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L’Humanisme c’est la guerre (VI/VI)

♦ Cette longue étude est présentée par Frédéric Villaret en six parties, qui sont publiées au jour le jour afin de rester dans les normes générales de Polémia. Voici, la sixième et dernière partie.

VI / VI – L’humanisme, c’est la guerre ! – Vers la décroissance éco-identitaire.

Frédéric Villaret, chercheur indépendant, essayiste

L’éco-nation est le plus sûr moyen de réaliser le monde de paix auquel aspirent les humanistes.


Penser une décroissance fondée sur l’éco-identité

L’humaniste rêve d’un monde apaisé sans conflit où chacun vivrait dans la concorde (*). C’est le projet mondialiste par essence auquel toutes les idéologies aspirent, qu’elles soient d’essence religieuse ou profane. Aussi, la vocation de ces idéologies est de contrarier ces déterminismes naturels envisagés comme inacceptables ; dont le premier d’entre eux: la Mort. La Science a formalisé ces déterminismes naturels sous forme de loi, principes ou théorème, mais parfois à l’acceptabilité sociale limitée. Ainsi, depuis qu’il existe, le Second principe de la thermodynamique est toujours sorti indemne des attaques qu’il a subies. Mais il y a toujours des farfelus pour encore inventer la machine à mouvement perpétuel, des journalistes s’enthousiasmer devant une méduse capable de rajeunir, des humoristes nous dire que le moteur électrique n’est pas polluant ou des transhumanistes affirmer que la mort serait évitable demain. Si le Second principe était condamné, on n’aurait plus besoin de scientifique et de philosophe pour nous éclairer sur ces déterminismes naturels. Le monde parfait envisagé par les idéologies de la Modernité serait réalisable. Or, pour le moment, cela fait plus de deux siècles qu’il est inébranlable. Aussi, la conclusion métapolitique de cet article reposant sur les manifestations de ce Second principe sera que pour éviter des crises majeures affectant tout un chacun, nos pratiques sociales doivent être le plus proches possibles de celles que la nature permet. Comme le répétait un de mes maîtres, ‘si on pollue trop, on meurt ; si on ne pollue pas, on meurt’. Dès qu’une pratique sociale contrarie ces déterminismes naturels, notamment par le recours à une sur-artificialisation d’un processus, cela est nocif pour tous.

Un exemple concret… et très sensible : l’assistance à la maternité pour les femmes proches de la ménopause désirant un enfant sur le tard. Une femme est à son pic reproductif entre 20 et 30 ans. C’est biologique. Et ceci depuis des lustres. Donc passé cet âge, la sagesse serait d’admettre qu’il n’y aura plus de premier enfant. Ce que disaient nos grands-mères…. Or, aujourd’hui, le premier enfant est fait à 28 ans. C’est à la fin de l’optimum reproductif. Et encore doit-on sans doute intégrer dans les statistiques la natalité de femmes allogènes aux pratiques sociales plus traditionnelles. Qu’en est-il chez les femmes européennes, c’est-à-dire les femmes de race blanche ? Beaucoup veulent leur premier enfant passé 40 ans, alors que leurs ovaires ne sont plus bien en forme et n’ont encore servi à rien. Encore quelques années, et c’est la ménopause. Il est avéré aussi que des hommes âgés engendrent plus que la normale des enfants à problème… Dans mon enfance, on parlait « d’enfants de vieux » pour les situations précitées. Pas très correct aujourd’hui de dire ça ! La crise de la natalité des Européens n’assurant plus leur ‘perpétuation’ a plusieurs causes. L’ultra-artificialisation de la reproduction, soit en l’empêchant par les moyens contraceptifs, soit en la provoquant via la techno-médecine alors que naturellement cela ne se ferait pas, en est sans doute une des principales. Là encore, il s’agit de contrarier un déterminisme naturel par une artificialisation du processus. Or, qui dit artificialisation dit impact environnemental et donc au bout du compte, crise écologique. Les exemples abondent de contextes similaires où l’humanisme produit de l’entropie sociale. Cet humanisme est le lit de postures reposant sur une transgression des déterminismes naturels.

On pourrait encore disserter sur ce thème, mais cela obligerait à exposer des connaissances encore plus hétérodoxes choquant la bien-pensance qui doit quand même lire Polémia. Alors, prudence. Doit-on alors cesser d’être humaniste ?

Doit-on cesser d’être humaniste ?

Pour un écologiste, la question ne se pose pas. Nos pratiques sociales actuelles dont l’humanisme est la pierre angulaire, nous conduiraient tout droit vers la catastrophe majeure condamnant les humains à leur disparition de la planète.

Leur constat est que le monde a muté ces dernières décennies comme jamais il ne fit auparavant. L’Histoire s’accélère. La génération baby-boom (la mienne) a connu le licol des chevaux dans les champs; licols inventés aux premiers temps de l’Histoire. On ne reviendra pas sur les manifestations de cette mutation qui, elles, sont connues et s’articulent autour de la démographie et de la croissance économique, c’est-à-dire l’anthropisation de l’écosphère.

Or, les écologistes envisagent un monde beaucoup moins peuplé qu’aujourd’hui renouant avec des pratiques moins matérialistes. Cette vision est cristalisée par la notion de ‘décroissance’. Cela garantirait la durabilité de l’humanité et pour les plus audacieux d’entre eux, l’égalité des droits entre l’Homme et la Nature, donc la fin de la singularité humaine. Le loup a tout autant que nous, aborigènes, le droit de vivre dans une Europe ayant engendré son espèce. On évoquera, à cet effet, les réflexions de Hans Jonas (1903- 1993) à travers son ouvrage ‘Le principe de responsabilité’ ou l’œuvre d’Arne Naess (1912 – 2009).

Pour les humanistes, au contraire, on continue comme avant. De plus en plus d’humains grâce à la sur-articificialisation de nos pratiques sociales, avec le transhumanisme comme point oméga pour paraphraser Pierre Teilhard de Chardin (1881 – 1955), c’est-à-dire un Homme totalement découplé de tous les déterminismes naturels.

Comment sortir de ce paradoxe ?

Un humaniste n’acceptera jamais de laisser des enfants, des vieillards ou des valétudinaires mourir au nom de la vertu écologique ou de politiques de dépression démographique. Même en lui démontrant que la futur cataclysme majeur sera dû à cette posture, il n’en démordra pas. Or, l’humanisme domine l’esprit de notre temps.

Il est donc nécessaire d’engager une réflexion métapolitique prenant acte de la dangerosité des idéologies humanistes, mais en inventant de nouvelles pratiques sociales conciliant notre héritage civilisationnel et les impératifs écologiques. On rangera toutefois le Développement durable dans les mystifications contemporaines actant la nécessité d’une transformation, mais encore réglé sur une posture humaniste développiste méconnaissant les principes de fonctionnement des écosystèmes.

L’auteur de ces lignes, comme écologiste, appréhende cette catastrophe régulatrice, et par précaution, espère à travers ses apports favoriser une transition douce vers une société ecovertueuse. Mais, nourri d’humanisme, il ne peut se résigner à calquer nos pratiques sociales sur celles de la Nature. Un nouveau modèle politique est donc à inventer. Par défaut, il s’imposera, mais dans la violence. En thermodynamique du non-équilibre, cela est qualifié d’état marginal.

Nous vivons actuellement une mutation équivalente à celle que nous connûmes avec la découverte de l’usage du feu. Les machines thermiques à l’origine de la révolution industrielle en constituent l’acmé. Or, toutes les idéologies inventées dans ce contexte se révèleront vite surannées pour relever les nouveaux défis d’une écosphère complètement anthropisée. Nous ne pouvons vivre sans la Nature. Donc entre un humain de plus et le dernier des éléphants sauvages, il faudra choisir très bientôt. Les Africains le savent. La sagesse africaine a la réponse. On leur reproche même de n’être pas rentrés dans l’Histoire. Sic ! La spiritualité musulmane, la tradition asiatique et toutes les cultures et civilisations à qui a été imposée la civilisation industrielle, aussi. Mais les idéologies humanistes développistes – en un mot : la Modernité- qu’on leur somme d’adopter, les obligent à s’engager sur un chemin qui n’est pas le leur. Quant à nous, après avoir provoqué le choc des civilisations, il nous appartient de réparer les dégâts en commençant par faire le ménage chez nous. La cible est toutes ces idéologies mondialistes anthropocentrées.

A nous d’envisager toutes les conjectures possibles, confiant toutefois que des solutions seront trouvées même si nous échouons à les penser préalablement. En attendant, il faut essayer de penser un éco-humanisme dont le respect des détermismes écologiques essentiels sera le fondement.

Nous espérons, en conclusion, que ce court texte aura fourni suffisamment d’éléments pour conclure que ‘l’humanisme, c’est la guerre’. La nation, envisagée comme un espace garantissant l’homogénéité ethnique d’un peuple et sa perpétuation, n’y est pour rien. Aussi, une éco-nation, conçue comme un espace réunissant toutes les formes de vie y ayant été engendrées est, à ce jour, le plus sûr moyen de réaliser le monde de paix auquel aspirent les humanistes. S’engager dorénavent dans une politique de décroissance éco-identitaire est donc un impératif pour éviter la catastrophe régulatrice dont sont convaincus les écologistes.

Annexe : Résumé

Un des principes de fonctionnement des écosystèmes établit que tout système en non-équilibre thermodynamique tend vers niveau de production minimum d’entropie. Au contraire des écosystèmes naturels fonctionnant dans le strict respect de ce principe, donnant le sentiment d’une Nature ordonnée, les écosystèmes artificiels intègrent une composante noosphérique à l’origine d’une production d’entropie disproportionnée. L’Humanisme en est sans doute la matrice essentielle dans la mesure où cette posture postule la singularité de l’Homme comme être anaturel. Crises, cataclysmes et restructurations de tous ordres sont la manifestation du respect de ce principe fondamental ramenant tout écosystème vers l’équilibre écologique.

Frédéric Villaret
27/01/2017

Note :
(*) Ésaïe 11:6 Le loup demeurera avec l’agneau, et le léopard couchera avec le chevreau ; le veau, et le lionceau et la bête grasse, [seront] ensemble, et un petit enfant les conduira. La vache paîtra avec l’ourse ; leurs petits coucheront ensemble, et le lion mangera de la paille comme le bœuf. Et l’enfant qui tête s’ébattra sur le trou de l’aspic, et l’enfant sevré étendra sa main sur le repaire du basilic. Ils ne feront point de mal, et ils ne détruiront point, sur toute ma montagne sainte; car la terre sera remplie de la connaissance du SEIGNEUR, comme les eaux couvrent la mer.

Correspondance Polémia – 02/02/2017

Image : Le paradis terrestre, Jacques Quecq d’Henripret (né à Lille en 1942)
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Aussi, une éco-nation, conçue comme un espace réunissant toutes les formes de vie y ayant été engendrées est, à ce jour, le plus sûr moyen de réaliser le monde de paix auquel aspirent les humanistes. »

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Frédéric Villaret

Docteur en sciences. Spécialité: ingénierie écologique des écosystèmes artificiels. Chef d'entreprise et enseignant-chercheur indépendant, il se consacre désormais à proposer une interprétation écologique des enjeux politiques contemporains, notamment pour la fondation Polémia.

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