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USA. Succès du discours antisioniste de Norman Finkelstein chez les jeunes « progressistes »

USA. Succès du discours antisioniste de Norman Finkelstein chez les jeunes « progressistes »

par | 27 août 2026 | Politique, Société

USA. Succès du discours antisioniste de Norman Finkelstein chez les jeunes « progressistes »

Dans une interview récente avec le magazine de gauche Current Affairs, Norman G. Finkelstein condamne « le racisme viscéral de la société israélienne et le plan pour anéantir Gaza ». Depuis le début de l’opération Épées de fer à Gaza, les positions de cet intellectuel, proche de l’aile progressiste du Parti démocrate, sont partagées par une frange non négligeable de jeunes électeurs de ce parti.
Johan Hardoy

Qui est Norman G. Finkelstein ?

Ce politologue et universitaire américain est né en 1953 à Brooklyn, de parents juifs survivants du ghetto de Varsovie.

Dans ses ouvrages, l’intéressé défend de longue date des positions antisionistes, en critiquant de façon virulente « le mythe que la Palestine aurait été une “terre sans peuple pour un peuple sans terre” ». Il accuse également des organisations et des personnalités juives de mettre en œuvre une « industrie de l’Holocauste » via une instrumentalisation de la Shoah à des fins politiques et mercantiles. Par ailleurs, il a participé aux travaux du Tribunal Russell sur la Palestine, fondé en 2009 en vue de « mettre fin à l’impunité de l’État d’Israël et pour aboutir à un règlement juste et durable de ce conflit ».

Bien qu’il n’ait jamais milité au Parti démocrate et se soit exprimé de façon très critique sur l’establishment du parti, il a soutenu avec enthousiasme les campagnes présidentielles de Bernie Sanders.

Ses positions, déjà populaires chez les jeunes électeurs « progressistes », le sont devenues davantage encore depuis l’opération militaire israélienne à Gaza.

Des intellectuels éminents, comme l’ancien professeur de droit de Harvard et avocat pénaliste Alan Dershowitz, le qualifient de « propagandiste anti-israélien ». Au printemps dernier, Dershowitz a d’ailleurs pris ses distances avec le Parti démocrate en le qualifiant de « plus anti-israélien de l’histoire ».

Une critique véhémente de la politique israélienne

Lors de son interview avec Nathan Robinson, le rédacteur en chef du magazine Current Affairs, Finkelstein porte un jugement tranché sur les plans du gouvernement israélien au sujet de Gaza, dont les objectifs ont été « clairement exposés dès la première semaine après l’opération du Hamas du 7 octobre ».

Le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, a ainsi appelé ses compatriotes à se souvenir d’Amalek : « Chaque écolier en Israël » sait que « cela signifie tuer chaque homme, femme, enfant, et aussi les bœufs et ainsi de suite ». Des déclarations du Président israélien et du ministre de la Défense sont allées dans le même sens. Certains ont pu justifier ces propos par le choc émotionnel causé par ce drame, mais « le problème, c’est que les déclarations ont continué, et pas seulement les déclarations, mais aussi les actes ».

Selon Finkelstein, cette situation est très particulière car « la plupart des régimes génocidaires n’annoncent pas qu’ils sont en train d’exécuter un génocide ». Pour les nazis, la « solution finale » était un euphémisme destiné à éviter l’emploi du terme « extermination ».

Il estime cependant que l’intention des responsables israéliens n’est pas de commettre un « génocide », mais que celui-ci constitue un moyen pour « mener un nettoyage ethnique massif ».

« Avant le 7 octobre, Gaza était l’un des endroits les plus densément peuplés sur terre. Depuis lors, cette densité a augmenté massivement parce qu’ils laissent les Gazaouis sur 30 % du territoire. C’est littéralement un objectif de suffocation qui n’est pas sans rappeler le ghetto de Varsovie, dont les murs ont été toujours plus resserrés pour que les gens suffoquent au milieu d’une parcelle de terre toujours plus réduite. »

Selon des sondages effectués en Israël, environ 75 % des Juifs Israéliens considèrent qu’« il n’y a pas d’innocents à Gaza », où la population est à moitié composée d’enfants.

Finkelstein observe que la « rhétorique déshumanisante » utilisée à propos des Palestiniens est comparable avec les discours tenus par les politiciens américains sur les Cherokees au XIXe siècle.

Dans son vieux quartier juif de Brooklyn, il en est arrivé au point de ne plus parvenir à parler à un ressortissant israélien croisé par hasard : « Il n’y a même pas l’alibi de “vous ne saviez pas”. Ils savent, donc je ne peux plus leur parler. »

En revanche, il ne parvient pas à condamner les Palestiniens auteurs du massacre du 7 octobre : « Vais-je les condamner, alors qu’ils sont nés dans un camp de concentration, y ont langui, et sont destinés à y mourir ? Vais-je les condamner ? Je ne peux pas le faire, même si je reconnais que des atrocités se sont produites. »

Quel avenir pour la paix ?

Finkelstein constate que, d’un côté comme de l’autre du conflit israélo-palestinien, aucun mouvement politique significatif n’a intériorisé les normes démocratiques qui permettraient une coexistence pacifique.

« Je connais les dirigeants du mouvement « BDS » (« Boycott, Désinvestissement et Sanctions ») […]. Si vous lisez ce qu’ils écrivent réellement, ils ne sont pas engagés envers un État démocratique laïc. Ils sont engagés envers un État arabe dans lequel les Juifs jouiraient des droits en tant que minorité. »

Ne croyant ni en une solution à deux États, ni à celle d’un seul État, son espoir demeure celui de la dernière ligne du refrain révolutionnaire : « L’internationale sera le genre humain. »

***

Les critiques virulentes de la politique israélienne sont restées longtemps marginales au sein du Parti démocrate américain.

Au lendemain des attaques du Hamas du 7 octobre 2023, la quasi-totalité des responsables démocrates ont exprimé leur solidarité avec Israël, mais ce soutien s’est progressivement estompé à mesure que le conflit se prolongeait et que le bilan humain en Palestine augmentait, tant à Gaza qu’en Cisjordanie.

Une aile progressiste a très tôt dénoncé la conduite de la guerre et réclamé un cessez-le-feu, voire une suspension de certaines livraisons d’armes américaines à Israël.

Des Démocrates modérés et traditionnellement favorables à Israël ont également commencé à critiquer le gouvernement de ce pays en raison de la situation humanitaire.

En mars 2024, des responsables importants du parti ont fini par durcir le ton en critiquant publiquement Benyamin Netanyahou.

Cette évolution importante de la ligne du Parti démocrate n’a pas manqué de provoquer des tensions internes entre les « anciens », généralement très attachés au soutien traditionnel à Israël, et une partie des jeunes militants sensibles à la cause palestinienne.

Cette rupture d’un consensus qui paraissait très solide ne signifie évidemment pas que les élus démocrates ne soutiennent plus la politique israélienne dans son droit à défendre son existence et à lutter contre le terrorisme. Les débats portent davantage sur la conduite de la guerre, l’aide humanitaire à Gaza, les colonies en Cisjordanie et l’opportunité de conditionner l’aide militaire américaine.

Du côté des Républicains et de la frange MAGA, on observe depuis environ deux ans la montée d’un courant nationaliste et non-interventionniste qui considère que le soutien inconditionnel à Israël est contraire à la doctrine « America First ». En 2025, une élue républicaine, Marjorie Taylor Greene, a qualifié les actions israéliennes à Gaza de « génocide », tout en prenant ses distances avec la politique de Donald Trump.

Si ce type de position publique reste minoritaire chez les Républicains, il n’en reste pas moins qu’une fracture oppose les conservateurs interventionnistes traditionnels à une frange isolationniste qui critique également le soutien à l’Ukraine et l’implication américaine au sein de l’OTAN.

Johan Hardoy
27/08/2026

Johan Hardoy

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