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Élections brésiliennes : au royaume pourri de Lula

Élections brésiliennes : au royaume pourri de Lula

par | 2 octobre 2026 | Société

Élections brésiliennes : au royaume pourri de Lula

Les élections brésiliennes, qui commenceront le 4 octobre 2026, se dérouleront dans un climat nauséabond, marqué par de nouveaux scandales de corruption dont l’ampleur se monte à des dizaines de milliards d’euros, sur fond d’une véritable dictature judiciaire, travestie en démocratie d’État de droit, qui légifère en faveur de l’actuel président Lula. Les élections qui viennent sont, pour la majorité des Brésiliens, celles de la dernière chance. Si l’alternance n’a pas lieu, il est fort probable que le Brésil s’enfoncera définitivement dans ce nouveau genre de dictature postmoderne, qui se pare des atours de la démocratie et utilise la lutte contre l’extrême droite fantasmée pour en finir avec l’opposition.
Charles Granfeu

 

L’encerclement juridique de Bolsonaro

Pour comprendre la situation brésilienne, un bref retour en arrière est nécessaire.

Lorsqu’en 2018 Bolsonaro est élu (juste après avoir été poignardé à l’abdomen par un couteau doté d’une lame de 40 cm), le Brésil sort d’une longue période de gestion du Parti des Travailleurs (PT) de Lula, une gestion catastrophique en tous points mais surtout émaillée d’énormes scandales de corruption.

Le dernier et plus gros, le scandale de la Lava Jato en 2014, est estimé à un montant total de fonds détournés et de pots-de-vin de près de 43 milliards de reais (soit 13 milliards de dollars). Pour la première fois au Brésil, la justice enquête sérieusement et punit les coupables, Lula est condamné à 9 ans et 6 mois de prison pour corruption active et blanchiment d’argent (16 autres procès, en principe, l’attendaient).

Le combat contre la corruption étant une promesse de campagne de Bolsonaro, les investigations continuent et se rapprochent du Supremo Tribunal Federal (STF), la plus haute cour de Justice de l’État, et commencent à mettre en cause au moins un ministre, Dias Toffoli. Immédiatement, le STF réagit en mettant en place les outils d’une véritable dictature judiciaire visant, d’une part, à se protéger contre toute mise en cause d’un de ses membres et, d’autre part, à saboter et criminaliser le gouvernement Bolsonaro.

Les principaux outils de cette dictature sont constitués par l’ouverture d’enquêtes judiciaires d’office, ce qui est normalement illégal et inconstitutionnel. La première d’entre elles, dite des « fake news », va servir à contrôler la liberté d’expression. Par la suite, celle des « milices numériques » vise à criminaliser l’activité politique, celle des « actes antidémocratiques » à encadrer le droit de manifester et celle de la « Covid » à criminaliser la politique du gouvernement Bolsonaro (bien que rejetant le politiquement correct du moment, celui-ci a pourtant été en tous points exemplaire).

Durant les quatre ans de cet encerclement politico-juridique, les deux tiers des députés bolsonaristes et la presque totalité du gouvernement Bolsonaro sont inculpés dans au moins une de ces quatre enquêtes, dont l’ensemble vise à accuser la droite bolsonariste de préparer un coup d’État.

La libération de Lula en vue de l’élection présidentielle

Parallèlement à ce siège judiciaire, Lula est libéré dans la perspective de l’élection de 2022. En 2019, toutes ses condamnations sont annulées et ses droits civiques restitués. Un an plus tôt, le STF avait pourtant confirmé sa culpabilité et ses condamnations, mais au diable ! On défait tout, et l’opération Lava Jato avec, et des centaines de condamnés sont libérés. La remise en selle de Lula représente la fin des espoirs d’une république propre et du long travail d’assainissement entrepris.

Cette élection présidentielle est un scandale absolu. Une persécution féroce vise la campagne de Bolsonaro, tandis que celle de Lula bénéficie d’un favoritisme décomplexé. Bolsonaro, qui a très peur de la fraude, réussit à passer un accord avec le STF, qui accepte que les ingénieurs informatiques des forces armées participent à la vérification des urnes électroniques et du décompte public des votes. Lorsque la fin du second tour arrive, l’accord est purement et simplement renié. Quand Bolsonaro proteste, son parti est mis à l’amende pour la somme de 22 millions.

La révolte

Le traitement juridique des élections par le STF, et surtout par le ministre (juge) Alexandre de Moraes, écœure toute la droite. Dans tout le pays, des manifestations sont organisées et des villages de tentes sont montés devant les casernes pour demander aux militaires de faire respecter l’accord passé entre le STF et Bolsonaro, mais rien n’y fait.

Deux mois plus tard, Lula est intronisé. Le 30 décembre 2022, Bolsonaro part en vacances en Floride avant même de céder l’écharpe présidentielle, non sans avoir nommé le nouveau chef des armées choisi par Lula.

Le 8 janvier 2023, une manifestation est organisée à Brasilia contre ce vol électoral. 5 000 personnes se réunissent sur la place des Trois Pouvoirs, où sont situés les bâtiments du STF, du Congrès et du Palais présidentiel. Contre toute attente, à l’arrivée du cortège, la police ouvre le périmètre de sécurité, comme le montrent de multiples vidéos montrant le retrait des effectifs de police. La majorité des manifestants, d’une moyenne d’âge de 50 ans, est pacifique. Ils sont venus en famille et, évidemment, sans armes. Mais la situation dégénère, les bâtiments sont envahis et, si on assiste à de nombreuses scènes de vandalisme, de nombreux participants s’y opposent en formant des cordons humains pour empêcher les dégradations. Cependant, le mal est fait, car la manifestation a viré à la catastrophe. Soudain, la police surgit de nulle part et, en 20 minutes, 450 personnes sont arrêtées.

Cet épisode devient l’argument incontournable du STF d’Alexandre de Moraes pour accuser Jair Bolsonaro d’une tentative de coup d’État, alors que celui-ci était en vacances en Floride. Peu importe, une mascarade de procès bâclé l’a condamné, en septembre 2025, à 27 ans et 3 mois de prison (il est actuellement en détention domiciliaire pour raisons humanitaires à Brasilia).

Dès lors, ce sont des milliers de personnes qui sont persécutées et très lourdement condamnées (entre 14 et 17 ans de prison). De nombreux députés et membres du gouvernement sont également condamnés. Les droits de la défense sont systématiquement bafoués car la plupart des inculpés n’ont pas accès à leur dossier et sont jugés collectivement pour accélérer la procédure, de nombreux dossiers sont basés sur des rapports de police falsifiés, j’en passe et des meilleurs.

Cette persécution politique continue jusqu’à ce jour, et les quatre premières enquêtes ouvertes par Alexandre de Moraes servent d’outils juridiques pour la mener à bien. Il s’agit d’épurer la République brésilienne de « l’extrême droite ».

Les élections de 2026

Nous sommes donc aujourd’hui à la fin du mandat de Lula. Malgré les grossières falsifications de l’IBGE (équivalent de l’Insee), l’inflation réelle sur les produits alimentaires est bien supérieure aux 4,5 % officiellement avancés, 82 % des familles sont endettées, 9 millions d’entreprises sont en redressement judiciaire (un record historique), toutes les entreprises nationales sont en déficit (elles étaient toutes bénéficiaires sous Bolsonaro), les taux d’intérêt sont désormais à 14 %. La dette, qui s’élève à 83 % du PIB, est la pire des pays émergents et comparable à la période de la Covid. De même concernant la croissance 2025 à 2,3 %, tandis que l’on compte 36 mesures d’augmentation des impôts. Comme si ce désastre économique et la recrudescence de la violence ne suffisaient pas, des scandales de corruption d’une ampleur jamais vue explosent. Leur influence sur les élections à venir sera énorme.

Je ne parlerai que des deux scandales les plus spectaculaires. Le premier concerne le régime de retraite brésilien (INSS), le second, la banque Master.

Le scandale de l’INSS

Il s’agit d’un détournement de fonds de 6,1 milliards qui s’opérait par la falsification des feuilles de paie des retraités, en y inscrivant des lignes de décomptes frauduleuses. Le détournement a commencé en 1991 par une loi autorisant les syndicats et associations de retraités à effectuer des décomptes. Bien que ces fraudes aient perduré sous tous les gouvernements, elles s’accélèrent entre 2023 et 2025. En 2023, elles se montent à 1,3 milliard, en augmentation de 84 % par rapport aux années précédentes, et, en 2024, à 2,6 milliards.

Presque 4 milliards sur 6, en à peine deux ans, sont détournés sous la présidence Lula. Des indices flagrants imposent cette mise en relation. Le président de l’un des plus gros syndicats, « Frei Chico », est le frère de Lula. En outre, le fils de Lula, « Lulinha » a été pris la main dans le sac en train de recevoir des sommes mirobolantes liées à ces détournements de fonds, et à pratiquer un très juteux trafic d’influence via sa « meilleure amie », la sinistre Roberta Luchsinger, qui a ses entrées dans plusieurs ministères, dont celui de la Santé et jusqu’auprès de « Marcola », le chef de cabinet de Lula.

Les tentatives de l’opposition visant à organiser une commission parlementaire pour enquêter sur ce cas échouent car le gouvernement, soutenu par le STF, refuse l’ouverture d’une enquête parlementaire. Il est impossible de penser que Lula ne soit pas informé de ces malversations. Il avait assuré ainsi ne pas connaître Roberta Luchsinger, mais des dizaines de photographies les montrent ensemble lors de réunions familiales. À ce jour, trois enquêtes judiciaires sont en cours à l’encontre de « Lulinha ».

Le scandale de la banque Master

Il s’agit d’une banque rachetée en 2019 par deux associés, Daniel Vorcaro et Augusto Ferreira Lima, dont le capital est constitué fictivement à partir de manœuvres douteuses, en complicité avec un ancien gouverneur du PT de l’État de Bahia, Rui Costa. Cette banque émet des titres obligataires adossés à des prêts accordés à des entreprises fantômes qu’elle a elle-même créées. L’escroquerie s’étend ensuite par la constitution de fonds d’investissement, également frauduleux, qui promettent des rendements exorbitants. Tous ces produits sont mis sur le marché et vendus à des institutions comme la Banque publique de Brasilia (BRB), tout en profitant de la garantie du secteur bancaire jusqu’à concurrence de 250 000 réaux.

En 2020, Vorcaro, qui devient l’unique patron, entretient un vaste réseau d’influence auprès des élites politiques et des hauts fonctionnaires de la République, à qui il permet de s’enrichir en investissant puis en revendant ces titres pourris. Il leur offre des contrats « paravents » d’une valeur de plusieurs millions de réaux, des cadeaux luxueux, des pots-de-vin, et organise des voyages luxueux, des fêtes et des orgies fastueuses pour s’assurer, par la compromission, de protections au plus haut sommet de l’État.

Face à l’imminence de la faillite, une tentative de rachat de la banque Master par la BRB est initiée afin de faire supporter les pertes par les finances publiques, mais la Banque Centrale refuse de valider l’opération. En novembre 2025, la révélation de ce scandale met au grand jour un système de corruption qui touche l’ensemble de la classe politique, de la droite bolsonariste (6 personnes) à la gauche luliste et ses alliés du centre (environ 24 personnes).

La compromission d’au moins quatre juges du STF, et particulièrement celle d’Alexandre de Moraes (le principal instigateur de la dictature judiciaire au Brésil et ennemi juré de la droite), amène cependant le total dévoiement de la gestion juridique de cette affaire. On tente ainsi de sauver les pourris de l’alliance gauche-centre, quand ceux de droite sont enfoncés à grand renfort médiatique. Une lutte féroce vise à instrumentaliser ce scandale, à entraver les enquêtes et à protéger le pouvoir en place. L’exploitation des neuf téléphones portables saisis chez Vorcaro constitue la principale source des preuves de ces collusions.

Après un tirage au sort, c’est au juge du STF André Mendonça, l’un des deux qui ont été nommés par Bolsonaro, qu’a été attribué ce dossier. Parmi les juges du STF, celui-ci est sans doute l’un des rares d’une probité irréprochable, ce qui entraîne évidemment des tensions politiques extraordinaires.

Suivent ici les principaux noms dont on est sûr qu’ils sont mis en cause dans ce scandale :

Alexandre de Moraes (STF) : accusé d’avoir perçu 131 millions de reais, sous couvert d’un contrat pour la rédaction d’une charte d’éthique de la banque, ainsi qu’une quote-part de 50 millions sur des appareils aériens privés. Il a informé Vorcaro de l’avancée des enquêtes et ordonné au chef de la Police Fédérale, Andrei Rodrigues, de manipuler des rapports de police et d’espionner le juge André Mendonça chargé de l’instruction.

André Rodrigues : commissaire général de la police fédérale, principalement accusé d’avoir créé une police parallèle aux ordres de Moraes, de falsifier les rapports de police, d’entraver les enquêtes, de faire du chantage à ses collègues, d’espionner et de commettre un faux rapport de police sur André Mendonça.

Dias Toffoli (STF) : grâce aux fonds d’investissement frauduleux de la banque Master qu’il possédait via une société familiale, il a acquis un complexe hôtelier et son casino dont il a revendu des parts, pour un montant de 35 millions, à un fonds qu’il contrôlait officieusement (l’argent lui a été directement versé par Vorcaro). Dès la révélation du scandale, il s’est accaparé unilatéralement la direction de l’enquête et a fait placer sous scellés les pièces à conviction afin que lui seul puisse y accéder. Le dossier lui a finalement été retiré.

Paulo Gonet (Procureur Général de la République) : surpris à des réceptions privées financées par Vorcaro et dans des échanges très compromettants avec l’avocat de ce dernier, Ciro Soares. Un collège de procureurs, qui devra statuer sur son impartialité, sera présidé par le frère du juge du STF, Flávio Dino, nommé par Lula et ennemi juré de la droite. Le résultat est couru d’avance.

Les ramifications au Congrès : les présidents des deux chambres parlementaires, Davi Alcolumbre (Congrès) et Hugo Motta (Chambre des députés), sont également mis en cause pour trafic d’influence et réception de fonds illicites (35 millions pour le premier, 22 millions sous forme de prêt pour le second). Par ailleurs, ces derniers, aux ordres de Moraes, bloquent depuis huit ans toutes les procédures de destitution visant les juges du STF.

Enfin, le président Lula a reçu Vorcaro, lors d’un rendez-vous confidentiel, le 4 décembre 2024. Lors de cet entretien, alors que le banquier se plaignait des « persécutions » du directeur de la Banque Centrale nommé sous la présidence précédente, Lula lui aurait conseillé d’attendre la prise de fonction de son successeur qu’il désignerait bientôt, Gabriel Galípolo. Heureusement, la Banque centrale a devancé ce calendrier en bloquant la transaction et en mettant la banque en liquidation en novembre 2025.

Les autres personnes impliquées avec certitude sont des ministres, des gouverneurs, des sénateurs, des députés, des chefs de cabinet en activité ou non, ainsi que des juges du STF, soit pour l’instant une trentaine de personnes. La liste des mis en cause potentiels est sans fin…

L’affaire de la banque Master a coûté au FGC (fonds de garantie de crédit) la modique somme de 52 milliards de reais (soit 8,8 milliards d’euros !). Le préjudice pour la BRB est de 25 milliards. Les biens saisis, acquis illicitement par le personnel politique, s’élèvent à 22 milliards, les transferts à des entreprises fictives à 870 millions. Les fonds de pension des fonctionnaires publics fédéraux et municipaux détournés sont estimés à 4,4 milliards. La police fédérale estime que la totalité du scandale avoisine les 500 milliards de reais, soit 83 milliards d’euros.

Au royaume de la corruption

Ce scandale est la terrible démonstration que le Brésil est l’otage d’une caste politique qui se gave à en vomir et ruine le pays matériellement, moralement et spirituellement. Si la corruption a toujours existé au Brésil, elle est devenue endémique et systémique depuis l’accession au pouvoir de Lula en 2002. Plus que tout, c’est la dimension des scandales qui est choquante.

Nous nous retrouvons donc, à la veille de ces élections, dans une configuration où un président qui n’aurait jamais dû être au pouvoir, puisqu’il a été condamné pour corruption passive et active, possède au STF un bloc allié de 8 juges sur les 10 actuellement en exercice (les 6 nommés sous les mandats du PT rejoints par le doyen Mendes et le juge Moraes, la 11e chaise restant vacante). Cette instance est ainsi devenue le centre du pouvoir réel, en faisant régner une véritable dictature judiciaire travestie en démocratie.

Le STF tient non seulement le système judiciaire, mais aussi le Sénat, la Chambre des députés. Il valide ainsi des projets de loi illégaux et en annule d’autres parfaitement légitimes. Censures, mensonges d’État, trafics d’influence, persécution systémique des membres de la droite et harcèlement juridique de ceux qui osent s’opposer à leur autoritarisme, y compris leurs propres collègues du STF, sont le quotidien des Brésiliens.

Ce même STF refuse toujours d’accepter un projet de loi prévoyant d’associer aux urnes électroniques un procédé technique afin de permettre un réel décompte des votes, ce qui est aujourd’hui tout simplement impossible.

On pourrait croire que ces scandales favoriseront une alternance, mais rien n’est moins sûr. L’écœurement général que produisent ces scandales permanents favorise l’incrédulité, le découragement et la dépolitisation du peuple. Ceux-ci décuplent également l’agressivité du pouvoir corrompu et le désinhibent dans ses recours sans vergogne et toujours plus radicaux. D’autant que, si la droite passe, ils savent que beaucoup d’entre eux ne pourront pas éviter les tribunaux…

Et encore n’ai-je pas parlé de la stratégie de Lula et de ses amis du STF pour annuler les élections et emprisonner Flávio Bolsonaro. Ce sera le thème de mon prochain article.

 

Charles GranfeuCharles Granfeu
02/10/2026

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