Le drame est en train de marquer la France. Lyhanna, victime du pire, n’a pas seulement succombé par la faute d’un criminel. Elle a également été victime des défaillances d’un système dont les limites apparaissent de manière criante. Ce drame permettra-t-il d’éviter les suivants ? Analyse de Pierre Boisguilbert.
Polémia
La faillite de l’État et de la Justice
Marine Le Pen sera-t-elle sauvée par l’affaire Lyhanna ? Cette affaire révulse la population française, au bord de la révolte et, enfin, au-delà des simples marches blanches. L’État a failli en général, et la justice en particulier. L’impunité des magistrats devient un vrai sujet et n’est plus, en tout cas, un interdit.
Et maintenant ? s’interroge Yves Thréard dans Le Figaro, comme l’ensemble de la presse. « Il ne suffit pas de condamner les circonstances de l’assassinat de Lyhanna. Le “constat d’échec pour tout le monde” dressé par le ministère de la Justice laisse pantois. Les faits sont là. Les responsabilités sont manifestes. La jeune collégienne n’a pas seulement été victime de son bourreau. Ce sont aussi des fautes graves, très graves, qui l’ont tuée. On ne saurait donc se contenter des excuses du garde des Sceaux. Quant aux multiples réunions convoquées au plus haut niveau et aux enquêtes administratives diligentées, on sait quoi en penser… »
Gérald Darmanin aurait dû démissionner, bien sûr. S’il ne le fait pas, c’est parce qu’il n’est pas responsable ; et s’il n’est pas responsable, c’est qu’en fait il n’a aucun pouvoir sur les magistrats. Alors pourquoi un ministre de la Justice ? Un soviet de la magistrature suffirait, et le syndicat éponyme s’en chargerait avec zèle.
La justice n’est pas seule en cause dans un système défaillant qui englobe tout l’État dans son fonctionnement et le pouvoir politique dans ses décisions. Mais une question se pose : une justice sur le gril pourra-t-elle encore faire l’élection présidentielle comme au temps de Fillon ? Les juges indépendants oseront-ils remettre le président Sarkozy en prison et, surtout, empêcher Marine Le Pen d’être candidate à la présidence ?
Vers une responsabilité des juges ?
Si l’on ne peut critiquer des décisions de justice, on peut critiquer un fonctionnement qui débouche sur des non-décisions ou des décisions polémiques.
Les juges en sont conscients. Leur problème est de ne pas pousser un jugement trop loin. C’est d’autant plus difficile que les plus politisés vont pousser à l’affrontement et à la radicalisation du corporatisme.
Un État de droit où le peuple remet en cause les défenseurs de la loi est malade, et la justice exige une réforme. Ce sera un enjeu incontournable et majeur de 2027. Cette élection doit marquer le retour de la primauté du pouvoir politique sur l’autorité judiciaire. Aux élus, alors, de ne pas céder et de ne plus voter, comme ils l’ont parfois fait par démagogie, des lois qui restreignent leur pouvoir d’élus au profit de magistrats non issus du suffrage universel.
Marine Le Pen et le RN semblent déterminés à se saisir du problème. Cela devrait pousser les juges politisés à gauche à s’opposer à eux et donc à peser sur les élections comme jamais. Oseront-ils le faire ou, au contraire, une majorité d’entre eux, plus neutres, poussera-t-elle à moins d’interventionnisme dans la politique, surtout contre la droite, afin de préserver leur statut dans l’État de droit ?
Les gardiens du temple le feront-ils s’écrouler sur eux-mêmes ? Depuis l’affaire Lyhanna, la question se pose dans l’attente du jugement de Marine Le Pen, qui sera certainement un autre électrochoc, d’un côté ou de l’autre.
Pierre Boisguilbert
10/06/2026
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