Le 12 octobre dernier, dans l’article « Brésil : la bataille pour tourner la page de la gauche », j’annonçais que je traiterais prochainement d’un plan pour rendre Flávio Bolsonaro inéligible. Ces derniers jours, quelques événements qui changent radicalement la situation sont survenus.
Charles Granfeu
Le premier tour de l’élection présidentielle
Outre les deux candidats principaux, Flávio Bolsonaro (47,07 %) et Lula da Silva (43,19 %), il y avait quatre candidats du centre-centre droit : Augusto Cury du parti Avante (2,89 %), Ronaldo Caiado du PSD (2,19 %), Renan Santos du MBL (2,25 %) et Romeu Zema du parti Novo (0,27 %).
Lors de l’élection présidentielle de 2022, le centre droit avait trahi Jair Bolsonaro (le père de Flávio), dans un contexte où sa réélection remettait en question la survie de l’État profond en place, mais ces derniers jours, ces candidats ont décidé de soutenir officiellement Flávio Bolsonaro.
Plusieurs facteurs expliquent ce revirement, notamment l’alliance inique de la plus haute instance judiciaire, le Supremo Tribunal Federal (STF), et du Parti des Travailleurs (PT) de Lula qui menace la démocratie, la dictature de ce même STF et les énormes scandales de corruption dans lesquels ladite instance est impliquée avec le cercle luliste (l’INSS et la banque Master, cf. « Élections brésiliennes : au royaume pourri de Lula », 02/10/2026).
Le constat qu’une dictature du judiciaire alliée au règne de la corruption menace toute la société, et pas seulement les bolsonaristes, semble enfin avoir réveillé les consciences.
D’autres partis (Podemos, MDB, PP) se sont officiellement déclarés en faveur de Bolsonaro. Si nous pouvions craindre que le scénario de 2022 se reproduise, nous voilà passablement rassurés.
Bolsonaro favori dans les sondages
Ces ralliements constituent un avantage indéniable pour Bolsonaro et certains sondages le placent même à 52 % contre Lula à 48 %.
Mais l’optimisme qui découle de ces chiffres, envisagés dans les réalités de la situation au Brésil, ne constitue en rien une garantie de victoire, car des événements imprévus peuvent encore survenir. On se souvient, en 2018, de la tentative d’assassinat de Jair Bolsonaro, puis des divers coups de force du STF et du régime d’exception qui a suivi.
Par ailleurs, un chiffre renforce les suspicions de fraude que j’évoquais dans mon précédent article : les sénateurs de la droite bolsonariste ont obtenu 58 307 861 votes, quand les voix totalisées par Bolsonaro atteignaient 56 104 503. Y aurait-il deux millions de schizophrènes chez les bolsonaristes ?
De ce point de vue, il ne faut pas penser que l’élection sera jouée à la clôture du second tour, le 25 octobre 2026. Jusqu’au 5 janvier 2027, jour de l’intronisation du nouveau Président, tout peut arriver.
En effet, avec les nouvelles compositions du Sénat et du Parlement issues du premier tour (et même sans l’élection de Bolsonaro), la droite bolsonariste est en mesure d’envoyer en prison les caciques de la dictature du judiciaire et de couper la tête de l’hydre PT-STF.
Or, c’est quand la survie de vos ennemis est en jeu que ceux-ci sont les plus dangereux…
Je démontrerai donc qu’il y a bien une raison d’espérer une victoire de Bolsonaro, non pas en se basant sur les chiffres, mais en s’appuyant sur l’analyse politique des derniers jours.
Un plan pour disqualifier Bolsonaro
Revenons d’abord sur ce plan : le 23 septembre 2026, le parti de Lula, le PT, a déposé une requête auprès du juge du STF (dont les membres portent le titre de ministres au Brésil), Flávio Dino, ex-ministre de la Justice de Lula et communiste enragé, concernant l’ouverture d’une enquête sur de supposées ingérences américaines dans les élections brésiliennes qu’auraient articulées le clan Bolsonaro.
Cette enquête a été ouverte et supervisée par Andrei Rodrigues, commissaire général de la Police fédérale, celui-là même qui est l’objet d’une enquête pour avoir, sur ordre du juge Alexandre de Moraes, produit de faux rapports de police et espionné un autre juge du STF, André Mendonça, qui dirige les investigations concernant le scandale de la banque Master. On craignait donc le pire…
Mais comme rien ne se passe jamais comme on l’imagine au Brésil, le 7 octobre 2026, le Procureur général de la République, Paulo Gonet, et l’actuel président du Tribunal Superior Eleitoral (TSE), Kassio Nunes, déclaraient la requête irrecevable en raison d’une absence de preuves. Mieux, ce dernier annonçait que, conformément à une requête du PL, il réexaminerait la condamnation de Jair Bolsonaro à 27 ans de prison, ainsi que la demande d’amnistie des condamnés du 8 janvier 2023.
Des négociations dans la perspective de la victoire de Bolsonaro
Nous avons également appris que des contacts discrets entre le STF et la droite bolsonariste avaient eu lieu, ce qui aurait paru inimaginable une semaine auparavant.
Rappelons qu’au moins quatre juges du STF (et possiblement cinq), notamment Moraes, sont impliqués directement dans le scandale de la banque Master concernant une somme totale de 181 millions de reais (30 millions d’euros).
Ces révélations ont violemment divisé le STF, surtout après qu’André Mendonça, un des rares juges intègres de cette instance, a osé réunir le collège des juges pour que soit décidée une enquête sur Moraes, assortie de sa suspension pendant les investigations.
Dans le même temps, la preuve que Moraes avait créé une police fédérale parallèle a fait l’effet d’une bombe. On apprenait également qu’il faisait espionner Mendonça pour recueillir des informations compromettantes à son encontre, tout en ayant donné l’ordre à cette police de produire de faux rapports contre lui.
Enfin, si Flávio Dino persiste dans son absurde projet de destitution contre Flávio Bolsonaro, les sénateurs bolsonaristes le menacent d’un procès en destitution pour abus de pouvoir. La guerre est ouverte !
Les premières négociations porteront donc sur la possibilité d’éviter à ces juges corrompus la destitution et la condamnation devant les tribunaux, en échange d’une annulation des condamnations de Jair Bolsonaro et d’une amnistie des condamnés du 8 janvier 2023. Or Flávio Bolsonaro a déjà fait savoir qu’il en était hors de question et que rien n’était négociable concernant Moraes.
Un autre point crucial concernera le projet de réforme du STF porté par Flávio Bolsonaro, en réaction au régime d’exception institué par le STF depuis huit ans. Tout l’enjeu est de réussir une transition sans provoquer de chaos institutionnel et sans déclencher une stratégie suicidaire du STF qui consisterait à ouvrir une multitude de dossiers de corruption, jusqu’ici soigneusement gardés, contre des hauts personnages des institutions brésiliennes.
Ce projet de réforme prévoit notamment de ne laisser au STF que son rôle de gardien de la constitution et de lui retirer tous ses autres pouvoirs. Les juges ne seraient plus nommés à vie (jusqu’à l’âge de 75 ans), mais élus pour un mandat de dix ans. Il s’agit d’une véritable révolution quand on sait que le STF regroupe les pouvoirs d’une Haute cour de Justice, d’un Conseil constitutionnel et d’un Conseil d’État !
Un autre sujet incontournable est la réforme du processus électoral, qui pourrit dans les tiroirs du STF depuis quinze ans alors qu’elle avait été votée. Aux urnes électroniques serait associée une technologie d’impression des votes, qui permettrait d’associer un comptage manuel public au comptage électronique.
Si on ajoute à ces trois négociations la promesse d’instituer un mandat unique pour le Président de la République, nous avons ici les enjeux d’une véritable révolution institutionnelle. L’ironie du sort serait qu’elle soit l’œuvre d’un Bolsonaro, copieusement accusé de fascisme. Une victoire historique !
Les signes favorables et annonciateurs d’un renversement de situation
Il faut également mentionner une série de faits d’actualité aux impacts « telluriques » :
1/ Dans le scandale de la banque Master, la revue Veja vient de publier un audio impliquant directement Lula, dans lequel Daniel Vorcaro, le patron inculpé de cette banque, avoue que, dans le cadre d’un contrat officieux avec le gouvernement Lula, il lui serait permis de capter 10 milliards de reais en fonds de pension d’entreprises nationales. En échange, il devrait verser 10 % de cette somme en pot-de-vin au conglomérat politique luliste. Vorcaro assure que 30 millions ont déjà été versés en liquide à l’institut Lula sous prétexte de couvrir les frais d’un film d’Oliver Stone sur Lula. Cette affirmation est démentie par le réalisateur américain et par une note officielle du PT.
Plusieurs éléments attirent l’attention :
A/ Ce témoignage provient du principal protagoniste du scandale de cette banque.
B/ Veja est considérée comme une revue sérieuse.
C/ La méthodologie décrite est semblable à tous les scandales dans lesquels les gouvernements du PT sont impliqués depuis vingt-cinq ans.
D/ Au moins deux réunions ont eu lieu au Palais présidentiel, auxquelles participaient Lula, Vorcaro et deux autres individus. Le premier, Alexandre Padilha, appartient au vieux cercle de confiance de Lula (il a été son ministre à plusieurs reprises) et leurs noms respectifs ont toujours hanté le scandale de la Lava Jato. Le second, Julio Cesar, est le principal articulateur des transferts de pots-de-vin cité lors des aveux de Vorcaro… Cela fait tout de même beaucoup… À suivre, donc.
2/ Parallèlement, nous venons d’apprendre qu’un juge du STF, Luis Fux, demande officiellement que le rapport d’investigation de l’enquête des « fake news », ouverte depuis huit ans par Moraes, soit entièrement digitalisée et lui soit remis. Ces investigations illégales, qui ont permis de condamner des milliers de Brésiliens dont une bonne partie du personnel politique bolsonariste, sont restées jusqu’à ce jour confidentielles, à la seule disposition du tyran Moraes !
3/ Un site Internet, spécialement conçu pour soutenir la campagne de Lula et qui ne divulguait que des mensonges grossiers et éhontés pour saboter la campagne de Bolsonaro, vient d’être fermé par le TSE.
4/ Il en est de même pour Ana Eliza, une jeune influenceuse afrodescendante que Janja, l’épouse de Lula, a choisie pour mener la campagne numérique de son mari. Eliza est donc compromise pour des propos racistes et antireligieux demandant que l’on brûle les évangélistes et affirmant qu’elle déteste les Blancs.
5/ Bolsonaro et son parti viennent de déposer une plainte contre Lula au TSE pour avoir, durant sa campagne, utilisé la technique de collaboration numérique comme « un multiplicateur industriel de diffusion de contenus mensongers ou gravement décontextualisés ».
6/ Enfin, une dernière « bombe » vient d’éclater le 10 octobre dernier : Moraes a participé à une réunion confidentielle avec les directeurs de la Police fédérale et du renseignement brésiliens, ce qui n’est pas dans ses attributions. Le juge prépare manifestement un nouveau et spectaculaire « coup tordu », mais la bonne nouvelle est qu’une semaine plus tôt, cette information n’aurait jamais été divulguée. Cela est donc un autre signe positif.
L’alignement des planètes en faveur de Bolsonaro
Cette série de faits inhabituels, dans un pays qui vit dans un régime d’exception depuis huit ans, est révélatrice d’un ralliement d’une partie de l’État profond à Bolsonaro.
Plus celui-ci se consolidera, plus sera réduite la possibilité d’une fraude ou d’un « coup tordu » susceptible de renverser le résultat des élections.
Une dernière option doit être envisagée : l’assassinat politique de Bolsonaro. Cette hypothèse n’est pas incongrue au Brésil, quand les personnages les plus puissants de l’État risquent la prison. En 2024, 525 cas de violences politiques contre des candidats ont été recensés, tandis que 76 candidats aux élections municipales ont été assassinés.
Équipé d’un gilet pare-balles durant sa campagne, Bolsonaro a déjà reçu près de 2 000 menaces de mort. Sa vie est certainement en danger dans un pays où 52 millions d’individus vivent sous le régime du narcotrafic. En effet, il est porteur d’un projet radical contre les cartels car il a promis de signer les accords du « Bouclier des Amériques » (cf. « Les États-Unis prennent la tête d’un front contre le terrorisme gauchiste », 18/08/2026). Sur les réseaux sociaux, un gros trafiquant de Rio de Janeiro a menacé les habitants des favelas qui voteraient pour lui.
Pour ceux qui rêvent de le voir disparaître de l’élection présidentielle, un attentat commis par le crime organisé constituerait un scénario idéal, avec un coupable quasi-anonyme qui n’impliquerait pas la sphère politique. Ce pari dangereux pourrait cependant donner lieu, pour ses commanditaires, à des conséquences plus graves que l’élection de Bolsonaro.
Gageons que le Brésil poursuivra son chemin sous de meilleurs auspices, retrouvera, pour la première fois depuis huit ans, la démocratie dans un climat plus apaisé et se dirigera à nouveau vers la prospérité économique. La victoire de Bolsonaro en est une condition indispensable.
Charles Granfeu
20/10/2026










