Premier ministre Ehud Barak et le financier déchu et délinquant sexuel Jeffrey Epstein prouvait que ce dernier n’était pas un agent israélien, contrairement aux théories du complot qui abondent sur Internet. » Un polémiste de la Dissidence comme Idriss Aberkane s’est bien gardé de citer cette réfutation du Premier ministre israélien, observe Jean Robin…
L’auteur précise également être — sur la foi d’un livre écrit en 2003 par une femme présentée comme une certaine « Nima Zamar, espionne du Mossad » — « le seul journaliste français à pointer du doigt les responsabilités russes » dans les attentats du 11 septembre !
Une Dissidence qui refuse de voir le danger chinois
Depuis six ans, Jean Robin mène une véritable croisade contre le Parti Communiste Chinois (PCC), tout en déplorant que « sa cause piétine » à cause d’une « censure très forte ».
« Jusqu’à ce jour, les dissidents ne veulent pas reconnaître la dangerosité de la Chine communiste et son rôle dans nos malheurs depuis 2020, voire bien avant puisque Macron s’est dit maoïste en 2017, et tous les présidents de la Vᵉ République ont été proches de Pékin, depuis le basculement de De Gaulle vers le Tiers-Monde. »
Notre pays est complètement ouvert « à l’ingérence communiste chinoise » depuis « l’arrivée au pouvoir de Raffarin, d’abord comme ministre mais surtout comme Premier ministre en 2002, et depuis 2005 comme une sorte de Premier ministre permanent du PCC en France ».
L’Union européenne elle-même « est sous influence de l’internationale communiste et non des Américains, comme les souverainistes le disent et le répètent ». « La meilleure preuve » est « que le constructeur en chef de l’Union européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui » est François Mitterrand, un socialiste qui « a fait alliance avec les communistes au temps de l’URSS et qui était un anti-Américain rabique » !
En outre, « le couple franco-allemand, pilier de la construction européenne, est pro-PCC depuis 50 ans et a été pro-russe jusqu’en 2022 et la guerre en Ukraine ». « Il suffit de prendre les deux orientations majeures de l’Union européenne ces 20 dernières années pour constater qu’elles servent les Russo-Chinois et pas les Américains : l’interdiction en 2035 des véhicules thermiques d’une part, et la réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique d’autre part. »
« La France a été touchée, avec un Macron maoïste qui a fait du zèle en fermant Fessenheim et en ralentissant considérablement l’industrie nucléaire. »
Concernant la pandémie de Covid-19, Jean Robin évoque une « attaque biologique par la Chine communiste ayant déclenché la 3ᵉ Guerre Mondiale, événement majeur pour notre pays et pour le monde ». « Je l’ai analysé correctement dès le mois d’avril 2020, je l’ai démontré publiquement dans des vidéos, des articles et des interviews, pendant que Soral et le reste de la Dissidence faisaient diversion de cette attaque, comme le pouvoir politico-médiatique. »
Pendant que la « Dissidence autoproclamée » persiste à tenir un discours souverainiste classique — « L’UE inféodée aux USA, Poutine n’est pas si méchant, le problème c’est la finance, et tout le toutim » —, l’auteur clame à qui veut l’entendre « que l’infiltration de la Chine communiste depuis une vingtaine d’années a été si importante dans notre pays et dans notre élite que rares sont les responsables de haut rang à ne pas avoir été approchés d’une manière ou d’une autre par ce régime dictatorial ».
La Chine « n’est jamais dénoncée mais le plus souvent prise comme modèle ». Lors de la pandémie, le professeur Raoult a été soutenu alors qu’il « a des liens très importants avec la Chine communiste ».
« La messe est dite », déplore-t-il, quand André Bercoff, qui ne l’invite plus à Sud Radio, « s’affiche désormais régulièrement avec un T-shirt du PCC » !
Un État profond américain pro-chinois
Jean Robin déplore être « un peu seul en France » pour incarner « la ligne libérale-conservatrice qu’on trouve par exemple dans la droite américaine [qui] est nettement anti-islam, philosémite et pro-israélienne ».
À travers l’État profond américain qui constitue « un pantin de Pékin, comme l’oligarchie française, l’ONU ou le CIO », « le marxisme a infiltré l’État américain ». « L’État profond américain c’est Pétain, la Chine communiste c’est Hitler. En France, toute l’oligarchie c’est Pétain. »
La Dissidence a soutenu Donald Trump quand « il tapait sur l’État profond », « mais maintenant qu’il est élu, il tape surtout sur les ennemis des États-Unis, de l’Occident et du monde libre, à savoir la Chine, d’abord et avant tout, et ses larbins dans le monde entier dont les autres membres des BRICS ».
Par ailleurs, dans la Dissidence, « rares sont ceux qui osent prendre la défense d’Israël, en expliquant notamment qu’il s’agit de légitime défense depuis le 7 octobre 2023 ».
Là encore, les Chinois ne sont pas innocents ! L’auteur affirme ainsi que feu Mohammed Deïf, le chef de la branche armée du Hamas, a été formé en Chine, et que ce pays « a fourni des armes chinoises au Hamas et des moyens immenses pour creuser des tunnels sous Gaza ».
***
Le lecteur aura-t-il été convaincu par les arguments avancés par Jean Robin ?
Quoiqu’il en soit, Jean-Yves Le Gallou, qualifié sommairement de « pro-russe » dans le livre (mais pas de « pro-chinois » !), a tenu à laisser s’exprimer un auteur pour le moins contesté dans les milieux de la Dissidence.
Polémia, comme son nom l’indique, ne craint pas la polémique !
Johan Hardoy
01/05/2026









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