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La mission impossible de Manuel Valls

La mission impossible de Manuel Valls

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Devenu l’homme malade de l’Europe, notre pays n’aura pas trop des trois prochaines années pour expurger les conséquences des mauvais choix économiques de 2012.
Polémia

♦ En dépit de la nomination de Manuel Valls au poste de Premier ministre , officialisée hier soir par le chef de l’Etat, François Hollande, ce n’est plus ni vers l’Elysée ni vers Matignon qu’il faut regarder pour espérer trouver une issue à la très mauvaise passe que traverse notre pays.


C’est vers Bruxelles, où se jouera dans quelques semaines le véritable « troisième tour » des élections municipales. Publiés hier, peu de temps après que la Commission a mis la France sous surveillance renforcée pour son incapacité à tenir ses engagements, les comptes publics 2013 de l’Insee – révélés dès hier matin par Les Echos  – ne laissent aucun doute quant à la nécessité de suivre, enfin, une cure d’austérité digne de ce nom. Car l’importance du déficit public 2013, notifié à Bruxelles à 4,3 % du PIB, ne fait pas que sanctionner définitivement le naufrage d’une stratégie, heureusement délaissée, de hausse massive des prélèvements ; elle pointe l’imminente et impérieuse obligation d’une baisse effective des dépenses publiques.

En effet, dans ce tableau sombre des comptes publics, le plus inquiétant est la poursuite ininterrompue du volume de la dépense publique, cela alors même que la charge de la dette a plutôt diminué… Que la dépense publique culmine désormais à 57 % du PIB donne une idée du chemin qu’il va falloir rebrousser avant de retrouver un niveau comparable à celui de l’Allemagne, de dix points inférieur au nôtre. Or, loin de se résorber, cet écart de compétitivité s’accroît…

Quand, en France, l’Etat parvient enfin à se serrer un peu la ceinture, ce sont les collectivités locales qui se laissent aller, comme toujours à l’approche des élections, et les prestations sociales qui continuent de flamber, comme toujours dans ces périodes où l’on compense par de l’argent public ce qu’une croissance envolée ne peut plus offrir.

Autant dire l’ampleur du défi qui attend Manuel Valls, sous peine, en vertu des nouveaux pouvoirs de la Commission, de perdre une part de notre souveraineté : présenter mi-avril à la Commission européenne un plan d’économies de 50 à 60 milliards d’euros bien plus précis que ce que la France a l’habitude de lui envoyer. Faute de quoi, ce ne sont pas seulement les prochaines élections que, Manuel Valls ou pas, la majorité socialiste perdra, c’est la France qui perdra très vite son rang en Europe. Déjà, l’Italie, le Portugal ou les Pays-Bas voient leur déficit se réduire sensiblement, l’Allemagne s’offre le luxe d’accroître son excédent. Tandis que, sur le plan budgétaire, l’année 2014 est presque jouée, le premier devoir de Manuel Valls envers nos partenaires européens – ramener le déficit sous 3 % en 2015 – ressemble déjà à une mission impossible.

Jean-Francis Pecresse
1/04/2014

Source : Les Echos.fr (Editoriaux)

Correspondance Polémia – 2/04/2014

Image : Le ministère de l’économie et des finances : « Le déficit budgétaire français se réduit » Le Monde.fr 6/09/2013 (???)