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La remigration, un concept qui se répand dans toute l’Europe

La remigration, un concept qui se répand dans toute l’Europe

par | 27 octobre 2026 | Europe, Médiathèque, Société

La remigration, un concept qui se répand dans toute l’Europe

Dans son livre Remigration – Une proposition (Éditions Hétairie, 214 pages, 18 euros), l’essayiste autrichien Martin Sellner traite du sujet brûlant qui fera l’objet du colloque de Polémia le 31 octobre prochain, où il sera d’ailleurs présent. Laissons-lui donc la parole afin de comprendre les tenants et les aboutissants d’une thèse radicale en vogue dans les milieux identitaires.
Johan Hardoy

Qu’est-ce que la remigration ?

Martin Sellner résume ainsi sa pensée : « “Remigration” est le mot-clef du XXIe siècle. Ou bien elle deviendra l’axe central de la politique européenne, ou bien il n’y aura bientôt plus de politique européenne digne de ce nom. Son objectif est simple : défaire la politique migratoire funeste menée au cours des dernières décennies. »

En effet, « les peuples autochtones d’Europe, ainsi que leurs prolongements culturels hors du continent, doivent demeurer la majorité déterminante sur leurs terres historiques, ou le redevenir là où ils ont déjà été placés en situation minoritaire ».

L’immigration « doit être contrôlée, mesurée et planifiée, dès lors qu’elle profite économiquement au peuple et ne lui impose pas une charge culturelle excessive ». « Lorsque la proximité culturelle est suffisante et que les proportions demeurent maîtrisées, la migration peut même représenter un véritable enrichissement culturel et un stimulant intellectuel positif pour le peuple. »

L’auteur se défend de toute conception « biologiste » du peuple : « La politique migratoire identitaire ne repose pas sur l’idée d’un substrat hermétiquement clos, comparable à une essence métaphysique que les étrangers viendraient “contaminer”. Elle ne propage pas davantage un “apartheid global”. […] Ici comme ailleurs, c’est la dose qui fait le poison — ou l’enrichissement. »

« La remigration n’est pas, comme on l’entend trop souvent, un simple synonyme d’expulsion », mais « désigne le retour des migrants vers leur pays d’origine ou vers le lieu dont ils ont émigré ».

Cet objectif doit constituer « la priorité absolue de toute politique de droite », car « rien d’autre ne permettra d’arrêter puis d’inverser la transformation des pays européens en États multiethniques post-démocratiques ».

« En résumé, la remigration désigne un ensemble de mesures destinées à inverser les flux migratoires, sur le fondement d’une politique démographique et identitaire alternative. »

Les cas allemand et autrichien

Le ministère fédéral de l’Intérieur allemand considère officiellement que ceux qui entrent en Allemagne n’ont pas vocation à y rester s’ils ne remplissent pas les conditions de séjour légales ou ne relèvent pas d’une protection particulière. Ces personnes peuvent bénéficier d’un programme de rapatriement qui prend en charge les frais du voyage de retour et leur procure une aide financière, entre autres soutiens. Une structure analogue existe en Autriche. Ceux qui ne partent pas volontairement doivent être reconduits.

Le terme et l’idée de remigration « ne sont donc ni nouveaux ni particulièrement radicaux ». Martin Sellner propose d’y ajouter une réforme du droit d’asile, du droit de la nationalité et du droit des étrangers, conjuguée à des mesures susceptibles d’encourager le retour volontaire.

En outre, les conditions d’accès à la nationalité devront être considérablement durcies et l’acquisition de la citoyenneté par le droit du sol abolie.

Le préalable de cette politique doit consister dans « une protection stricte des frontières et l’arrêt immédiat de l’immigration pour certains groupes ». Parallèlement, la vie sociale doit favoriser la natalité et l’éducation des enfants.

Devant le changement démographique en cours, ceux qui pensent que la mise en place d’un État de surveillance et de police pourrait constituer une solution se méprennent. Au contraire, « les mesures relevant de cette “anarcho-tyrannie” émergente visent d’abord les autochtones et les migrants assimilés. […] Pendant ce temps, les sociétés parallèles issues de l’immigration, organisées selon des structures claniques et habituées aux ordres anarchiques propres aux États faibles, demeurent largement intactes dans leurs zones de non-droit ».

Il est donc impératif de s’opposer à la « migration de remplacement » évoquée par le Département des affaires économiques de l’ONU comme une possible « solution aux populations en déclin et vieillissantes ». De fait, « presque tous les pays d’Europe occidentale suivent cette recommandation », alors que des États comme la Hongrie, Israël, le Japon ou la Corée du Sud, pourtant confrontés à des problèmes démographiques analogues, ont choisi une politique différente.

« Sans ce remplacement par l’immigration, l’Allemagne compterait aujourd’hui environ 70 millions d’habitants, et non 83 millions ; l’Autriche en compterait environ 6 millions, et non 9. »

« Cela ne signifie pas que les étrangers intégrés, utiles à la société, ne devraient pas pouvoir rester dans le pays. Mais la citoyenneté et l’installation définitive doivent obéir au principe d’assimilation », car « l’intégration seule ne suffit pas ».

Le danger du vote communautaire

Au-delà des problèmes culturels, économiques, sociaux, criminologiques et territoriaux posés par une présence massive de populations étrangères dans les pays d’accueil, l’auteur considère comme décisive la question du « vote ethnique », d’autant que les populations concernées « l’utilisent manifestement dans un sens favorable à l’immigration ».

« À terme, la minorité autochtone perd son droit à l’autodétermination dans son propre pays. Le changement démographique devient alors démocratiquement irréversible. » Dès lors, l’intégration et l’assimilation deviendront impossibles, faute de majorité stable pouvant servir de référence culturelle.

Ce danger est négligeable, voire inexistant, chez les migrants occidentaux : « Le risque que ces communautés européennes et occidentales agissent comme une cinquième colonne de leur pays d’origine est faible. » Au contraire, l’AfD allemande et le FPÖ autrichien enregistrent souvent des scores supérieurs à la moyenne dans ces populations.

Des « villes modèles » à l’extérieur de l’Europe

La remigration doit être envisagée sur le long terme, une fois sécurisées les frontières de l’Europe par le biais, notamment, de l’enregistrement biométrique de tous les immigrés irréguliers dans une base de données centrale.

Les « retours forcés » restent cependant le moyen le plus efficace : « Pourquoi si peu de réfugiés arabes tentent-ils de “fuir” illégalement vers l’Arabie saoudite ou le Qatar ? Parce qu’ils savent parfaitement qu’ils n’ont aucune chance d’y être autorisés à séjourner. »

Les demandeurs d’asile et les migrants qui ne peuvent aujourd’hui être expulsés parce que les pays d’origine refusent de les accueillir, parce qu’ils sont apatrides ou parce qu’ils viennent d’un pays en guerre pourraient être accueillis dans des « villes modèles », situées dans des pays tiers sûrs. Celles-ci seraient constituées de vastes complexes urbains comprenant logements, écoles, hôpitaux, centres de loisirs, infrastructures sportives, etc. Nul n’y serait retenu contre son gré, car chacun pourrait à tout moment repartir dans son pays d’origine.

Les États accueillant ces villes continueraient de bénéficier des aides internationales actuellement engagées (« l’Union européenne distribue à elle seule environ 25 milliards d’euros d’aide au développement à l’Afrique chaque année ») et une partie de leur dette nationale pourrait même être remboursée.

La dimension morale

Martin Sellner l’affirme tout bonnement : « Nous avons moralement raison. »

« La recherche individuelle d’un avantage par les migrants ne saurait primer sur notre intérêt collectif à préserver la vie d’une culture entière. »

« Protéger les frontières de l’Europe et expulser les immigrés illégaux ne sont donc pas des actes immoraux, dès lors que la dignité humaine est préservée et que l’on évite toute souffrance inutile. »

« De plus, les migrations de masse vers l’Europe ne constituent même pas un moyen efficace de réduire la pauvreté mondiale et les inégalités économiques ». Au contraire, elles « réduisent drastiquement les possibilités de développement des pays d’émigration ».

« Le changement politique est déjà en cours dans toute l’Europe. » Confrontée à l’échec de la politique multiculturelle, « l’Allemagne a maintenant l’occasion de s’orienter, cette fois, dans la bonne direction ».

***

Les instances dirigeantes du Rassemblement national se sont distancées du concept de « remigration », qu’elles associent notamment aux milieux identitaires.

Le refus de cette conception politique constitue même l’une des raisons pour lesquelles le RN a rompu son alliance avec l’AfD au Parlement européen.

Au contraire, Éric Zemmour en fait un pilier central de son programme. Il propose ainsi la création d’un véritable ministère de la Remigration, chargé de planifier et d’exécuter les expulsions des clandestins, des déboutés du droit d’asile, des délinquants et criminels étrangers, ainsi que des étrangers au chômage de longue durée ou dépendant des aides sociales.

En 2013, Laurent Ozon avait lancé un Mouvement pour la remigration, avant de participer à l’organisation des premières Assises de la remigration avec le Bloc identitaire. Cette idée a donc été reprise par un candidat à l’élection présidentielle dès 2022, quand Éric Zemmour a évoqué la création d’un ministère dédié à cette question.

Johan Hardoy
27/10/2026

Johan Hardoy

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