Les émeutes et les pillages des 17 et 18 octobre ont suscité une vive émotion et de nombreuses interrogations sur les ressorts de ces violences. Bertrand Béraud en propose ici une lecture personnelle, nourrie de son expérience d’enseignant et de sa critique des évolutions sociales et politiques françaises. Un texte au ton enfiévré, à la mesure du bouleversement ressenti par les Français, par un auteur dont les analyses et les formules ouvrent un débat nécessairement polémique sur les perspectives offertes à la jeunesse.
Polémia
Le constat des déprédations commises lors des émeutes des 17 et 18 octobre incite à la réflexion quant à leurs auteurs et à leurs motivations. À cette fin et pour éviter tout amalgame, distinguons de prime abord les manifestants pacifiques des casseurs, pilleurs, lumpen et black blocs. C’est sur cette deuxième catégorie que se fixera notre attention.
Les manifestants respectueux des biens et des personnes ne sont pas moins intéressants — c’est même l’exact contraire — mais ils sont un danger pour l’Extrême-Centre et ses commanditaires oligarchiques et mondialistes. L’urgence est donc de les empêcher de s’exprimer, surtout à quelques mois d’élections présidentielles où le pouvoir risque de basculer.
Petit historique : comme il se révélait économiquement difficile de reproduire à intervalles réguliers l’enfermement de la tyrannie sanitaire, l’idée a été d’enfermer les ruraux en leur interdisant, au moyen des ZFE, l’accès aux métropoles. Ensuite de leur faire avaler le Mercosur par le biais des aides habituelles ; un moment de répit gagné par l’endettement et la fluidification des rapports sociaux en normalisant la Coordination rurale.
La précarité pour tous pour seule ligne d’horizon
Puis il s’est agi de justifier « le pognon de dingue » que coûtaient notre soutien à l’Ukraine, le financement de l’Union européenne (Macron avec un drapeau de l’UE lors de son allocution du 18 octobre) pour étouffer le mécontentement de la population active face à un abaissement drastique de son pouvoir d’achat et à la hausse vertigineuse du coût de l’énergie : choisir entre le caddy et le plein d’essence. Situation inédite que le Français moyen a du mal à s’expliquer : « Pourquoi mes impôts augmentent quand la qualité des services diminue et que je vis de plus en plus dans l’insécurité ? »
À ces justes revendications, sociales pour les aînés, viennent s’ajouter celles existentielles pour les jeunes, lycéens, étudiants et ouvriers, qui intériorisent la précarité de leurs parents en se projetant dans un avenir qu’ils savent plus sombre encore pour eux : âge de la retraite encore plus reculé en situation de chômage et de « grand remplacement » par l’intelligence artificielle, dont l’usage critiquable qu’ils en font n’éclipse pas le sentiment de se sentir surnuméraires. Ajoutons à cela l’angoisse climatique générée par le pouvoir et ses alliés écologistes les plus dingues : nous obtenons une réelle crise existentielle de la jeunesse.
Devant la montée des périls, la Macronie choisit d’allumer des contre-feux en soufflant aux lycéens des mots d’ordre d’une pauvreté confondante, alors qu’on devrait entendre ces lycéens réclamer à hauts cris du travail et surtout l’employabilité des formations. Pour connaître le monde scolaire de l’intérieur après quatre décennies d’enseignement dans le public, je peux témoigner que ces voix existent, tout comme les jeunes contestataires sérieux capables de les porter. C’est parce que la Macronie le savait qu’elle a voulu museler ces nouvelles classes dangereuses.
Comment ? Par la technique du contre-feu en déclenchant par anticipation l’expression du mécontentement ; en faisant appel à tous les moyens qu’offre la manipulation de masse à sa disposition : mobilisation des relais syndicaux lycéens formatés, petits bourges encanaillés, canaux médiatiques de grand chemin mettant la focale sur la chienlit pour discréditer par amalgame les justes revendications existentielles de notre jeunesse, même si elles sont maladroitement exprimées.
Avec quelle mise en scène ? Manifestants ombrageux contre flics en sous-effectif déployés pour gazer, éborgner, donner du spectacle, nous émouvoir du vidage des magasins comme métaphore de la vacuité du pouvoir : Macron au balcon de Céline Dion ; Madame se trémoussant avant de partir en voyage chez les Arabes de luxe qui doivent s’étonner de notre mansuétude à l’égard de nos Maghrébins, qu’ils exècrent.
De toute évidence, une opération de sidération qu’il nous faut décrypter. Pour ce faire, revenons aux éléments les plus violents et volontairement surexposés par le pouvoir et ses relais médiatiques.
Ces derniers nous intéressent ici comme tentative de réponse à la question que la majorité des gens se pose : « Qu’est-ce qu’ils ont dans la tête pour commettre de tels délits ? » Cela revient à sonder prioritairement l’imaginaire des « jeunes des quartiers ».
Pour y avoir vécu et y avoir enseigné si longtemps, le premier élément de réponse que je risquerai est de sonder leur intelligence. Seraient-ils ainsi sondés, ils comprendraient qu’ils sont un lumpen d’importation et qu’ils sont en France, non par humanitarisme mais d’abord par incurie de leur pays d’origine, ensuite comme ferment de reproduction, après destruction, de la consommation dictée par le capitalisme. Mais force est de constater qu’ils sont, pour la plupart, dotés d’une expression verbale très pauvre alors qu’ils ont été exposés dès la maternelle, durant des années, à raison de 6 heures par jour, à des enseignants bienveillants qui leur ont parlé un français acceptable. Comment expliquer dès lors cette pauvreté de langage et de pensée, indépendamment de la pauvreté culturelle de leur milieu, concession faite ici aux émules de Bourdieu à laquelle il serait oiseux d’opposer tous les enfants issus de milieux économiquement défavorisés mais riches de traditions culturelles et d’affection parentale. Alors y aurait-il un problème purement intellectuel ? Question politiquement incorrecte à laquelle on vous répond par l’argument d’autorité : « S’ils vont tous dans le secondaire, n’est-ce pas la preuve qu’ils en sont capables ? » Vous contestez ce raisonnement spécieux ? Vous êtes un raciste ! Argument nul et non avenu du fait de mon expérience de classes d’enfants intellectuellement précoces de toutes origines ethniques ; ce qui ne signifie évidemment pas que tous les « racisés », pour parler comme Jean-Luc, sont tous intellectuellement précoces. Fermons la parenthèse.
Quelle place pour les « gamins des cités » dans notre société ?
Revenons à beaucoup de ces jeunes des banlieues, gavés de bribes de religion, dont ils ne retiennent que la part de détestation de la chrétienté ; abrutis de jeux vidéo débiles, de films violents, de musique rap singeant leurs cousins d’Amérique, de la sous-culture des réseaux sociaux ou de films porno exhibant des femmes improbables, alors qu’on est voué à épouser sa cousine ou une bimbo de cité et que, sous la pression communautaire, il faudra voiler.
Pour les plus nantis d’entre eux, la Thaïlande devient le lieu où ils pourront exercer des jeux érotiques que leur morale religieuse réprime. D’où une fausse conscience douloureuse qui doit trouver un exutoire dans la détestation de notre monde. Avec quelque raison car ce mal-être touche aussi notre jeunesse incapable de l’exprimer avec les mots que l’École leur refuse.
Quel avenir pour beaucoup de ces jeunes des cités, toujours plus nombreux puisqu’on accueille et naturalise de plus en plus d’immigrés ? Travailler sur un chantier, dans l’arrière-salle d’un restaurant ou comme livreur — qu’on veut remplacer par des automates — alors qu’il est tellement plus lucratif de dealer, ce qui au passage engendre du mépris envers les gwers qui se fournissent auprès d’eux. À défaut de pouvoir s’intégrer par un travail honnête, comme le font ceux d’entre eux à qui il faut rendre hommage, il leur reste la solution fantasmée d’un retour au bled qui ne veut pas d’eux, sauf pour engranger quelques devises le temps d’un été.
Ajoutons une appétence pour la consommation de produits de luxe qu’on ne pourra pas s’offrir par le travail. De quoi pousser beaucoup de ces êtres frustes et frustrés à des accès de rage. En peu de mots : quelle place pour eux dans notre société ? Aucune ou presque. Et quand on ne trouve pas cette place, que l’on soit blanc ou noir de peau, jeune des quartiers ou des centres-villes, quel que soit notre QI, ça finit par produire de gros dégâts aggravés par les moins dotés. Nous y sommes.
Dans ce cas, la question qui se pose est de savoir pourquoi le pouvoir continue de faire venir en masse des personnes qui n’ont aucun avenir chez nous : pression à la baisse sur les salaires, c’est connu mais ça ne marche que quand il y a du travail. Dès lors, pourquoi continuer en situation de grande crise économique ? La réponse se trouve chez Pierre Vermeren (La France qui déclasse) : les immigrés, indépendamment de toute autre considération, sont les consommateurs que réclame notre société de consommation.
En dix ans de Macronie, on en a fait — ou laissé — entrer 10 × 500 000, soit 5 millions d’allogènes. C’est comme ça qu’on en arrive à dénombrer 30 000 pillards à Marseille. L’équivalent d’une ville moyenne. En face, on a vu une police en sous-nombre et tétanisée par le syndrome Malik Oussekine.
Une priorité : retour à la culture du travail
Poursuivons cette approche par celle des lycéens, quels qu’ils soient. Aucune culture du travail pour l’écrasante majorité d’entre eux et aucune appétence pour le savoir et la culture. Constat que j’ai pu faire moi-même et largement documenté. Et une aporie irréductible dans le message qu’on leur envoie : « Il faut que tu fournisses un énorme travail — dont tu es incapable et qu’on ne t’a d’ailleurs jamais appris — pour acquérir des connaissances (que l’on trouve du reste en un clic avec l’IA), sans quoi tu ne seras pas admis (par Parcoursup) à prolonger tes vacances dans l’enseignement supérieur que tu souhaites climatisé ». Je caricature ? À peine. Bien sûr, il reste encore des jeunes qui échappent à cette caricature mais il faut reconnaître à leur décharge que ça devient extrêmement difficile d’étudier dans ce contexte de laxisme organisé aggravé par la disparition de toute sélection pendant le cursus scolaire, les redoublements étant interdits en fait.
Ce cocktail explosif se traduit chez les Blancs par des dépressions avec une forte hausse (très largement documentée elle aussi) des scarifications, des addictions et des tentatives de suicide ; une manière de retourner contre eux la violence du système, quand les racailles la retournent contre les nôtres.
Tout ça produit de la frustration, du mal-être, du nihilisme. Notre système économique donne ses derniers feux. L’endettement perpétuel montre qu’il n’est pas viable. La transition se fera de plus en plus dans la violence à bas bruit, comme celle à laquelle nous venons d’assister. Je dis « à bas bruit » parce que les racailles n’ont pas encore tiré dans la foule. Ils se contentent de voler des fringues, de la bouffe, des jeux vidéo et des téléphones. Ambitions à la mesure de leur appréhension du réel, des valeurs qu’on leur a inculquées, et les parents, j’insiste, ne sont pas seuls en cause. Un imaginaire nourri des déchets de la société de consommation, et de représentations délirantes : le caïd, le rappeur et le footballeur, que l’on reçoit à l’Élysée. La came pour oublier que tu n’es rien et acquérir « la marque » que ton père, ouvrier de chantier, ne peut te procurer ; le maillot de foot de l’Algérie quand tu n’as pu être Zidane ; la limousine avec la radio qui gueule du rap pour montrer que tu es devenu un caïd.
Idiots utiles et maintien du désordre
Portrait à charge pour tous ? Soyons justes et reconnaissons, non pour faire bonne mesure mais par souci de la vérité, qu’ils ne sont pas les seuls ; la liste est longue des idiots utiles du système et des prédateurs de tout poil, de haut et de bas étage, qui contribuent à sa perpétuation. Les premiers deviendront intéressants et véritablement dangereux lorsqu’ils voleront des livres dans les librairies. Ce n’est pas pour demain car, dès l’école, on les acculture à la consommation numérique. Aux tablettes ont succédé les smartphones qui ont permis aux uns d’organiser tranquillement leurs rapines et, aux autres, leurs razzias. Sans distinction de classe ! Tous unis comme les États-Unis d’Europe que nous promet Attal, le ministricule, pas l’acteur. « Prédateurs de tous les pays, unissez-vous ! Nous pourrons ainsi continuer d’organiser la prédation financière de haut niveau et compter sur vous pour faire diversion quand ça tanguera de notre côté. »
Alors, que conclure provisoirement ? Ces émeutes ont été spectaculaires mais ce n’est pas la guerre civile. D’ailleurs cette prédation engendrera de l’activité économique, les assurances augmenteront leurs primes et nous ne pourrons même pas émettre de plainte radicale puisque les organes les plus critiques sont menacés, voire interdits, et les voix fortes réduites au silence ou en passe de l’être. Hier déjà, les commentateurs de plateau TV demandaient la promulgation de l’article 16 : open bar pour Macron… La boucle se referme comme une nasse, cette technique de maintien du désordre qui enferme les braves gens tandis que les casseurs accomplissent les basses œuvres du régime.
Quelle part de hasard dans cet enfumage médiatique et de gazages policiers ? Qui pour recevoir la trique, à l’image de cette femme seule, acculée contre un mur et sauvagement matraquée ? Pourquoi ? Pour qui ? Comment pouvoir trancher le nœud gordien qui nous étouffe au quotidien quand on voit la douteuse efficacité des forces de l’ordre et les réponses données par les grands partis de pouvoir qui ne considèrent qu’une partie de la question, l’ethnique, abhorrée ou adulée, quand il conviendrait de la penser conjointement avec la question sociale ?
« Aux larmes citoyens ! » À moins que…
Le pire n’est jamais sûr et nous savons qu’il existe « l’imprévu de l’Histoire ».
Bertrand Béraud
21/10/2026










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