Au lendemain de l’élection présidentielle brésilienne, Charles Granfeu, fin connaisseur de l’Amérique latine livre une analyse particulièrement sévère du scrutin qui a vu la réélection de Lula. Dénonçant ce qu’il considère comme des fraudes électorales massives et le rôle déterminant de la justice brésilienne, il décrit un pays au bord de la rupture. Si les accusations avancées dans ce texte méritent d’être examinées avec toute la prudence nécessaire, elles témoignent de la profonde crise de confiance qui traverse la vie politique brésilienne. Un éclairage engagé sur une situation explosive.
Polémia
Un vote électronique sans recours possible
Contre toutes les prévisions rationnelles et documentées, contre tous les signes que la société politique et les manifestations populaires renvoyaient, contre les alliances et la logique des chiffres, Luiz Inácio Lula da Silva a été réélu ce dimanche 25 octobre. Ce résultat est la suite logique d’une dictature judiciaire implantée au Brésil, depuis mars 2019, par le Supremo Tribunal Federal (STF), dont la quasi-totalité des onze juges (qui ont rang de ministres) a été nommée par Lula et Dilma Rousseff. En effet, cette élection présidentielle a fait l’objet de fraudes grossières, ce qui peut être démontré par trois types d’arguments relatifs à des résultats tout simplement impossibles, au comportement atypique des urnes électroniques et à l’interférence du STF dans ce scrutin.
Depuis 2000, les élections brésiliennes se font via un système d’urnes électroniques, ce qui ne permet pas un recomptage public. Il est seulement possible d’éditer des reçus qui comptabilisent l’ensemble des votes. Le Brésil est l’un des seuls pays, avec le Bhoutan, Oman, la Namibie et les États-Unis, qui autorise ce type de vote.
Voilà plus de quinze ans qu’un projet de loi prévoit qu’aux urnes électroniques soit associée une technologie d’impression qui permettrait de recueillir un bulletin dans une urne scellée, après validation de l’électeur, afin qu’un comptage manuel soit possible en cas de contestation. Le STF a toujours refusé de valider ce projet, en arguant qu’il était inconstitutionnel alors que les deux chambres l’ont approuvé.
Des reports de voix improbables
Au premier tour, Flávio Bolsonaro a récolté 47,08 % des votes (56,1 millions de voix) et Lula 45,1 % (53,8 millions). Au second tour, Bolsonaro a obtenu 48,21 % (59,82 millions) et Lula 51,79 % (64,25 millions). Lula a donc progressé de 10,5 millions de voix et Bolsonaro de 3,7 millions.
Les quatre autres candidats du premier tour, tous de droite, ont récolté globalement 7,5 % des votes, soit 9,05 millions de voix. Trois d’entre eux ont officiellement soutenu Bolsonaro, de même que d’autres partis comme Podemos, União Brasil, MDB, PSD et PSDB. De son côté, Lula n’avait plus aucun réservoir de voix.
Concernant les votes nuls et blancs, au premier tour, leur total est de 5 975 047 et, au second tour, de 4 153 801, soit une différence de 1,8 million.
Par ailleurs, le taux d’abstention au premier tour était de 21,7 %, représentant 33,4 millions d’électeurs inscrits, et au second de 19,22 %, représentant 30,5 millions des inscrits, soit une différence de 2,9 millions.
Récapitulons : 9,05 millions + 1,8 million + 2,9 millions = 13,7 millions. Ce dernier chiffre correspond au nombre de votes sur lequel le second tour s’est joué.
Si l’on considère que Lula a récolté 10,5 millions supplémentaires de voix au second tour, il les a donc obtenues en grande majorité sur ces 13,7 millions, ce que le simple bon sens oblige à admettre comme impossible.
En imaginant l’improbable, à savoir qu’il aurait réussi à recueillir la totalité des votes blancs et nuls et les abstentions, soit 4,7 millions de votes, il lui aurait encore fallu obtenir 5,8 millions de voix qui s’étaient portées sur des candidats de droite qui avaient déclaré soutenir Bolsonaro, soit 61 % de ces 9,05 millions.
Les étranges résultats sortis des urnes
Les urnes, une fois encore et comme nous y sommes habitués, ont dessiné de belles courbes tout à fait régulières, sans aucune variation en dents de scie. Ce phénomène est statistiquement impossible car le dépouillement des votes sur plus de 400 000 urnes, toutes avec des résultats différents dans des circonscriptions aux profils d’une diversité quasi infinie, ne peut en aucun cas produire de telles régularités, mais seulement des dessins en dents de scie se succédant dans le temps (au moins 4 heures), avec des tendances ascendantes ou descendantes.
Pire, les courbes du vote Bolsonaro forment des dents de scie qui constituent des mini-sinusoïdes régulières avec le même dessin de l’une à l’autre. Selon des ingénieurs, ce dessin démontre qu’à chaque fois que le tracé monte jusqu’à un certain niveau (toujours le même), un algorithme le ramène à un plancher mathématiquement déterminé, ce qui est impossible à l’occasion d’un dépouillement réel, forcément aléatoire.
En outre, de nombreux internautes ont observé, après vérification des résultats bureau par bureau publiés sur le site du Tribunal Superior Eleitoral (TSE), que nombre d’entre eux annonçaient des chiffres strictement identiques, ce qui est également improbable statistiquement. Cette anomalie s’est reproduite des dizaines de fois à travers le pays.
L’intervention du STF lors du vote
Alors que les urnes ferment normalement à 17 h, le STF a annoncé 11 minutes plus tard que le vote était prolongé de deux heures. Cristiano Zanin, un ancien avocat de Lula que celui-ci a nommé au STF en 2023, en a décidé ainsi, à la suite d’une plainte du Parti des travailleurs de Lula qui protestait parce que, vers 13 h, les transports publics de Salvador de Bahia étaient bloqués et que les citoyens ne pouvaient accéder aux urnes.
Cette décision monocratique est exceptionnelle, mais aussi illégitime car elle empiète sur les compétences du TSE, seul habilité en l’espèce.
Après vérification, on a découvert qu’en violation flagrante de la législation électorale, des syndicats avaient collé des adhésifs de propagande sur les bus de Salvador de Bahia et que le blocage des transports était dû au fait qu’il avait fallu les retirer. À 10 h, la direction des transports a décidé de faire circuler les bus pour ne pas risquer de porter préjudice aux électeurs, tandis que la préfecture a mis en circulation des véhicules supplémentaires pour compenser le retard de deux heures et publié un décret accordant aux usagers la gratuité totale des transports publics durant ce jour d’élection. De fait, aucun témoignage d’électeur qui se serait plaint aux autorités de ne pas avoir pu voter n’a été enregistré. Vers 16 h 30, Lula a pourtant déclaré qu’on cherchait à empêcher ses électeurs de voter (comme si ceux de droite n’avaient pas été empêchés au même titre).
Cette décision de prolongation de l’ouverture des bureaux de vote, officiellement publiée à 17 h 11, n’a en pratique été connue que vers 17 h 20 et certains d’entre eux n’en ont pris connaissance que vers 18 h, alors que la plupart avaient fermé leurs portes comme prévu à 17 h. Une fois que l’urne électronique est éteinte, elle ne peut pas être rouverte. Par contre, les bureaux de vote restés ouverts après 17 h (ce qui est illégal) ont pu continuer d’accueillir des électeurs. Comme par hasard, ces bureaux sont, dans leur grande majorité, situés dans le Nordeste favorable à Lula.
L’égalité entre les électeurs est donc brisée. Pire, confronté à des plaintes d’électeurs, le juge Zanin, pris à son propre piège, a déclaré que si l’urne électronique était fermée, il restait possible de voter au moyen d’un bulletin. Outre le fait que les infrastructures pour cette modalité de vote n’avaient pas été préparées, rien ne pouvait garantir la probité de ce vote papier. Bref, un chaos total !
La pause habituelle dans les résultats
Pendant deux heures, jusqu’à 19 h, le dépouillement s’est encore arrêté sans que l’on sache ce qui s’est véritablement passé.
Mais on citera, entre autres, le célèbre « mesario pianista » (assesseur pianiste) qui, une fois le bureau fermé, pouvait regarder sur les registres ceux qui n’étaient pas venus voter afin de les enregistrer artificiellement et de voter à leur place.
Quand le dépouillement a repris, les jeux étaient faits et, inexplicablement, Lula l’a emporté.
Des anomalies extraordinaires apparaissent quand on consulte les documents de synthèse de l’élection publiés par les médias. Ainsi, dans 99 % des circonscriptions du pays (je dis bien 99 % !), Lula devance Bolsonaro. La carte électorale du pays est donc rouge, ce qui est là encore statistiquement impossible. De même, dans les villes où, au premier tour, Bolsonaro était largement majoritaire, parfois jusqu’à 80 % des votes, c’est Lula qui l’est devenu dans des proportions absurdes au second tour. Tout le Sud du Brésil, traditionnellement à droite, est révolté par ces résultats grotesques.
À chaque élection, c’est le même scénario : il y a toujours ce temps d’arrêt du dépouillement de 1 h 30 à 2 h. On devine que cela permet, en coulisse, de savoir combien l’adversaire a recueilli de votes pour pouvoir couvrir son résultat par un nombre supérieur. Personne ne connaît le modus operandi exact de ces fraudes qui se reproduisent d’élection en élection, mais, à force, on finit par comprendre approximativement la mécanique d’une véritable industrie de la fraude.
Cette fois, celle-ci ne passera pas auprès de l’opinion brésilienne et on n’a d’ailleurs assisté à aucune célébration de la piteuse victoire de Lula. Nous sommes à l’instant d’une rupture sans retour possible, comme celle qui a eu lieu au Venezuela à partir de 2011, lors du déclin de Chávez et de l’ascension de Maduro. Nous venons de vivre ce même moment, à la fois triste et historique.
L’exfiltration de Flávio Bolsonaro
Bolsonaro a immédiatement déclaré qu’il ne reconnaissait pas les résultats et qu’il demandait l’annulation de l’élection présidentielle, mais il a changé de stratégie le lendemain en demandant l’invalidation de l’élection du tandem Lula-Alckmin (son vice-président).
La guerre est déclarée, mais les choses ne s’arrêtent pas là : 7 minutes après la publication officielle des résultats définitifs, le juge Alexandre de Moraes a ordonné que les passeports de la famille Bolsonaro leur soient retirés. Le lendemain, vers 11 h, Flávio Bolsonaro est allé voir son père, Jair Bolsonaro, qui est en résidence surveillée. À l’issue de cette visite, la police fédérale, qui l’attendait, lui a délivré l’injonction de Moraes lui donnant 24 h pour rendre ses passeports.
Flávio Bolsonaro a ensuite disparu, avant d’atterrir à l’aéroport de Miami, avec sa famille, le 28 octobre. Nous avons appris plus tard qu’une opération d’exfiltration avait été organisée par Marco Rubio, avec la collaboration des Argentins. Sous la direction de Santiago Caputo, le conseiller de Javier Milei, les intéressés sont passés par l’Argentine, d’où ils ont décollé par jet privé, depuis l’aéroport de Puerto Iguazú, pour se rendre aux États-Unis en contournant l’espace aérien brésilien.
Après son arrivée et une conférence de presse dans laquelle il a remercié le président Donald Trump, Bolsonaro a publié une longue lettre au peuple brésilien dans laquelle il déclarait qu’il était le véritable président élu et qu’il entendait diriger l’opposition brésilienne depuis les États-Unis.
Cette opération d’exfiltration n’est pas le fruit d’une brillante improvisation. Elle a évidemment été préparée par les services secrets argentins et américains pour parer à un éventuel coup d’État de Lula. Le processus en cours au Brésil est en tous points identique à celui qui a été mis en œuvre au Venezuela.
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Dans mon article précédent, j’avais espéré que le régime Lula/STF n’entrerait pas dans ce piège sans issue d’une fraude électorale, car le contexte national et international est hautement défavorable à une telle aventure. J’espérais que ces dirigeants auraient l’intelligence de ne pas se précipiter dans un cul-de-sac où la seule issue serait la violence d’État et le renchérissement d’un paradigme totalitaire que le Brésil vit depuis huit ans sous les oripeaux d’une pseudo-démocratie. J’avais parié sur la raison et la capacité de comprendre qu’une telle hubris ne pourrait finir que dans la tragédie ou la tragi-comédie.
Ces attentes étaient vaines. La haine et la vengeance du révolutionnaire vieillissant qu’est Lula, sa crainte et celle d’une partie du STF de devoir rendre des comptes à la justice de leur infamie et des gigantesques affaires de corruption, telles que le détournement des fonds du régime des retraites (INSS) et la fraude extraordinaire de la banque Master, ont incité ces pathétiques personnages à faire le pire des choix. Un infâme mélange de corruption, de projet totalitaire crapuleux et d’idéologie délirante.
Nous devrions constamment garder à l’esprit que l’intelligence que l’on met au service de la compréhension rationnelle d’un contexte politique n’est pas forcément l’argument majeur des décisions de ceux qui influent sur nos vies. Depuis ces huit années que nous vivons sous l’empire des forces du mal (car je ne vois pas comment appeler cela autrement), je comprends que le citoyen qui subit (moi en l’occurrence), oscillant toujours entre espoir, rationalisation et découragement, doit garder à l’esprit cette idée d’une bataille du bien contre le mal. Or, justement, la rationalité ne rend pas compte des paramètres de cette lutte.
Mille fois sur le métier… Mon prochain article analysera les conséquences de cette nouvelle situation et ce qu’elle implique sur le plan international.
Charles Granfeu
03/11/2026










