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Les trois leçons de la législative partielle du Doubs

Les trois leçons de la législative partielle du Doubs

Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia.

♦ « A partir de là, un vieux rêve du Front national s’est réalisé : l’UMP est passée à la centrifugeuse ».

Elections législatives du Doubs du 8 février 2015 : le PS peut dire un grand merci aux médias ; le FN doit se préparer à passer l’UMP à la centrifugeuse et pour cela adapter sa stratégie et son discours pour séduire un électorat attaché aux valeurs de droite. Le point de vue de Jean-Yves Le Gallou.
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PS : merci les médias !

La circonscription de Moscovici était considérée comme perdue pour le PS. Les médias l’ont sauvée.

D’abord, en se prêtant à la mise en scène (1) de Valls et Hollande à la suite des attentats islamistes du début janvier 2015; en occultant les responsabilités du pouvoir dans les événements , responsabilités à la fois anciennes (l’immigration de masse) et récentes (l’allégement du dispositif de protection de Charlie Hebdo) ; et en prolongeant artificiellement, comme le demande François Hollande, « l’esprit du 11 janvier » (la manifestation pro-Charlie d’unité républicaine).

Ensuite, en procédant entre les deux tours à une campagne de sidération de l’opinion comme si la République était en danger ! Dans cet orchestre rose la palme revient à France 2 : le mardi 3 février le bureau politique de l’UMP choisit le ni-ni mais David Pujadas invite au 20 heures Alain Juppé qui appelle à voter socialiste ; le mercredi 4 février David Pujadas récidive avec un reportage larmoyant consacré à un syndicaliste dont le fils « est parti combattre au FN » (sic), pire que s’il était devenu djihadiste (2).

UMP : à la centrifugeuse ?

L’UMP s’attendait à être présente au deuxième tour comme dans toutes les élections partielles depuis 2012. Elle a été victime d’un incident électoral : la bêtise de son candidat. Celui-ci a fait, avant le premier tour, une campagne de… deuxième tour en s’adressant par avance à l’électorat socialiste et immigré, n’hésitant pas à déclarer qu’il n’avait « pas de problème avec l’immigration » mais que « ce sont les petits blonds qui l’emmerdaient ». Une déclaration reprise sur le site de FDesouche qui a enflammé les réseaux sociaux, ce qui a fait perdre au candidat UMP les quelques centaines de voix qui l’ont empêché d’accéder au second tour.

A partir de là, un vieux rêve du Front national s’est réalisé : l’UMP est passée à la centrifugeuse. Sarkozy a fait un numéro de contorsionniste ; Juppé, NKM, Bussereau, Larcher et quelques autres ont appelé à voter socialiste ; Le Maire, Wauquiez, Mariani et la majorité du bureau politique ont préconisé le ni-ni ; et au final, une partie des électeurs UMP s’est reportée sur Sophie Montel, la candidate du FN !

Voilà qui promet du spectacle pour les primaires de l’élection présidentielle de 2017…

FN : entre déception…

Le FN s’est félicité du bon résultat de sa candidate, « seule contre la Caste ». Reste qu’une fois de plus, il se heurte au plafond de verre des 50%. Un plafond qu’il n’a percé que trois fois lors d’élections législatives (à Hyères avec Yann Piat en 1988, à Dreux avec Marie-France Stirbois en 1989, à Toulon avec Jean-Marie Le Chevalier en 1997).

Or l’électorat de la circonscription du Doubs lui était sociologiquement très favorable : plus ouvrier, moins CSP +, moins diplômé que la moyenne nationale.

Surtout, il s’agissait d’une circonscription où le Non à la Constitution européenne avait rassemblé les deux tiers des électeurs, alors même que la stratégie pensée par Florian Philippot consiste à rassembler ces électeurs du Non pour constituer une majorité. La question se pose : cette stratégie peut-elle suffire à faire gagner en France en 2017, voire 2022, si elle ne parvient pas à assurer la victoire sur un terrain particulièrement favorable, puisque présentant plus de 10 points d’avance sur la moyenne nationale ?

…et espoir

Pour autant, le deuxième tour de l’élection a montré la capacité du FN à conquérir un électorat UMP en déshérence. Sans doute lui faut-il désormais réfléchir à la meilleure manière de le rassurer, de le séduire, voire de l’arrimer. Ceci passe notamment par la diversification de son offre médiatico-politique, en portant, à côté du discours de gauche républicano-souverainiste, un discours plus identitaire et plus conservateur, davantage en phase avec les profonds mouvements sociétaux qui traversent la société française. Quelle que soit la qualité de son soliste, Marine Le Pen gagnerait sans doute à disposer d’un orchestre.

Jean-Yves Le Gallou
9/02/2015

 Notes :

(1) « mise en scène » : le mot est de Jacques Attali
(2) Voir i-media à 27’ 55’’

Polémia – 9/02/2015

 

Jean-Yves Le Gallou

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