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L’assimilation est-elle encore une option politique valable ?

L’assimilation est-elle encore une option politique valable ?

Par Johan Hardoy ♦ Deux réflexions sur l’assimilation des immigrés dans notre pays : Éloge de l’assimilation – Critique de l’idéologie migratoire, de Vincent Coussedière (Éditions du Rocher, 242 pages), et Immigration de masse – L’assimilation impossible, de Michel Geoffroy (Éditions La Nouvelle Librairie, 55 pages).
Deux essayistes de haut vol proposent leurs réflexions sur ce sujet crucial. Si l’un prône un nécessaire retour à l’assimilation dans le champ politique français, l’autre considère que celle-ci est désormais impossible à l’exception de quelques cas individuels.
Le premier, Vincent Coussedière, est un professeur agrégé de philosophie qui s’inscrit dans la filiation du grand sociologue Gabriel Tarde. Le second, Michel Geoffroy, est un énarque et ancien haut fonctionnaire bien connu de Polémia.

 

L’immigration

Vincent Coussedière se tourne vers les juristes pour la définir : « Un immigré se définit en droit comme un étranger qui vit depuis plus d’un an dans un pays autre que le sien. » Ce n’est donc ni un migrant, ni un touriste.

Il ne s’agit pas d’une fatalité naturelle mais d’un fait social qui amène plusieurs questions légitimes en raison des lourdes conséquences susceptibles d’affecter tant les sociétés de départ que les sociétés d’accueil : comment se fait-il que l’homme, qui est un animal politique, ne puisse plus s’en étonner publiquement aujourd’hui sans être disqualifié immédiatement comme « populiste » ? Pourquoi les sociétés d’accueil auraient-elles à prendre le risque de leur décomposition en s’exposant au bouleversement démographique de leurs peuples ?

En effet, l’immigration, devenue de masse et familiale, permet à des diasporas de se constituer en préservant l’entretien des modèles culturels d’origine. En outre, le cadre juridico-politique de la République laïque, loin d’être neutre, doit nécessairement entrer en contradiction avec des cultures qui affirment que la religion doit modeler les mœurs collectives.

Michel Geoffroy rappelle les conséquences du droit au regroupement familial instauré, à la demande du patronat, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Le regroupement communautaire des immigrants s’en est donc trouvé facilité, ce qui a amené la constitution des fameux « quartiers sensibles » et des « banlieues populaires » peuplés d’immigrés qui s’assimilent de moins en moins à la société française et gardent le contact avec leurs pays d’origine via les moyens modernes de communication et d’échange.

Il décrit ainsi une véritable « catastrophe » qui laisse la porte ouverte à un multiculturalisme multiconflictuel soutenu par l’oligarchie mondialiste. Le caractère massif de l’immigration est d’ailleurs inédit en France, contrairement aux affirmations de la doxa bien-pensante.

Espérance banlieues : assimilation et conversion, la grande illusion

L’assimilation

Michel Geoffroy souligne que celle-ci consiste à devenir semblable à quelque chose, ce qui oblige, dans le champ social, celui qui rejoint le groupe à changer de nature pour se rendre compatible avec lui. En France, cette notion renvoie à la conception de la nation une et indivisible qui ne connaît que des citoyens égaux en droit.

De fait, elle constitue un processus individuel long et difficile, dont la difficulté est renforcée par l’effet masse de l’immigration et par l’écart culturel entre les sociétés de départ et d’accueil des immigrants.

L’assimilation de groupes entiers peut d’autant moins fonctionner que notre pays n’offre plus grand-chose de concret et de positif permettant ce processus, puisque ses leviers traditionnels, l’école publique, le service militaire et l’Église, ont été déconstruits au bénéfice d’un individualisme fanatique, d’une sous-culture audiovisuelle standardisée, d’un féminisme hystérique, d’un laxisme comportemental et judiciaire, d’un discours victimaire et d’une culpabilisation de la société d’accueil.

Immigration. L’impossibilité de l’assimilation définitivement démontrée

Pourquoi a-t-on renoncé à l’assimilation ?

Pour Vincent Coussedière, ce sont des « prêtres de la mauvaise conscience », prônant l’« idéologie migratoire », qui ont particulièrement bien réussi à intimider la critique par l’intimidation médiatique et la sanction juridique.

Jusqu’en 1945, cette question avait été abordée sans complexe d’un point de vue politique, l’État se posant simplement la question de l’intérêt, démographique, militaire ou économique, que représentait pour lui l’immigration. L’immigré ne devait pas seulement être utile, mais également assimilable.

Cependant, un homme, Jean-Paul Sartre, a su capter les ressentiments engendrés par la collaboration et la colonisation et s’en servir pour proposer un programme multiculturaliste de reconnaissance des « identités opprimées ». Ce philosophe allait même beaucoup plus loin : « À notre tour, pas à pas, nous faisons le chemin qui mène à l’indigénat. Mais pour devenir indigènes tout à fait, il faudrait que notre sol fût occupé par les anciens colonisés et que nous crevions de faim. »

Son véritable « travail de taupe de l’idéologie migratoire » a été parfaitement relayé par sa postérité intellectuelle.

L’impossible assimilation – Michel Geoffroy – VIe Forum de la Dissidence

L’intégration

Vincent Coussedière met en exergue l’affaire des foulards de Creil impliquant trois collégiennes en 1989, date à laquelle une contre-offensive idéologique a été tentée sous la bannière de la laïcité et de l’intégration. À travers ce dernier terme, censé être respectueux des identités singulières, les intellectuels des années 1980-1990 entendaient défendre l’héritage d’un modèle républicain français reposant sur la distinction entre les sphères privée et publique. Dès lors, on ne demandait plus à l’immigré de s’assimiler à la nation, mais de s’intégrer à la laïcité républicaine.

Michel Geoffroy rappelle que c’est à partir des années 1980 qu’a été promue une politique dite d’intégration, terme remontant à la guerre d’Algérie pour désigner l’union des communautés européenne et musulmane dans un même ensemble français.

Selon cette conception, le corps social n’est plus composé d’éléments semblables mais de parties différentes, les immigrants continuant à rester comme ils sont.

Par ailleurs, le mantra sur la laïcité n’a aucune prise sur les réalités de l’immigration musulmane.

L’inclusion et le vivre-ensemble

Selon Vincent Coussedière, l’État, après avoir renoncé à l’assimilation pour adopter l’intégration, a prôné, depuis les années 2000, un idéal d’inclusion au moment même où il perdait la capacité de décider qui entrait et sortait de son territoire.

Michel Geoffroy observe que la sémantique politique ne parle plus désormais que de vivre-ensemble. Ce mot d’ordre marque une nouvelle régression car il ne se définit plus par la constitution d’un tout, mais par la cohabitation spatiale d’éléments différents.

Assimilation, séparation ou remigration ?

Quelles solutions ?

Selon Vincent Coussedière, à l’heure où les bouleversements démographiques liés à l’immigration de masse viennent bousculer la logique d’autoconservation du groupe social, il est nécessaire de prendre la mesure de l’obstacle que constitue l’idéologisation du phénomène migratoire avant de refonder les bases d’une véritable politique de l’immigration et de l’assimilation.

Il faut ensuite se fixer comme objectifs de diminuer de manière drastique les flux migratoires et de n’ouvrir l’accès à la nationalité française qu’à ceux qui auront fait la preuve de leur assimilation.

Cette politique suppose évidemment que les citoyens des démocraties retrouvent la souveraineté de leur État.

De son côté, Michel Geoffroy ne croit pas que, sauf à instaurer un régime dictatorial, il soit possible de faire cohabiter de force, sur un même territoire, des groupes d’identités et de civilisations différentes, voire opposées. Il affirme également que l’assimilation se révèle un échec, ce qui démontre également celui de l’universalisme abstrait des Lumières et du sans-frontiérisme libéral. Les hommes ne sont pas interchangeables, car chaque civilisation possède une « âme » en propre.

Il convient donc de tirer les conséquences de la fin de l’assimilation et de relever le défi civilisationnel que nous lance l’immigration de masse en Europe.

Johan Hardoy
02/05/2021

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