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Agatha Christie, indubitablement réactionnaire

Agatha Christie, indubitablement réactionnaire

par | 11 juillet 2026 | Médiathèque, Société

Agatha Christie, indubitablement réactionnaire

En 2013, Polémia avait proposé une recension d’une biographie d’Agatha Christie (1890-1976) publiée aux Éditions Pardès et écrite par la journaliste Camille Galic. À l’occasion de la sortie d’une nouvelle édition de ce livre, Agatha Christie — Une amie pour la vie, publiée chez Synthèse nationale (168 pages, 20 euros) dans la Bio Collection dirigée par Francis Bergeron et David Gattegno, il nous a paru intéressant de mieux connaître l’« indétronable impératrice du crime » en relevant quelques aspects politiques et culturels exprimés dans son œuvre. Pour le reste, nous renvoyons les lecteurs aux excellentes pages de la recension de Jean Ansar, qui avait décelé une parenté d’esprit entre Dame Agatha et sa biographe, en les imaginant volontiers déguster un thé tout en devisant dans un lodge en Rhodésie.
Johan Hardoy

Un auteur que les moins de vingt ans…

Les jeunes lecteurs ne connaissent peut-être pas Dix petits nègres, le roman policier « le plus vendu de tous les temps ». Au nom du politiquement correct, ce livre a été retitré And then there were none (S’il n’en restait qu’un) aux États-Unis et Ils étaient dix en France, où le mot « nègre » a été remplacé par « soldat » à 74 reprises…

Agatha Christie est souvent présentée comme l’auteur de fiction le plus lu au monde avec « quatre milliards de volumes vendus selon certaines sources » ! Ses personnages célèbres, Hercule Poirot et Miss Marple, sont des figures emblématiques de « l’âge d’or du roman policier anglais », d’autant que le cinéma, la télévision, le théâtre et la bande dessinée contribuent également à cette notoriété.

Plusieurs membres de la famille royale britannique, dont Mary de Teck (Queen Mary), Elizabeth Bowes-Lyon (épouse de George VI) et Elizabeth II, ont déclaré à plusieurs reprises leur admiration pour la romancière. En 1956, Agatha Christie a été nommée Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique, avant d’être élevée quinze ans plus tard à la dignité de Dame Commander par Elizabeth II.

Agatha et la France

Ses premiers souvenirs d’enfance remontent à des vacances à Dinard où elle apprend à nager. Quelques années plus tard, lors d’un séjour de six mois dans les Pyrénées avec sa famille, la jeune fille se lie d’amitié avec la gouvernante, une apprentie couturière dont le père est un bistrotier palois, ce qui lui vaut d’apprendre notre langue avec l’accent béarnais ! Dans le même temps, elle dévore les œuvres de Jules Verne, Maurice Leblanc (Arsène Lupin !) et Gaston Leroux (Rouletabille !).

Deux romans d’Agatha Christie se situent en France : Le Train bleu, dont l’intrigue se déroule sur la Côte d’Azur, et Le Crime du golf, qui se passe en Normandie.

Le « progressisme » n’est point du tout son fait

Durant ses vieux jours, Dame Agatha confie qu’elle ne s’est « jamais intéressée le moins du monde à la politique », mais ses livres témoignent d’un attachement à des valeurs « réactionnaires » dont certaines « feraient hurler » aujourd’hui.

Camille Galic relève ainsi « des idées très arrêtées sur l’éducation des enfants qui doivent se tenir à leur place, sans vacarme ni insolence », de même qu’une « horreur du divorce » non dissimulée.

« L’omniprésence du sexe dans la presse et la littérature ou à l’écran et l’apparence négligée des adolescentes et des jeunes femmes la perturbent particulièrement. » En outre, elle juge les femmes en short inesthétiques : « Si elles savaient à quoi elles ressemblent de derrière ! »

Bien que ses romans fassent apparaître de multiples « personnages de jeunes femmes résolues, délurées, volontaires, exerçant un métier et ayant parfois parcouru le monde », le féminisme, surtout dans le domaine politique, ne lui convient guère. Dans une pique visant Mrs Thatcher, la femme de lettres reproche aux Conservateurs de compter « trop de femmes arrivistes ».

La romancière estime par ailleurs que « ceux qui tuent sont néfastes pour la communauté ». Selon elle, la peine la plus appropriée pour un criminel consiste à lui donner le choix « entre la coupe de ciguë et la possibilité de s’offrir comme cobaye dans la recherche expérimentale, par exemple ».

En 1971, son attachement aux rites religieux traditionalistes anglicans ne l’empêche pas de cosigner une pétition adressée au pape pour demander le maintien de la messe tridentine dans les églises catholiques britanniques. Paul VI répond favorablement à cette requête, connue depuis lors outre-Manche sous le nom d’« Indult Agatha Christie » !

L’homo britannicus au-dessus de tout

À l’époque d’Agatha Christie, les propos sur l’inégalité des races et l’« essentialisation » des cultures nationales ne choquent pas particulièrement ses lecteurs.

Dans Poirot quitte la scène, elle présente l’un des protagonistes comme un exemple de l’Anglais idéal, formé par « la vieille école, aventureux et allant droit son chemin, le type d’homme, aussi, capable de commander », tout en déplorant que cette force de caractère soit « en voie de disparition à notre époque dégénérée ».

En revanche, les Américains « manquent par trop de civilité », parlent avec un accent déplorable et sont de plus métissés. Les personnages scandinaves « fournissent un contingent non négligeable de coupables » et les Irlandais, dont elle souligne la beauté et le charme, peuvent dissimuler les plus noirs desseins. Les Français sont quant à eux mieux traités parce qu’ils sont « respectables et positifs ».

Les femmes slaves, malgré une grande classe ou des traits sympathiques, se révèlent souvent être des « croqueuses de diamants » fantasques et portées au drame, tandis que les latines sont volages et intrigantes.

Les Balkaniques et les Levantins sont décrits de manière péjorative et, plus encore, les indigènes du Commonwealth. Ces derniers sont représentés comme des proxénètes, des adeptes clandestins de cultes magiques à base de fétiches et d’amulettes, des révolutionnaires anticolonialistes, voire des communistes et des racistes anti-Blancs ! Une figure positive apparaît cependant avec une mulâtresse adoptée qui épouse son frère, un ancien délinquant anglais né d’une mère prostituée lui aussi adopté, mais la morale est sauve car le couple part se faire « oublier au Koweït ».

Les Arabes sont le plus souvent des domestiques ou des interprètes, mais un prince raffiné peut soudain exprimer un rictus contenant « toute la ruse et toute la cruauté raciales qui avaient permis à une longue lignée d’ancêtres de survivre ».

Les Juifs, dont elle dépeint « les traits raciaux, physiques et moraux », ne fournissent aucun coupable de crime de sang mais se caractérisent par « l’amour exagéré de l’argent ».

Les Allemands sont « d’autant plus haïs qu’ils sont admirés ». La romancière loue ainsi leur sens de la discipline, leur courage, leur puissance de travail et leur honnêteté. Dans Passager pour Francfort, publié l’année de ses quatre-vingts ans, une richissime comtesse est entourée de « jeunes Aryens blonds “extraordinairement beaux”, athlétiques, dotés d’une voix superbe et, à l’évidence, “passionnément” sincères dans leur culte de l’Ordre nouveau ».

Pourquoi (re)lire Agatha Christie ?

La réponse de Camille Galic est simple : pour retrouver « un parfum d’ancien monde » !

« Car, répétons-le, plus qu’aux intrigues, si ingénieuses soient-elles, et à l’art de la conteuse, c’est à son univers que des milliards de lecteurs sont attachés, parce qu’il reste pour eux un cocon dans un monde de bruit, de fureur et d’incertitude croissante. »

Johan Hardoy
11/07/2025

Johan Hardoy

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