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Canicule : le « temps maudit des colonies »

Canicule : le « temps maudit des colonies »

par | 25 juin 2026 | Société

Canicule : le « temps maudit des colonies »

La canicule qui s’abat sur la France a inspiré Pierre Boisguilbert. Et, dans un excellent petit texte au style enlevé, notre chroniqueur dit beaucoup de choses importantes.
Polémia

Repentance climatique

On n’a plus de colonies, mais on a un climat colonial. Tout se tient finalement dans un châtiment divin. Notre repentance est maintenant climatique. Les décoloniaux sont cependant silencieux face à cette canicule qui rapproche le pays de destination de ceux de provenance. Ça, c’est de l’assimilation… mais toujours dans l’autre sens, bien sûr.

Une chose est sûre : si l’information télévisée dominante d’aujourd’hui existait au temps de Jules Ferry, il n’y aurait jamais eu d’aventure coloniale. Du temps où l’on enseignait notre histoire avec quelques fiertés, il ressortait des images incroyables de soldats français en tenue d’apparat dans des zones de chaleur insalubres et mortelles. Des sables du Maghreb aux rizières du Tonkin, en passant par les jungles de l’AOF ou de l’AEF, ils avaient des ficelles au képi, comme le chantait Sardou, dans un temps pas si lointain où c’était encore possible.

Aujourd’hui, les Français sont accablés par la chaleur, se considèrent comme des victimes mal protégées et sont confortés dans leur souffrance et leurs lamentations climatiques par des médias qui instrumentalisent la canicule. Il y a eu, pour l’anniversaire de Dien Bien Phu, des avalanches d’images sur les réseaux sociaux de notre guerre d’Indochine. On y voit de jeunes Français mal équipés dans des fournaises extrême-orientales, défendant l’Empire déjà lâché par le pouvoir politique. Aujourd’hui, qui pourrait devenir Savorgnan de Brazza ou Henri de Monfreid ?

Climatisation et sortie de l’Histoire

Le grand débat porte sur la climatisation. L’horreur absolue pour la gauche. On demandera aux écologistes de se référer aux pays africains où la climatisation est synonyme de civilisation. Quand on sortait de l’aéroport dans une moiteur incroyable, on était saisi par le froid de la chambre d’hôtel… Plus c’était froid, plus l’hôtel était jugé luxueux. Mais il n’y avait pas de climatisation dans la conquête de la Mauritanie ou du Sahara.

C’étaient les mêmes Français ? On peut parfois en douter. Si l’on souffre tant de la canicule, c’est qu’on n’a plus le courage d’affronter les défis de l’Histoire.

Nous sortons de l’Histoire dans la moiteur du renoncement. Le nombre des noyades méritera une étude sur ceux qui se sont noyés et sur les circonstances de ces drames. Les irresponsables n’écoutent même pas les conseils du gouvernement, surtout pas les conseils d’un gouvernement colonialiste à son corps défendant. Quant à la Fête de la musique à Paris, elle est devenue, dans certains endroits, un carnaval de Birmingham ou de Notting Hill. La nouvelle France danse et se trémousse malgré la canicule ; celle d’hier cherche l’ombre pour y disparaître, comme on le lui demande.

Cette canicule est à l’image de la France de 2026 : une petite France qui étouffe, loin de la grande France désavouée mais rattrapée par le climat colonial. Alors soyons optimistes : quand il fait plus chaud en Corrèze qu’au Zambèze, nous imposera-t-on encore longtemps l’obligation d’accueillir des… réfugiés climatiques ?

Pierre Boisguilbert
25/06/2026

Pierre Boisguilbert

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