Ce Festival de Cannes cru 2026 aura été marqué par plusieurs polémiques politiques et par un militantisme de gauche exacerbé. Pierre Boisguilbert revient sur cet événement.
Polémia
Cannes, Bolloré et la riposte de Canal+
Au Festival de Cannes, Vincent Bolloré aurait dû recevoir le César du plus grand méchant — à égalité, puisque les récompenses sont doubles cette année, avec Maxime Saada.
L’annonce de Maxime Saada, patron de Canal+, du boycott des signataires d’une tribune anti-Bolloré suscite l’embarras au Festival international du film de Cannes. Plus de 600 professionnels du cinéma sont concernés, alors que le doute plane sur la mise en œuvre de ce boycott par le plus grand financeur du cinéma français, explique France 24, la chaîne française indigéniste.
La tribune anti-Bolloré est une petite merveille de la vanité des donneurs de leçons du cinéma. À l’ouverture du Festival de Cannes, la pétition « Zapper Bolloré » a d’abord fait pschitt. Publiée dans Libération, elle est signée par plus de 600 personnes présentées comme des professionnels du cinéma. Les signataires y dénoncent ce qu’ils considèrent comme la mainmise de l’homme d’affaires breton sur le septième art. De toute évidence, ils maîtrisent mal le financement du cinéma et celui des salles obscures. À l’exception d’Adèle Haenel, qui ne tourne plus de films depuis six ans, de Juliette Binoche, d’Anna Mouglalis et de Swann Arlaud, l’immense majorité des signataires est peu connue, y compris dans le métier : petit tacle du Figaro.
La riposte de Canal+ a éclipsé un palmarès qui sera très vite oublié. En gros, les Jean Moulin de la Nuit américaine reprochent à Canal d’instrumentaliser un cinéma d’extrême droite. Franchement, cela fait rire. Laissons de côté les films des plateformes qui ne produisent plus que des œuvres plus ou moins woke, où il n’y a plus que des femmes courageuses, des homosexuels admirables et des migrants méritants. Mais allez chercher un film identitaire français sur Canal+ : bon courage.
Canal+ a été à la pointe du progressisme avant Bolloré, au point de se faire qualifier par d’affreux réactionnaires d’« Anal+ ». Certes, ce n’est plus le cas. Mais de là à trouver un cinéma d’extrême droite, c’est du pur fantasme gauchiste. L’extrême gauche domine le cinéma français depuis l’adulation du soviétisme puis du tiers-mondisme. Il faut la patience d’un archéologue pour dénicher des films à contre-courant de la pensée dominante évolutive. On citera La 317e Section ou Le Crabe-Tambour, qui sont des chefs-d’œuvre. Mais pour un Apocalypse Now, combien de Palmes d’or à Cannes pour des films orientés toujours dans la même direction, conçus pour un entre-soi idéologique et le plus souvent boudés par le vrai public ? Cannes n’intéresse plus que ceux qui y sont — et encore !
Un palmarès conventionnel et idéologique
Le palmarès de cette année est conventionnel et insipide.
« C’est Cristian Mungiu qui a remporté la Palme d’or avec Fjord, sa deuxième récompense après celle attribuée pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007. Dans Fjord, inspiré de faits réels, le réalisateur roumain enracine son récit en Norvège pour mettre face à ses contradictions une société qui prône la tolérance et l’ouverture aux autres mais peut exclure brutalement ceux qui dévient du chemin tracé pour eux », souligne Le Monde. Et pan pour ces démocrates sociaux qui s’éloignent de l’admiration béate des bienfaits de l’immigration.
Le Grand Prix a été remporté par le Russe Andreï Zviaguintsev pour Minotaure. Durant son discours de remerciement, il a appelé le président russe Vladimir Poutine à mettre fin au « carnage » de la guerre en Ukraine. « Des millions de gens, de part et d’autre de la ligne de front, ne rêvent que d’une chose : que les massacres cessent », a déclaré le réalisateur, s’exprimant en russe, traduit en français par un interprète. Et pan sur le méchant Poutine.
Et Le Monde continue : « Avec Notre Salut, un précis d’histoire de France au filtre du présent, qui se confronte au régime de Vichy comme on ne l’avait jamais filmé, Emmanuel Marre a été récompensé par le prix du scénario. » Et pan sur le méchant Pétain.
Reste tout de même que le festival, il faut le dire, a encore du chemin à faire.
« La Belge Virginie Efira et la Japonaise Tao Okamoto ont remporté un prix d’interprétation féminine commun pour leur rôle dans Soudain. Avec ce prix, le jury cannois a distingué le lien invisible et indéfectible tissé entre les deux femmes dans le film de Ryusuke Hamaguchi, autour d’une maison de retraite accueillant des patients atteints de sénilité. » Plus gai, tu meurs.
Les acteurs Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, qui interprètent deux jeunes soldats tombant amoureux dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale dans le film Coward de Lukas Dhont, ont remporté ensemble le prix d’interprétation masculine. « J’espère vraiment que ce film va permettre à des jeunes hommes, des jeunes filles, des jeunes personnes de pouvoir s’aimer eux-mêmes et s’accepter comme ils sont », a déclaré, très ému, le Belge Emmanuel Macchia, 20 ans, dont c’était le tout premier rôle au cinéma. Le prix gay friendly n’a pas été oublié.
Le paradoxe des prix genrés
Mais, en fait, il y a un scandale dont personne n’a parlé et que nous allons dénoncer. Qu’est-ce que c’est que ces prix genrés ? Alors qu’il n’y a plus ni homme ni femme, pourquoi conserver un prix d’interprétation masculine et un prix d’interprétation féminine ? Ce n’est pas du Bolloré, ça ? Et pourquoi l’un des sacrés masculins n’a-t-il pas déclaré qu’il se sentait, ce soir-là, femme et voulait donc recevoir le prix d’interprétation féminine ?
Même à Cannes, il y a encore des progrès à faire pour satisfaire une idéologie dominante, mais encore victime des vieux codes du cinéma patriarcal. Allez les gars — oups ! — encore un effort pour remplir le cahier des charges et vider les salles.
Pierre Boisguilbert
25/05/2026
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