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La droite se meurt, vive les droites !

La droite se meurt, vive les droites !
La droite se meurt, vive les droites !

Par Didier Beauregard ♦ On savait depuis longtemps la droite soluble dans la Macronie, en dépit d’un bref moment d’espoir, très mesuré, de positionnement offensif lors des primaires de la dernière présidentielle, où Éric Ciotti, le temps d’une campagne, a revêtu la panoplie de l’homme de droite pour les besoins de sa cause. Une posture qui lui a permis de prendre la tête de LR sur une ligne droitière. Son espace politique, particulièrement étroit, supposait une grande rigueur doctrinale pour permettre aux Républicains de tirer leur épingle du jeu en vue d’une candidature LR en 2027, après le désastre de Pécresse de 2022. Une rigueur de droite pour pouvoir exister face à un RN qui se veut au-delà du clivage gauche/droite et contrer les tentatives d’incursion de Reconquête sur l’électorat LR. L’espace du centre n’existe plus vraiment pour les Républicains, tant une part importante de son électorat, bourgeois et âgé, lorgne vers Macron, par-delà une frontière particulièrement poreuse. Tout rapprochement vers le centre condamne l’ancien parti gaulliste à se diluer dans le pouvoir actuel.

Un choix suicidaire

Dans cette configuration, le ralliement de la ligne Ciotti au projet de réforme des retraites du gouvernement représente un vrai suicide politique. Il scelle une alliance de fait avec un pouvoir en grande difficulté tout en ruinant l’image recherchée d’une opposition résolue. C’est du perdant-perdant garanti. L’argument selon lequel la droite avait proposé une retraite à 65 ans dans son programme présidentiel de 2017, en dépit de sa logique formelle, ne tient pas la route. La politique est une affaire de circonstances et d’opportunités, et les conditions de 2023 ne sont plus celles de 2017. La grande fragilisation du tissu social après deux ans de crise de Covid et de déstabilisation générale sur fond de guerre, d’inflation et de hausse des taux ne faisait pas de la retraite le sujet prioritaire de l’agenda politico-économique, d’autant que la crise des Gilets jaunes était passée par là pour témoigner de la détresse des classes populaires et du désarroi grandissant des classes moyennes. La question de l’emploi et du pouvoir d’achat s’est imposée comme l’élément déterminant du débat public. Ignorer cette réalité est une faute politique lourde. Par ailleurs faut-il rappeler que, dans le contexte de 2017, la proposition de repousser l’âge de départ à la retraite s’inscrivait dans une approche plus large de réduction de la dépense publique qui formait une cohérence d’ensemble, radicalement divergente de la politique menée par le gouvernement Macron en matière de déficits qui fait de la France le champion européen de la dépense publique, effet Covid y compris.

La droite avait, en la circonstance, une ardente obligation de manifester sa différence et sa détermination pour ne surtout pas apparaître comme une simple force supplétive d’une Macronie déstabilisée.

L’union des droites, entre illusion et réalité

Acter le dépôt de bilan

L’autre argument mis en avant par les dirigeants LR, selon lequel les Républicains ne pouvaient mêler leurs voix avec celles des « extrêmes », est encore plus pitoyable. Les partis de la droite de gouvernement ne doivent leur survie depuis des années qu’à la mise en place d’un front dit « républicain », qui permet au système politique actuel, droite et gauche confondues, de se perpétuer par l’amalgame des voix de la droite bourgeoise avec celles de toutes les gauches. Cette alliance contre nature est une réalité vieille de plus de trois décennies ! Quant à la rengaine usée sur l’impossibilité d’un quelconque rapprochement avec le RN en raison de « valeurs » radicalement inconciliables, elle est encore plus misérable que l’argument anti-Nupes. Elle n’apparaît plus que comme le cache-misère de politiciens insignifiants qui défendent aveuglément leur petit pré carré, tant ils sont incapables d’expliquer, en dehors des figures imposées qui n’ont plus aucune substance, quelles sont précisément ces « valeurs » non négociables. Avec le temps et la dramatisation des enjeux qui l’accompagne, les choix se font plus binaires : être ou ne pas être avec le système qui a conduit notre pays au désastre pour défendre une certaine idée de la France et de sa civilisation dans l’ensemble européen.

La droite divisée contre elle-même n’a pas d’avenir

La séquence politique que nous venons de vivre a, en définitive, fini de mettre à nu l’état de déliquescence de la droite qui feignait de croire que l’effondrement de la candidature Pécresse n’était qu’un accident de parcours dû à un mauvais casting. Personne au sein du parti n’ose encore acter le dépôt de bilan. Mais l’affaire est entendue, il ne sert plus à rien de parler aux dirigeants de LR, il faut juste s’adresser à leur électorat qui se revendique encore de droite pour les confronter à leur incohérence. Les électeurs n’appartiennent pas aux appareils des partis, et c’est à eux de sanctionner ceux qui prétendent parler en leur nom. Quant aux élus, face à la fuite déjà bien engagée de leurs électeurs, ils devront, une bonne fois pour toutes, loin des postures démonétisées, choisir leur camp. Bonne nouvelle du jour, un nombre non négligeable de jeunes LR ont manifesté leur colère après le ralliement de Ciotti et ont fait savoir qu’ils quittaient le parti !

L’union des droites, si l’on parle en matière d’appareils politiques, est effectivement une illusion, mais, si l’on raisonne en matière de masses d’électeurs, elle est une potentialité qui existe déjà. Il n’y a, en tout état de cause, pas d’autre voie possible pour accéder au pouvoir dans un système électoral qui exige l’existence d’une majorité pour vaincre. La liquidation de l’appareil LR est une condition nécessaire et indispensable pour une victoire des droites.

Didier Beauregard
03/04/2023

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