Jean‑Yves Le Gallou, président de Polémia, a récemment publié Remigration. Pour l’Europe de nos enfants, aux éditions La nouvelle Librairie, un ouvrage dans lequel il plaide non pas seulement pour un arrêt du flux d’immigration, mais aussi pour une inversion significative des flux migratoires. André-Victor Robert, économiste et auteur de La France au bord de l’abîme – Les chiffres officiels et les comparaisons internationales, a lu cet ouvrage. Compte-rendu.
Polémia
Une démonstration limpide
L’ouvrage n’est pas un simple « manifeste », il entend aussi et surtout – en s’appuyant sur un vaste corpus de références historiques et démographiques – donner une cohérence doctrinale à la notion de « remigration », encore marginale dans le débat public français, mais qui occupe une place de plus en plus importante dans les réflexions des intellectuels en Europe, tout du moins ceux qui témoignent du souci de ne pas laisser s’effondrer la civilisation occidentale.
L’ouvrage est structuré en deux parties : dans une première partie, intitulée « Pourquoi la remigration ? », Jean-Yves Le Gallou examine les motifs qui pourraient – ou devraient – conduire les hommes politiques à envisager la mise en œuvre d’une politique de remigration. Jean-Yves Le Gallou puise dans des disciplines aussi diverses que l’histoire, l’anthropologie, ou la démographie, et à cette occasion, Jean-Yves Le Gallou fait la preuve de son érudition, en mobilisant en outre de manière fort judicieuse les apports de ces disciplines. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, l’auteur examine comment procéder, et comment surmonter les obstacles qui ne manqueront pas de se présenter.
Au fil des chapitres de la première partie, l’auteur analyse la crise historique majeure que traverse l’Europe, provoquée par l’immigration extra-européenne de masse, l’effacement progressif des frontières culturelles et la diffusion du modèle multiculturel mondialiste. Jean-Yves Le Gallou considère que cette dynamique ne relève plus d’un simple phénomène économique ou social, mais d’un bouleversement démographique profond susceptible de transformer durablement l’identité des nations européennes, et peut-être de remettre en cause l’existence-même de la civilisation occidentale.
L’auteur évoque différents exemples de déplacements ou de retours de populations intervenus au fil des siècles afin de montrer que les phénomènes de remigration ont déjà existé dans l’histoire. L’auteur en conclut que des politiques de retour sont envisageables sans nécessairement conduire à des conflits majeurs. L’histoire, nous indique l’auteur, « fournit de nombreux exemples de remigrations, parfois violentes (…) mais qui peuvent aussi prendre des formes plus paisibles. ». Au titre des remigrations réalisées sous la contrainte, il évoque notamment la Reconquista, le retour en Grèce des grecs établis en Turquie et le retour en Turquie des turcs établis en Grèce suite au Traité de Lausanne de 1923, ou encore le rapatriement des Pieds-noirs en 1962. Parmi les cas de remigrations plus paisibles figure notamment celui des populations russophones des États baltes après la chute de l’Union soviétique.
Pour Jean-Yves Le Gallou, le peuple européen a droit à la continuité historique. « Le substrat ethnique de l’Europe, nous indique-t-il, est resté inchangé depuis 5000 ans et jusqu’au début de l’immigration extra-européenne dans les années 1960. Et à l’exception du finnois, du hongrois et du basque, toutes les langues parlées en Europe sont indo-européennes et apparentées les unes aux autres. (…) Le catholicisme (…) est aussi un marqueur identitaire et civilisationnel fort : la notion de chrétienté (…) a largement catalysé les énergies des européens dans leur lutte contre les invasions arabo-musulmanes en Espagne et turco-musulmanes dans les Balkans, ou contre les attaques des pirates barbaresques sur les rivages nord de la Méditerranée. » Ce que le Général de Gaulle, de manière plus intuitive et plus approximative, avait formulé de la manière suivante : « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »
Lutter contre la colonisation de l’Europe
Le chapitre 3 a pour objet d’analyser les maux occasionnés par l’immigration européenne. L’Europe est pour l’auteur en passe de devenir une colonie soumise aux peuples de ses anciennes colonies. Mais la colonisation d’hier et celle d’aujourd’hui auraient peu à voir l’une avec l’autre : « La colonisation européenne était une colonisation administrative et de protectorat, apportant des infrastructures et des ouvrages d’art : routes, ponts, chemins de fer, canaux d’irrigation, hôpitaux, écoles. » Le Gallou converge totalement sur ce point avec le numéro hors-série consacré récemment par Valeurs actuelles à la présence française en Algérie de 1830 à 1962. Il poursuit : « La colonisation venue du tiers-monde est différente : c’est une colonisation de peuplement, amenant des bouches à nourrir. »
Il ajoute que c’est une colonisation de prédation : prédation sexuelle, dont sont emblématiques l’affaire des grooming gangs au Royaume-Uni ou encore l’affaire des viols collectifs de Cologne à la Saint-Sylvestre 2015 ; prédation violente, avec la sur-représentation très marquée des immigrés extra-européens (sur-représentation constatée dans tous les pays européens) dans la participation aux activités criminelles ; prédation qu’il qualifie d’« astucieuse », enfin, les immigrés extra-européens ayant – beaucoup plus que les autochtones – recours aux aides sociales et au logement HLM. Jean-Yves Le Gallou, s’appuyant sur les travaux de Robert Puttman, politologue à Harvard, note en outre que les sociétés multi-culturelles sont plus conflictuelles que les sociétés ethniquement homogènes, l’hétérogénéité ethnique ayant pour effet d’accroître la méfiance entre les individus et donc d’affaiblir le « capital social ». Sur ce sujet, on pourra consulter aussi l’ouvrage de Garett Jones, dont nous avons rendu compte il y a un an dans ces colonnes.
Le chapitre 4 conclut la première partie de l’ouvrage en abordant les questions démographiques. Au cours des vingt dernières années, de 2006 à 2021, en France, le taux de fécondité des femmes immigrées est resté stable à environ 2,3 enfants par femme alors que celui des femmes nées en France fléchissait, de 1,9 à 1,7 enfant par femme. Dans le même temps, le nombre de naissances en France issues d’un ou deux parent(s) étranger(s) augmentait de 42 %, tandis que le nombre de naissances de deux parents français baissait de 37 %. Dans ces conditions, à l’avenir, si la fécondité des femmes immigrées devait se maintenir et celle des femmes non-immigrées continuer de baisser, la part des immigrés au sein de la population en France ne peut que s’accroître au fil du temps, et ce même sous l’hypothèse d’un arrêt total du flux d’immigration. C’est à notre sens un argument majeur en faveur de la politique de remigration prônée par l’auteur, car de ce fait, le simple arrêt de l’immigration ne suffira pas à mettre un terme au « grand remplacement ».
Les peuples face aux juges
Pour Le Gallou, la remigration désigne l’ensemble des politiques visant à favoriser le retour vers leur pays d’origine d’immigrés installés en Europe, mais également, dans certains cas, celui de leurs descendants lorsque ceux-ci sont insuffisamment assimilés ou porteurs d’une altérité culturelle irréductible. La remigration comprend ainsi cinq composantes, à mettre en œuvre dans cet ordre : 1- l’arrêt de toute immigration nouvelle, 2- le renvoi des clandestins et des délinquants, 3- le non-renouvellement des titres de séjour des étrangers qui n’ont plus les moyens de subsister en France par leur seul travail, 4- la déchéance de nationalité et le renvoi des binationaux inassimilés et hostiles à la France, et 5- l’encouragement au retour des étrangers non assimilés.
La mise en œuvre d’une telle politique risque évidemment d’être entravée par le « gouvernement des juges ». Jean-Yves Le Gallou estime que les juridictions nationales et européennes, en particulier la jurisprudence liée aux droits de l’homme, empêchent désormais les États de mener des politiques migratoires souveraines. Il critique à juste titre les institutions européennes et les mécanismes juridiques internationaux qui placent les droits individuels des migrants au-dessus des intérêts collectifs des peuples d’accueil. Reprenant les travaux de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), l’auteur indique qu’en application des critères édictés par la jurisprudence de la Cour nationale du droit d’asile, de la CEDH et de la CJUE, ce sont pas moins de 600 millions de personnes, de par le monde, qui sont éligibles au droit d’asile en France ! Ce qui amène Le Gallou à conclure que ces juridictions constituent la « nef des fous »… La remigration suppose donc une reconquête préalable de la souveraineté politique et juridique des nations, qui consiste avant tout à remettre les juges à leur place, ce qu’il appelle le « JUGEXIT ».
Pour une politique de fermeté
Jean-Yves Le Gallou considère que la remigration doit être mise en œuvre de manière progressive, équitable et ferme. La progressivité consiste tout d’abord à mettre un terme à l’accaparement du pouvoir législatif par les juges et à rendre le pouvoir législatif au peuple, qui l’exercera par référendum ou par l’intermédiaire de ses représentants élus. L’auteur souhaite aussi que l’Union européenne exerce dans le respect strict du principe de subsidiarité les compétences qui lui sont dévolues, et qu’il soit offert à tous les états membres la possibilité de s’affranchir de la politique migratoire de l’Union, en s’appuyant sur un « opt-out » à l’instar de celui dont bénéficie le Danemark en la matière. Ce qui permettrait ensuite de mettre fin au regroupement familial, dont les conséquences financières pour notre pays sont particulièrement lourdes.
L’équité et la fermeté commandent de couper les subventions aux lobbies et associations pro-immigrationnistes, de « mettre un terme à tous les dispositifs de préférence étrangère accordant, statistiquement ou juridiquement, des avantages en termes d’accès aux services publics aux populations issues de l’immigration, [et de réserver] l’accès aux avantages sociaux aux seuls ressortissants nationaux ».
Le texte s’inscrit dans un contexte européen plutôt que franco-français. L’ouvrage est préfacé par Martin Sellner, figure importante de la mouvance « identitaire » germanophone, ce qui souligne la dimension transnationale du projet intellectuel défendu. Cet ouvrage est l’aboutissement de plusieurs décennies de pensée française et européenne sur les questions d’immigration et d’identité. On y retrouve des thèmes déjà présents dans les travaux antérieurs de Jean-Yves Le Gallou : préférence nationale, critique de l’universalisme, défense des identités enracinées, dénonciation des élites mondialisées et préoccupation face au déclin culturel européen. L’ouvrage constitue ainsi une forme de condensé idéologique destiné à fournir un cadre intelligible et mobilisateur.
L’ouvrage témoigne aussi et surtout d’une inflexion récente très significative de la pensée européenne vis-à-vis de l’immigration : là où certains intellectuels se contentaient jusqu’à présent d’en appeler à la limitation du flux d’immigration, Jean-Yves Le Gallou assume désormais l’idée d’un renversement du mouvement migratoire lui-même, et affiche la volonté de déplacer en conséquence la frontière du débat public.
André-Victor Robert
22/06/2026









