Après le drame de Trappes, le procès politique de la droite était déjà lancé. Mais, ce 26 octobre, le procureur antiterroriste a indiqué que Kévin T. nie le caractère raciste de ses crimes. Le parquet maintient cette circonstance aggravante : l’enquête devra établir les faits. Cette contestation souligne néanmoins le risque d’un emballement politico-médiatique, où les conclusions précèdent les investigations. Camille Galic, dans un texte rédigé avant cette déclaration du procureur, revient sur les déclarations d’Emmanuel Macron et les questions que soulève le traitement de cette affaire.
Polémia
Un attentat raciste ?
Divine surprise : le 23 octobre, veille du congrès à Orléans du Rassemblement national (contre lequel 30 000 manifestants étaient attendus samedi, mais ils ne furent en réalité que 13 000 en arrivant au port), un certain Kévin T. se rendait à Trappes, ville des Yvelines très racisée et du reste administrée par le Maghrébin Ali Rabeh, et tirait à vue sur la foule, faisant un mort et cinq blessés, dont un enfant.
Un « attentat raciste et terroriste » évidemment inspiré, selon tous les commentateurs et les politologues assermentés, par l’ascension du parti cofondé par le « fasciste » Jean-Marie Le Pen et l’idéologie mortifère qu’il distillerait. On peut ainsi lire sur le site du Huffington Post créé par Anne Sinclair et dirigé par Louis Dreyfus que, normalisation ou pas, le RN continuerait « de créer et d’encourager un climat raciste et islamophobe dans le pays ».
D’ailleurs, argument décisif, on aurait découvert au domicile du tireur (qui dit avoir « voulu venger les commerçants pillés » par la racaille rouge, bistre ou noire) non seulement une Bible et un Coran mais surtout un exemplaire de Mein Kampf… dont on doute fort que se repaissent Marine Le Pen et Jordan Bardella ! Mais l’amalgame joue contre eux.
Quand Macron a la mémoire qui flanche
Une émotion chassant toutefois l’autre, c’est sur le chef de l’État, qui s’était aussitôt rué à Trappes pour y exprimer son indignation et tenter ainsi de redorer son blason, qu’allaient ensuite porter les critiques. Macron avait en effet cru bon de proclamer : « C’est un tournant parce que c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes (sic), nos enfants, en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne. Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est un attentat terroriste, raciste… Nous n’avons rien à céder aux idées qui s’installent dans la République et qui peuvent justifier ce genre de comportement ou qui créent une atmosphère qui pourrait les justifier. »
L’Élyséen avait-il donc oublié les tueries perpétrées par Mohamed Merah en 2012 contre des parachutistes (antillais) à Montauban, puis contre les élèves d’une école juive à Toulouse ? L’attentat au « camion fou » commis à Nice le 14 juillet 2016 (85 morts et près de 500 blessés au sein d’une foule majoritairement autochtone en ce soir de fête nationale) par le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, et, toujours à Nice mais en 2020, l’attentat de la basilique Notre-Dame, où un autre Tunisien, Brahim Issaoui, égorgea deux paroissiennes et le sacristain ? Sans parler de la décapitation du père Hamel en pleine célébration d’une messe dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, ni de celles des professeurs Samuel Paty et Dominique Bernard ou de l’équipe de Charlie Hebdo décimée en 2015 par les frères Chérif et Saïd Kouachi. Autant de victimes immolées, comme celles de l’Hyper Cacher de Vincennes en 2015, au nom de haines religieuses et racistes, voire raciales.
« Contrairement à ce que vous déclarez, ce n’est pas “la première fois” que des Français sont visés et tués, dans le cadre d’une opération terroriste planifiée, “en raison de leur couleur de peau ou de leur religion” », a riposté Jordan Bardella, rejoint par le député socialiste Jérôme Guedj (« Cette déclaration du président de la République est factuellement fausse, donc politiquement problématique puisque l’“assignation identitaire” a déjà servi de levier au terrorisme ») et l’eurodéputé LR François-Xavier Bellamy reprochant à Macron de « nier soudain la réalité des larmes versées par la France depuis bien trop longtemps ». Même Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), y est allé de sa « mise au point », pour rappeler que « ce n’est malheureusement pas “la première fois” qu’un tel attentat se produit en France ».
Comme quoi il est préférable de réfléchir avant de palabrer…
Un précédent : cégétiste mais raciste
En réalité, la France a connu un précédent — qu’étrangement, ni journaleux ni politiciens n’ont évoqué : le 23 décembre 2022 à Paris, William Malet, un septuagénaire furieux de voir le « faubourg St-D’nis » de Mistinguett colonisé par les Turco-Kurdes (il l’est plus que jamais), fait irruption au centre culturel kurde de la rue d’Enghien et y abat avec son Colt 45 trois personnes, dont une femme, avant de foncer dans un restaurant puis dans un salon de coiffure (également kurdes) où il fait un autre mort et quatre blessés, avant d’être maîtrisé par des clients et remis à la police.
Le 23 octobre à Trappes, le Parquet national antiterroriste (PNAT) s’est aussitôt saisi de l’affaire et a ouvert une enquête « pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec une circonstance aggravante liée au caractère raciste des faits » alors que tout indique que Kévin T. a agi seul, comme William M. l’avait avant lui. Mais le PNAT n’était pas intervenu alors, considérant « qu’il n’y avait pas d’informations qui permettraient de relier l’auteur des crimes à un groupe terroriste, ni à un mouvement idéologique extrémiste » bien qu’en 2021, le pistolero eût déjà, armé d’un sabre, attaqué un camp de migrants.
Mieux : les psychiatres ayant conclu à une « altération de son discernement » au moment des faits, il fut remis en liberté (sous contrôle judiciaire) un an à peine après la fusillade de la rue d’Enghien, dans l’attente de son procès, qui n’a toujours pas eu lieu. À peine a-t-on appris le 22 juillet 2025 son renvoi aux assises « pour assassinats racistes, mais pas terroristes », à une date non précisée.
Ancien chef de train à la SNCF, William Malet était un militant cégétiste.
Cela explique-t-il certaines bizarreries dans le traitement de son cas ? Et transféré de garde à vue en soins psychiatriques après que les analyses toxicologiques eurent révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang, Kévin T. bénéficiera-t-il des mêmes égards ?
Autre question : le 23 octobre, quand le premier magistrat de Trappes s’est exprimé de sa mairie pour déplorer devant les télévisions du monde entier le drame raciste ayant frappé sa ville, il nous a bien semblé reconnaître, juste derrière lui, le fiché S Elias Imzalène ; un islamiste avéré qui avait appelé à l’Intifada dans les rues de Paris en 2024, puis été condamné pour « provocation publique à la violence en raison de l’ethnie, nation, race ou religion ». Si c’était bien lui, que faisait donc cet agitateur patenté sous l’effigie tutélaire de Marianne ?
Camille Galic
26/10/2026
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