Dans ce texte, comme d’habitude très engagé, Guillaume d’Aram de Valada présente la République comme un régime fondé sur une logique permanente de tension, d’insoumission et de menace insurrectionnelle, dont LFI et le maire de Saint-Denis seraient aujourd’hui les héritiers stratégiques. Il dénonce plus largement les contradictions idéologiques républicaines — égalitarisme, laïcisme, universalisme et culte de l’« homme nouveau » — en les décrivant comme les causes profondes d’un système lancé dans une fuite en avant politique et civilisationnelle.
Polémia
Saint-Denis et la mise en scène de l’insurrection
La République n’est jamais en reste pour imposer ses impératifs et ses contradictions.
Ses défenseurs les plus acharnés savent en user jusqu’à profusion.
Ainsi, Jean-Luc Mélenchon, en créant son parti « La France insoumise », en fidèle thuriféraire robespierriste, n’a fait que mettre à jour, toujours un peu plus, un régime qui a toujours construit sa légitimité sur une guerre civile permanente.
À la faveur des dernières élections municipales, de nouveaux sans-culottes se sont vus hissés sur le pavois de certaines de nos villes, et pas des moindres.
Saint-Denis, la commune la plus importante du 93, est devenue l’ombre de notre Cité royale d’antan où dorment la plupart de nos rois. Elle est maintenant tombée dans l’escarcelle de LFI, le parti de la « France créolisée ».
Il n’aura pas fallu plus de 24 heures pour que son nouveau maire, Bally Bagayoko, affiche clairement la couleur, sans mauvais jeu de mots.
« L’allégeance » et la soumission furent clairement avancées dès le soir des résultats, comme dans le village le plus reculé du Mali, d’où est originaire le nouvel édile.
Sans revenir sur les premières polémiques instrumentalisées par les médias de grand chemin, faisant de cette nouvelle icône le chantre de la « Nouvelle France » mélenchoniste, attardons-nous sur les derniers épisodes.
À deux reprises, monsieur Bagayoko a eu l’occasion de monter le curseur de la provocation médiatique.
Ainsi affirme-t-il, sans aucun complexe, que la future élection présidentielle sera le théâtre d’une « insurrection populaire » si la candidate ou le candidat du Rassemblement National devait accéder à l’Élysée.
Le politologue pontifiant au sourire narquois, Alain Duhamel, dans son style habituel de commentateur niaiseux et ampoulé, s’est empressé de relever sur RTL « des propos très maladroits et quand même un peu exagérés de la part d’un maire d’une grande ville ».
C’est bien évidemment tout le contraire !
Prendre pour de la maladresse un appel à l’insurrection de la part d’une nouvelle figure emblématique de LFI, c’est se voiler la face et ne rien connaître de la vieille stratégie de la tension, ce vieil outil si cher à l’extrême gauche depuis des lustres.
Alors, en ramenant tout à un combat d’egos secondaire, les commentateurs zélés des tubes cathodiques n’y voient que la potentielle concurrence faite à Jean-Luc Mélenchon par ce nouveau bateleur de la foire « insoumise ».
Que nenni !
Il n’y a aucune concurrence ici.
Il s’agit tout simplement d’une logique consistant à concentrer l’attention en vue d’une échéance potentiellement explosive en 2027. Autrement dit : mobiliser ses électeurs et terroriser les autres.
Il y a fort à parier que cette nouvelle provocation ne vise pas seulement à mobiliser les troupes LFI contre le fascisme fantasmé, mais surtout à démobiliser ceux qui seraient tentés de voter pour le candidat RN dans la course à l’Élysée.
Dans la droite ligne du bon vieux terrorisme intellectuel, il s’agit d’infuser la peur aux électeurs.
Ils renonceraient alors à voter RN en se disant, dans le tribunal de leur conscience, qu’un tel geste les condamnerait à subir une insurrection violente qui s’en prendrait tout autant à leurs biens qu’à leurs corps.
Éternelle ficelle politicienne : jouer sur la peur.
La meilleure manière de casser la dynamique RN, c’est de glacer le sang de ceux qui le soutiennent.
Cette hypothèse pessimiste, je le concède, n’est pas uniquement le fait d’un raisonnement fustigeant la frilosité de la nature humaine. La recette a souvent très bien marché. Il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler un passé électoral pas si lointain.
La stratégie révolutionnaire : mobiliser, terroriser, conquérir
Résumer ses philippiques à des foucades passagères revient ni plus ni moins à ramener la vie politique à une comédie de boulevard où les acteurs s’affranchiraient du souffleur en improvisant leurs textes.
Il n’y a pas de hasard en politique.
S’il existait, nous ne serions pas en République depuis plus de 150 ans !
La Révolution française n’a pas été le fruit du hasard, seules les circonstances lui ont permis de conduire son chemin, tracé de longue date, jusqu’à son terme.
Le temps est un des leviers dans la conquête du pouvoir, et rien ne peut mieux la desservir que l’absence d’une véritable stratégie. Sinon, c’est du temps perdu qui ne se rattrape jamais.
Précisément, la stratégie de cette extrême gauche suit méthodiquement le précepte de « l’Archange de la Terreur », leur inspirateur le plus déterminé :
« Ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé. » Saint-Just.
Mélenchon n’hésite jamais à ramener la République à lui, et à lui seul. Le temps travaille encore pour lui, il le sait. Il ne lui reste qu’à marteler les fondamentaux en repoussant toujours plus loin ceux qui pourraient lui faire de l’ombre : « La République, c’est moi ! »
Le maire de Saint-Denis est un voltigeur pour Mélenchon. Il lui permet d’accompagner sa stratégie du « moi ou le chaos ». Et comme tout bon voltigeur, Bally Bagayoko se doit, quand le terrain est miné, d’en accepter les risques. Le déminage viendra peut-être plus tard, ou pas.
Garder un terrain médiatique miné, c’est aussi la meilleure assurance-vie d’un système aux abois.
Les sorties médiatisées du maire de Saint-Denis renvoient notre vieille République jacobine à n’être que le jouet des plus résolus de ses enfants !
Ses autres progénitures politiciennes, en bons notaires voulant s’assurer la permanence d’une transmission sans encombre, ne font que s’opposer mollement aux incantations insurrectionnelles. Leur conformisme et leur incurie politique apparaissent comme le prélude d’une fin de règne.
Les dernières saillies de Bally Bagayoko font tout simplement correspondre l’insoumission et l’insurrection, comme le fil conducteur implacable de toutes les révolutions.
Cette prédiction, en forme de rappel, serait-elle suivie en nombre suffisant pour faire basculer la Cinquième République en un sac en Seine ?
Le Rassemblement National, arrivant peut-être au pouvoir, saurait-il faire face et pourrait-il répondre à cette menace révolutionnaire ?
C’est toute la question des suites potentiellement réservées au futur mois de mai 2027.
L’image donnée par les dernières émeutes urbaines, place de la Concorde, préfigurait une fois de plus ce qui nous attend.
Comme sur la maquette du bac à sable d’un jeu de guerre, le maître du jeu déplace les soldats de plomb bigarrés au fil de l’actualité, en préservant son avantage.
Le discours du maire de Saint-Denis ne sert, en quelque sorte, qu’à mobiliser les troupes en prévision du « grand soir ». Il instrumentalise la République en espérant que ses désirs deviennent réalité.
La mystification républicaine de l’« homme nouveau »
La République, que ça plaise ou non, reste engoncée dans son corset idéologique fondateur « des droits de l’homme et du citoyen ». Son humanisme de façade apparaît comme un évident sauf-conduit pour démagogues toujours en quête de respectabilité. Ces derniers se servent du dernier leurre du triptyque jacobin, la « Fraternité », comme une justification de leur inconséquence assurant une immigration extra-européenne toujours plus incontrôlée.
Sa quête perpétuelle d’Égalité, au détriment du devoir le plus élémentaire d’Équité, la rend encore plus fragile sans qu’elle n’en connaisse vraiment la raison.
Celle-ci est pourtant simple.
Quand on s’érige en architecte d’un « Homme nouveau » affranchi de toute transcendance autre que son émancipation, on se réveille tôt ou tard la tête dans le sac.
La « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » porte en elle le germe destructeur de l’amnésie institutionnalisée. Comme si l’histoire de France devait définitivement commencer le 26 août 1789 !
« L’homme moderne a pris toutes ses précautions contre le sublime. Il en était autrement au Moyen Âge ; les hommes y attendaient perpétuellement quelqu’un qui les dépassât. Cela les exposait à bien des erreurs et à bien des risques, mais il y avait des portes ouvertes là où, maintenant, il y a des portes fermées. »
Abel Bonnard — Saint François d’Assise — 1934.
Voilà, peut-être, en résumé, la redoutable mystification républicaine de « l’homme nouveau ».
On a créé un être constamment fragile, manipulable à merci, et en quête d’un salut qu’il ne saurait trouver que dans le Code civil !
Et, à force de vouloir frénétiquement tendre vers plus d’égalité, il aura fallu couper des têtes jusqu’à en sublimer les inspirateurs au fronton de nos bâtiments publics.
La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2024, à Paris, nous en avait livré la plus abjecte illustration.
Eh oui, la guillotine n’a pas vraiment disparu !
Elle a seulement changé son billot et son couperet.
Le billot est symbolisé par l’universalisme le plus dévoyé et son couperet par le tribunal médiatique.
Comme des amoureux transis de ce régime, les républicains les plus sincères refusent de voir toutes les contradictions et les dérives sectaires de leur idéal politique. Sous couvert d’unité et de concorde nationale, ils pensent devoir s’imposer à eux-mêmes et à leurs obligés un univers indépassable où l’homme serait son propre Dieu.
Tout le combat pour l’instauration de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église catholique et de l’État trouve son aboutissement dans cette impasse du laïcisme le plus sectaire déroulé inlassablement.
La laïcité, le « camion fou » et l’usine républicaine
Alors que le nouveau maire de Saint-Denis, dans le sillage de son gourou Jean-Luc Mélenchon, récite ses gammes, le gouvernement enfourche son vieux canasson de la laïcité fragilisée par l’obscurantisme religieux.
Et la droite, comme souvent pour ne pas dire toujours, lui sert de marchepied en s’imaginant apporter un outil plus efficace pour lutter contre « l’entrisme islamiste en France ».
Ainsi, monsieur Retailleau, fort de son passé d’étoile filante au ministère de l’Intérieur et dans son positionnement de candidat aux élections présidentielles, a cru bon de déposer une proposition de loi en ce sens. Passé le préambule en trompe-l’œil, le texte affiche clairement la couleur d’un nouveau délit : celui « d’atteinte aux principes de la République permettant la dissolution d’association ».
Le contenu n’est en fait qu’un outil supplémentaire au service d’une magistrature bien en place et toujours plus occupée à réprimer la dissidence du camp national qu’à combattre un islam installé durablement grâce à un laxisme militant.
Sous couvert de renforcer un arsenal législatif visant à réprimer les atteintes à la « laïcité républicaine », ce texte servira surtout de caution au projet de loi, sur le même thème, de l’actuel ministre de l’Intérieur.
Laurent Nuñez ne s’est d’ailleurs pas fait prier pour rappeler à l’ordre le sénateur Retailleau en considérant sa proposition de loi comme une « œuvre inachevée », en y ajoutant l’éternel refrain bien connu :
« S’attaquer à toutes les structures ou individus séparatistes ou ultraviolents, comme les groupes d’ultradroite », ceux « qui provoquent à la discrimination, la haine, la violence » ou « ceux qui ont pour vocation d’attenter à la République ».
Les associations royalistes ou de sensibilité identitaire n’ont qu’à bien se tenir ! Elles en ont malheureusement l’habitude depuis l’application de toutes ces lois liberticides en vigueur depuis plus de 50 ans.
Quant aux associations d’obédience islamiste et de confession musulmane, censées être la principale cible, elles sauront sûrement contourner le sujet en utilisant l’épouvantail institutionnel de la « lutte contre la discrimination ». Le totem viral du « vivre ensemble » sera à nouveau brandi comme l’ultime référence permettant d’écarter de ladite loi les exceptions cultuelles et culturelles.
Les promesses d’insurrection populaire de monsieur Bagayoko en cas d’accession au pouvoir du Rassemblement National seraient dérisoires si elles n’étaient pas le symptôme de la déliquescence d’un régime ayant usé jusqu’à l’os de concepts idéologiques fallacieux portant le germe de la pire des guerres civiles.
« La République gouverne mal mais elle se défend bien », selon Charles Maurras, et pour mieux se défendre, elle accélère. Elle fonctionne comme un « camion fou » qui fonce sur tout ce qui bouge !
Ce « camion », chargé à bloc dans sa longue remorque, nous fonce dessus le pied au plancher. Il est immatriculé aux îles apatrides et ne s’arrête jamais.
Il est polycarburant et avale de l’électricité comme du petit lait. Son autonomie ne semble avoir aucune limite. Il nous écrase, fait marche arrière et nous repasse dessus. Ce « camion » est fabriqué dans une usine ultramoderne, très sophistiquée, où la chaîne de production marche en trois-huit et aux trois points.
Et ce semi-remorque de 38 tonnes ne peut pas arrêter sa course folle, ses freins sont limés depuis le début.
Il marche au frein moteur.
Ceux qui évitent sa collision s’accrochent au rétroviseur et montent dans la cabine en applaudissant frénétiquement le maniaque qui conduit.
D’autres s’écartent et sautent dans la remorque et dévalisent la cargaison en la répandant sur la route.
Des cartons entiers d’utopie égalitaire alimentent les quartiers et les écoles. La tournée est permanente.
On ne semble jamais connaître la rupture de stock.
Bon, j’arrête là le cauchemar du « camion » fou !
Alors, que faire ?
« Il faudrait prendre les clés du camion », nous dit-on !
Changer la caisse et vider la remorque !
Et pourtant, pour commencer, il faudrait plutôt prendre d’assaut l’usine de fabrication.
Ce n’est ni plus ni moins ce que propose monsieur le maire de Saint-Denis à ses sans-culottes maternés au biberon du multiculturalisme triomphant, avant peut-être de profaner une fois de plus la nécropole royale de la basilique-cathédrale pour la plonger dans une fosse commune comme en octobre 1793.
Fermer le ban !
Guillaume d’Aram de Valada
13/05/2026










