Raymond H.A. Carter enseigne dans les universités de Paris II et Paris V après une carrière qui l’a amené au grade de colonel dans la Gendarmerie nationale. « Il est spécialisé dans la lutte contre le crime organisé, le terrorisme ainsi que les crimes de guerre, génocides et crimes contre l’humanité avec une expérience de terrain de plus de 35 années. » Son livre, La mondialisation de la criminalité (Éditions Dualpha, 486 pages, 39 euros), préfacé par le professeur de sociologie Aïssa Kadri, présente un panorama historique et actualisé des diverses formes de criminalité transnationale. Comme l’indique le préfacier, « si l’analyse fait de nombreuses références aux sciences sociales, l’ouvrage apparaît relever plus de l’expertise nourrie du terrain que d’une approche académique classique ».
Johan Hardoy
La mondialisation criminelle
« Que ce soit en Europe comme en dehors du Vieux continent, les groupes mafieux ou assimilés constituent plus que jamais un danger pour les États depuis plus de cinquante années. » « Aujourd’hui, non seulement le crime s’exporte de mieux en mieux, mais il s’internationalise subtilement et se normalise dans de nombreux secteurs (économiques, politiques, sociaux, culturels, etc.) pour mieux affaiblir des nations, à commencer par celles de l’Occident européen, berceau judéo-chrétien où l’on brûle de plus en plus d’églises comme en France à travers une discrimination bâillonnée des catholiques et autres chrétiens devenus la cible d’organisations internationales (islamistes, ultragauche, mondialisation, etc.). »
« Cette évolution est favorisée par la perméabilité des frontières nationales exsangues en termes de contrôle par manque de moyens et de volonté politique pour freiner efficacement les trafics et autres crimes qui ébranlent et fragilisent les démocraties. »
Les différentes formes de corruption et le blanchiment d’argent constituent des facteurs aggravants de cette « mondialisation galopante du crime ». « Les pays européens sont de plus en plus frappés par des scandales de corruption, impliquant parfois des fonds de l’Union européenne, tout en entraînant de nombreux politiciens de l’autre côté du spectre politique, comme nous le voyons notamment pour les achats de vaccins de Covid 19. »
En effet, « les trafiquants ne pourraient survivre s’ils n’étaient pas accompagnés et/ou soutenus par d’autres individus plus ou moins corrompus dans divers secteurs légaux ».
« La criminalité, même si elle reste un fait social qui n’épargne aucune société humaine comme en témoigne l’Histoire, est évolutive. » Pour comprendre ce phénomène, l’auteur passe longuement en revue les facteurs criminogènes et leurs multiples causes sociales, économiques, politiques et culturelles. Le cinéma, les médias et les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la propagation de la violence, en la caricaturant parfois pour « mieux la faire accepter » : « Nous avons une moyenne de 120 attaques à l’arme blanche par jour en France rapportées comme des faits divers par une grande majorité de nos médias. »
« Sur le plan individuel, l’insécurité est une réalité qui s’insinue progressivement dans la vie quotidienne, une émotion personnelle, plus ou moins manipulée, qui influence notre quotidien et notamment l’économie locale ainsi que la viabilité des quartiers centraux, le développement des banlieues et le tourisme. »
« En France, comme partout en Europe, les filières du trafic de drogues et d’armes à feu perdurent et évoluent constamment avec les problèmes conjoncturels qu’elles rencontrent à divers niveaux, dont notamment celui de ces zones de non-droit qui augmentent avec l’immigration que l’on essaie d’exporter à la campagne, avec d’autres conséquences in situ. »
L’ancien officier supérieur de la Gendarmerie déplore une carence grave de l’État pour lutter contre la criminalité : « On parle de plus en plus non seulement pour ne rien dire et surtout pour ne rien faire ! »
« Aujourd’hui, le criminel majeur ou mineur devient plus fort et s’y sent légitime car il gagne ! Il n’y a plus à proprement parler de force légale ni physique pour s’y opposer car non seulement on ne laisse plus ceux qui ont la charge de la sécurité y faire face efficacement, mais on les entrave. »
En conséquence, « la nation perd valeur et référence au profit de l’internationalisation du business et d’une image de plus en plus forte de la mondialisation, qui va profiter, ici encore, aux criminels et à leurs activités illégales ».
« La peur doit impérativement changer de camp pour remettre les choses en place et retrouver un équilibre sociétal. »
Partisan de solutions répressives sans pour autant exclure une nécessaire prévention, l’auteur prône la mise en place de centres de correction « pour stopper les mineurs dans leurs délires de violence en les retirant de leur milieu criminogène, tout en réprimandant les parents irresponsables voire criminels eux-mêmes ». Pour les majeurs, il faut impérativement mettre fin à l’existence de prisons devenues « des camps de vacances », où « leurs locataires peuvent continuer impunément leurs activités criminelles ». Quant aux terroristes, criminels et autres O.Q.T.F., « qu’on renvoie les étrangers qui ne veulent pas s’adapter à notre civilisation chez eux pour qu’ils s’y épanouissent » !
Les « spécialisations » du crime organisé
Après avoir proposé une longue définition du crime organisé (elle couvre une demi-page !), Raymond H.A. Carter entreprend de recenser en détail ses principaux secteurs d’activités et ses filières à travers les continents :
- Le trafic illicite et illégal de stupéfiants et d’autres substances psychotropes, dont les faux médicaments (« En France, le narcotrafic explose, tant dans les grandes que dans les moyennes petites villes françaises avec son cortège de violences et d’assassinats, de plus en plus commis par des mineurs »).
- Le trafic d’armes et de matières nucléaires (« Avec la guerre d’Ukraine, la dissémination et le manque de traçabilité des livraisons d’armes occidentales au profit du président Volodymir Zelensky inquiètent de plus en plus, d’autant que ce pays se révèle une plaque tournante du trafic d’armes depuis 30 années »).
- Le trafic d’êtres humains, de migrants et d’organes humains (« Il existait, en 2007 encore, trois millions d’esclaves dans le monde musulman »).
- Le trafic des véhicules volés.
- Le trafic de tabac et de cigarettes.
- Le trafic des déchets.
- La cybercriminalité.
La terro-criminalité
L’auteur s’intéresse longuement au terrorisme, à ses diverses formes et à ses liens avec le crime organisé.
« On imagine les conséquences dévastatrices de cet argent sale sur la stabilité des États au niveau mondial, à commencer par les régions affaiblies par des conflits et qui, a fortiori, en menacent la paix et la stabilité, ainsi que par les fonds illicites finançant le terrorisme pour causes révolutionnaires ou de résistance. »
Fin connaisseur de l’Afrique où il a exercé professionnellement pendant dix ans, il observe « que de nombreuses villes du Sahel sont marquées aujourd’hui par le narcoterrorisme et d’autres trafics, comme la ville d’Agadez au Niger, bien connue pour constituer le carrefour et l’escale forcée de quasiment tout trafiquant et contrebandier de la région, tout en restant le lieu d’approvisionnement de groupes terroristes et un lieu de rencontre entre leurs différents émissaires ».
À ce stade, il conviendrait de parler de « terro-criminalité », où l’activité terroriste devient secondaire et sert d’alibi à des pratiques criminelles.
Une nécessaire prise de conscience
Raymond H.A. Carter se montre plutôt pessimiste sur les évolutions en cours, aggravées par « les tendances mondialistes [qui] se multiplient et la mondialisation [qui] se concrétise tant au sein du public que du privé pour mieux pénétrer tous les milieux politico-économico-sociaux de notre société moderne ».
Un renforcement du cadre juridique constituerait un pis-aller « car nous n’avons jamais eu autant de structures pénales internationales bardées de lois et de règlements et autant de conflits au niveau national comme planétaire en même temps ».
« Le peuple, seule vraie noblesse de l’âme et du labeur, est ainsi pris en otage par une oligarchie dont la seule ligne politique est la destruction de ceux dont elle a en charge le destin au sein d’un pays en perte de souveraineté nationale, comme tant d’autres face à la mondialisation. »
« Seul un rééquilibrage, sinon une priorisation des Devoirs de l’Homme sur ses Droits pourrait infléchir cette tendance collective aussi pernicieuse que suicidaire. »
Dans une perspective chrétienne, il en appelle finalement, face aux maux de ce monde, à ne jamais perdre la vertu théologale de l’Espérance…
Johan Hardoy
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