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La Manif pour Tous : mais où est donc passé le vote catholique ?!

La Manif pour Tous : mais où est donc passé le vote catholique ?!

Didier Beauregard, essayiste ♦ Prise entre la contestation des Gilets jaunes et le mouvement contre la réforme des retraites, la dernière mobilisation de la Manif pour tous (Marchons Enfants) pour s’opposer à la PMA/GPA est passée globalement inaperçue. Les médias du système ont traité le sujet avec distance et condescendance, comme un événement de second ordre, au regard des grands sujets sociaux qui agitent la société française. La grande mobilisation autour du mariage homosexuel qui avait fait frémir la France « progressiste » en 2013 et déchainé les polémiques, n’est plus qu’un lointain souvenir. La France catholique et conservatrice peut toujours défiler, le système politico-médiatique ne s’en soucie plus vraiment, tant il considère le catholicisme comme un fait dépassé, sans prise sur la société. Les lieux de culte chrétiens peuvent toujours être vandalisés, l’image du Christ profané et les chrétiens insultésou agressés physiquement- l’actualité regorge d’exemples- aucune réaction collective, massive et puissante, ne vient mobiliser les belles consciences qui font l’opinion publique. La hiérarchie ecclésiastique, elle-même, est étrangement discrète !


Un enjeu politique

La France encore attachée à son héritage chrétien, après avoir montré sa force de mobilisation dans la rue, ne cesse depuis d’être confrontée à ses revers politiques ; sa voix devient inaudible. En 2013, elle n’a pas réussi à transformer sa victoire du nombre en puissance politique, elle en paye le prix aujourd’hui. Le combat politique est un tout cohérent, et l’on ne peut isoler les questions éthiques de l’ensemble des grands sujets qui agitent le débat public (1).

Après avoir perdu la bataille médiatique à l’issue des manifs géantes contre le mariage pour tous, la France de la Manif pour tous n’a pas pu se construire une identité politique, en l’absence d’une capacité d’élargir son engagement aux questions sociales et identitaires. Le camp qui s’autoproclame « progressiste », est lui porteur d’une vision globale, où la déconstruction des fondements traditionnels des sociétés occidentales, matériels ou culturels, est censée accoucher de l’être nouveau, l’individu absolu, émancipé des limites et des aliénations du passé. L’individualisme féroce (« Le droit à.. ») qui abolit les fondements anthropologiques des sociétés, ne peut être dissocié de l’action du mondialisme libéral qui met à bas les frontières qui limitent le mouvement de la marchandise et des capitaux et de la circulation sans restriction des hommes qui déstructurent les identités historiques.

Faute d’une vision fondée sur une analyse globale des enjeux qui minent la société française, la France de la Manif pour tous, logiquement, s’est abimée sur les obstacles politiques qui se sont dressés sur son chemin ; à commencer par l’obstacle le plus évident de la vie politique, celui des élections. L’extraordinaire mobilisation de 2013 n’a pu se traduire en un front électoral compact autour de valeurs éthiques centrées sur les enjeux sociétaux, en dépit des efforts de la mouvance incarnée par Sens commun au sein de la droite.Le pouvoir de sanction du vote catholique n’existe pas.


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2020 : la nature comme socle

Un vote bourgeois

La victoire de Macron en 2017, a mis en exergue le fait que la fracture sociale du pays se traduit de plus en plus en fracture politique : la France des centres villes bourgeois, face à la France périphérique et populaire, pour faire simple. L’élection de Macron a incarné cette fracture politico-sociale de manière quasi caricaturale. Et, comme par hasard, la France qui a voté le plus nettement pour le candidat du système- celle de l’ouest parisien et francilien et des provinces de l’ouest- est bien celle qui a fourni les gros bataillons de la Manif pour tous !

Une simple erreur de casting comme issue d’une campagne présidentielle brouillée par les affaires du candidat de la droite ? Les Européennes en mai dernier ont levé toute incertitude à ce sujet. La carte électorale et les études d’opinion ont montré que non seulement le vote catholique avait largement choisit Macron, mais que plus les électeurs se disaient catholiques pratiquants, plus ils avaient voté pour la liste de la majorité. Versailles et Saint Germain en Laye, notamment,  offraient à Macron parmi ses plus beaux scores. Le vote de classe l’a emporté sur le vote des convictions éthiques. Le candidat « naturel » de la France traditionnelle, le très catholique et versaillais François Bellamy, fut la principale victime de ce recentrage bourgeois, avec un score dérisoire de 8,5% !(2)

La messe est dite !

La messe était dite, si l’on ose dire, et le vote catholique, largement rallié au candidat de la France « En marche » (vers le « progressisme »), n’avait plus aucune chance de faire entendre sa voix. Son conformisme social, son souci patrimonial et son esprit de classe l’alignaient, sans contrepartie aucune, dans le camp de la France des centres villes prospères, mondialisés et progressistes, face à la France populaire et périphérique ou celle de l’héritage civilisationnel chrétien.

Dans le contexte de tension sociale provoqué par la politique du nouveau gouvernement, les tenants de la Manif pour tous ont regardé passer le train de la révolte des Gilets jaunes, alors que l’occasion était unique de fédérer, enfin, la contestation sociale, éthique et identitaire dans un vaste mouvement national qui transcende les clivages sociaux et les différences politiques, autour de l’essentiel : la défense d’un modèle social et civilisationnelfrançais, issu d’une longue histoire partagée. L’omniprésence du « peuple blanc » et des symboles nationaux dans les manifestations des Gilets jaunes montraient la volonté populaire de reconstruction de la communauté nationale qui aurait dû servir de fondement à une union de toutes les sensibilités patriotiques. On peut toujours, un bref instant, se laisser aller à rêver et imaginer l’impact des grandes manifs de novembre/décembre 2018, si, sur les Champs Élysées, un million de personnes, toutes classes confondues, s’étaient retrouvées pour exprimer une colère commune, face au même système de pouvoir qui les méprise, les ignore et les maltraite.

Aujourd’hui, chaque force sociale défile et proteste de son côté, dans des combats qui ne franchissent pas le seuil critique qui menacerait le pouvoir en place. Les Gilets jaunes n’ont pas rallié la droite conservatrice qui ne s’est pas identifiée à une révolte populaire patriote, comme la gauche syndicale des grandes entreprises publiques se montre incapable de mobiliser les gros bataillons des salariés du privé, qui seront pourtant les premières victimes de la réforme Macron des retraites. La Manif pour tous, de son côté, est condamnée à voir défiler ses troupes nombreuses dans l’indifférence générale d’un pays fragmenté qui ne trouve pas de dénominateur commun à ses révoltes, ni une force politique capable de les mettre en cohérence.

Didier Beauregard
30/01/2020

(1) Cf. notre article du 24 avril 2013 : « De la Manif pour tous au Printemps français… En avant toute ! »

(2) Selon un sondage IFOP/La Croix du 27 mai 2017, 43 % des pratiquants réguliers disent avoir voté LREM, et 20 % pour LR.

Crédit photo : Olevy [CC BY-SA 3.0]

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