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Révolte des Gilets Jaunes : l’histoire est bien le lieu de l’imprévu !

Face au bloc bourgeois, vive le front populiste !

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Par Etienne Lahyre, haut fonctionnaire, analyste politique ♦ Quel bilan pour ces élections européennes ? Après les analyses de Jean-Yves Le Gallou (ici et ), après celle d’André Murawski, découvrez celle d’Etienne Lahyre.


Un Front National élevé, mais comme en 1984, ou en 2014. Des Verts au-dessus des 10%, mais comme en 1989 ou 2009.

Les prétendues poussées « populistes » ou « écologistes » comme les dénomment les journalistes politiques ne sont pas nouvelles lors des élections européennes. Pour des raisons bien différentes, elles n’ont jamais débouché sur la mise sur orbite d’un candidat capable de remporter l’élection présidentielle suivant le scrutin européen. Nous avons démontré, à de multiples reprises, que le FN devenu RN, restait un parti de premier tour, sans réserves de voix, que chacun rêve d’affronter au second tour pour le terrasser. Les Français avaient voté « escroc » en 2002, « Rotschild » en 2017, et sont prêts à voter « chèvre » en 2022 pour éviter une victoire d’un candidat estampillé RN. Quant aux Verts, leur meilleure performance à l’élection présidentielle date de 2002 (5,3% pour Mamère), et leur immaturité politique, leur goût pour les guerres intestines et l’élimination des têtes qui dépassent, les empêchent durablement de se transformer en parti de gouvernement.

À titre liminaire, intéressons-nous à un autre phénomène déjà survenu lors des précédentes élections européennes, le piètre résultat de la France insoumise.

Deux France sur trois aux urnes

Manon Aubry obtient presque près le même résultat que les listes LFI cinq ans plus tôt (6.3% contre 6.6% en 2014) : des résultats sensiblement en deçà de ceux obtenus par Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles précédentes (11.1% en 2012, 19.6% en 2017). Et les médias d’imputer aux foucades et à la dérive autoritaire auxquelles se serait livré le chef de LFI depuis 2017, une contre-performance pourtant déjà enregistrée en 2014.

Ce mauvais résultat est dû à un double phénomène qui tient à l’offre politique présente aux élections européennes et à une abstention fortement différenciée.

Jean-Luc Mélenchon a su agréger à l’élection présidentielle de 2017 un électorat jeune, à forte composante étudiante, qui votait par le passé LCR, Verts ou PS en fonction des enjeux et de l’offre politique. En 2017, aucun représentant des Verts ou de la LCR n’était sur la ligne de départ ; quant à Hamon, candidat PS, les faibles intentions de vote dont il était crédité ne lui laissaient manifestement aucune chance de parvenir au second tour ; Mélenchon étant lui donné dans le quatuor de tête à environ 20% des intentions de vote.

 

Verts 2009 Mélenchon 2017 Jadot 2019
France entière 16,3 19,6 13,8
Villes étudiantes
RENNES (20,7% d’étudiants en 2017) 27,4 25,9 24,3
MONTPELLIER (20,2% d’étudiants) 23,2 31,5 19,4
LILLE (20,8% d’étudiants) 20,5 29,9 21,7
GRENOBLE (18,2% d’étudiants) 29,1 28,9 22,4

 

Cet électorat étudiant s’est, comme en 2009, massivement reporté sur la liste des Verts. Et comme il y a dix ans, sa mobilisation a largement été le fait de la forte résonance médiatique des thématiques environnementalistes, les débats sur le Grenelle de l’environnement et la préparation de la conférence de Copenhague en 2009, les enjeux climatiques et les mobilisations de rue afférentes en 2019.

En second lieu, la France insoumise a pâti de la faible mobilisation des banlieues de l’immigration, celles-là même qui lui avaient fourni son principal carburant électoral en 2017.

FN 2017 (1er tour) Mélenchon 2017 Participation 1er tour 2017 FN 2019 LFI 2019 Participation 2019
France entière 21,3 19,6 77,8 23,3 6,3 49,9
Villes à forte présence musulmane
ROUBAIX (59) 16,9 35,9 62,6 20,3 15,1 30,6
LA COURNEUVE (93) 11,6 44,4 71 15,5 16,2 32,2
VAULX-EN-VELIN (69) 16,9 38,5 58,3 22,9 12,2 26,7
CREIL (60) 19,6 34 67,3 25,7 11,8 31,3

 

Dans les quatre villes que nous avons étudiées, la participation et le score de la France insoumise chutent considérablement : ce sont les électeurs issus de l’immigration afro-maghrébine qui ne se sont pas rendus aux urnes. Le fait que des non-européens ne participent pas à des élections dites « européennes » est somme assez logique. Il s’explique aussi et surtout par le fait que ces élections n’ont aucune conséquence concrète en ce qui concerne les thématiques chères à ces électeurs : la politique migratoire, le développement de l’islam, l’octroi de subventions aux associations et l’aide sociale. De même que la France des banlieues s’est tenue à l’écart des mouvements tels que la Manif pour tous et les gilets jaunes, elle ne participe pas aux scrutins dans lesquels elle n’a pas d’intérêt (ou de crainte) immédiats. Mais cet électorat dormant, dont nous avons déjà montré le caractère particulièrement homogène et hostile à la cause nationale, saura prochainement se mobiliser ; nous surveillerons particulièrement les prochaines élections municipales dans les banlieues islamisées.

De Manu le start-upper à Macron d’Estaing

En 2017, Macron avait obtenu d’excellents résultats dans les métropoles, territoires où sont concentrés les gagnants de la mondialisation et dans lesquels la droite parlementaire et surtout le Front National subissent une érosion depuis les années 1990. La liste Loiseau confirme cet ancrage, ses résultats étant un peu en deçà de ceux obtenus par Macron, suivant en cela la dynamique nationale (24% pour Macron en 2017, 22.4 pour Loiseau en 2019). Mais si l’on analyse les choses plus finement, on note très clairement une droitisation de l’électorat LREM.

 

Oui Référendum 2005 Macron 2017 Fillon 2017 Loiseau 2019 Bellamy 2019
France entière 45,3 24 20 22,4 8,5
Métropoles
PARIS 66,5 34,8 26,5 32,9 10,2
LYON 61,4 30,3 23,4 28,8 10,4
TOULOUSE 51,3 27,3 17,7 24,6 7,4
STRASBOURG 62,8 27,8 19,8 27,8 7,3
BORDEAUX 58 31,3 21,8 29,5 9

 

La carte de l’évolution électorale parisienne, fournie par l’excellente équipe de « Critique de la raison européenne », est particulièrement révélatrice : c’est dans le troisième arrondissement, l’un des six premiers à avoir basculé à gauche aux municipales de 1995, que Macron obtenait son meilleur résultat en 2017 (45%) quand il n’obtenait « que » 26.6% dans le seizième. En 2019, la liste Loiseau chute de plus de 7 points dans le troisième (37.7%), essentiellement au profit des Verts (23.4%), et dans le même temps obtient 47.1% (+15 points) dans le huitième. Même observation à Lyon : dans le très chic sixième arrondissement, LREM gagne près de 6 points passant de 30.7 à 36.4%, tandis qu’elle perd 4 points dans le neuvième, dont Gérard Collomb a été le maire PS entre 1995 et 2001.

Vote Macron à la présidentielle puis aux Européennes

Vote Macron à la présidentielle puis aux Européennes

Dans les villes bourgeoises que nous avions analysées après l’élection présidentielle de 2017, la tendance est tout aussi nette. Macron bénéficiait en 2017 d’un vote directement corrélé au niveau d’études : selon Jérome Fourquet, c’est entre son électorat et celui de Marine Le Pen que les écarts en termes de niveau de diplôme ont été les plus spectaculaires. 17% des titulaires d’un diplôme de niveau inférieur au Bac avaient choisi Macron (31% s’étant portés sur MLP) ; chez les titulaires d’un diplômé supérieur à Bac+2, la proportion est inverse (35% Macron, 8% Le Pen). Corrélation identique avec le niveau de revenu (https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/03/3718-1-study_file.pdf) : se portaient sur Macron 19 % des personnes au niveau de vie « pauvre et modeste » , 27% des classes moyennes et 32% des classes aisées.

Lors des européennes, c’est avec le niveau de vie que le vote Macron est désormais le plus directement corrélé : selon un sondage IFOP, réalisé après le scrutin, les catégories aisées votent quatre fois plus pour LREM que les plus pauvres.

Sondage Ifop - Niveau de vie

Sondage Ifop – Niveau de vie

C’est, par ailleurs, dans les communes bourgeoises que la participation se maintient le mieux par rapport à la présidentielle. Cette mobilisation plus forte des classes aisées est classique : leur polarisation autour du parti présidentiel l’est moins. Elle s’explique en particulier par la crise des gilets jaunes qui a vu la bourgeoisie française soutenir à bout de bras le pouvoir censé défendre l’ordre public et, surtout, ses intérêts bien compris. Le Macron de 2017 était celui du parti du mouvement, c’était l’épigone du banquier Laffitte. Deux ans plus tard, c’est celui de Thiers, qui réprime durement la révolte des Canuts lyonnais, c’est celui qui dirige le parti de l’ordre.

Noblesse oblige, richesse permet

La bourgeoisie française éprouve pour les hommes d’ordre une véritable passion, tant qu’ils servent ses intérêts et que l’autorité qu’ils exercent n’obère sa capacité à exercer sa domination économique et culturelle et à jouir sans entraves. C’est elle qui plébiscite le premier consul Bonaparte en 1799 : l’incurie du directoire et le désordre intérieur seront balayés ; les frontières extérieures protégées par le meilleur général de son temps. C’est elle qui pousse le Sénat à voter la déchéance de l’Empereur en 1814 : la guerre sans fin, et surtout le blocus continental, sont en train de la ruiner.

C’est la même bourgeoisie qui se réjouit du retour du Général de Gaulle en mai 1958, et dont les rejetons hurlent jusqu’à plus soif que « Papa pue » et que « Dix ans, ça suffit » en mai 1968. Avec ses provocations anti-américaines, cette vieille baderne agace sérieusement les milieux économiques ; et pourquoi créer autant de difficultés avec la Communauté Economique Européenne, alors qu’elle constitue notre avenir ? Mais les soixante-huitards vont trop loin : il n’y a plus d’essence dans les stations. Finis les week-ends en Normandie. C’en est trop, il faut mettre fin à la chienlit en utilisant une dernière fois de Gaulle et en lui accordant une dernière victoire écrasante aux législatives de juin 1968. L’anarchie est vaincue mais à quel prix ? Les accords de Grenelle ont débouché sur une augmentation de 35% du SMIG ! Le partage des richesses, voilà l’ennemi ! Et voici que le Juan Péron de l’Elysée veut accroître la participation dans l’entreprise ! Avec Pompidou à l’Elysée, ça serait bien mieux pour les affaires. Avril 1969 : Adieu de Gaulle ! « « Eh bien voilà, nous avons battu les Allemands ; nous avons écrasé Vichy ; nous avons empêché les communistes de prendre le pouvoir et l’O.A.S. de détruire la République. Nous n’avons pas pu apprendre à la bourgeoisie le sens national » commentera avec amertume le fondateur de la Cinquième République.

La seule boussole de la bourgeoisie française, c’est son portefeuille. Depuis le milieu des années 1960 qui ont vu décliner, sans doute de manière irrémédiable, le catholicisme en France, elle n’a plus de surmoi. « Noblesse oblige » disait l’adage ; la bourgeoisie d’aujourd’hui nous rétorque que « richesse permet ! ». Permet de recourir à des nounous immigrées parce que ces sacrées Françaises exigent d’être déclarées, permet de pratiquer sans vergogne l’ « optimisation » fiscale, permet de se donner bonne conscience en prétendant voter contre l’extrême-droite, alors qu’en réalité elle vote contre les classes laborieuses, ces classes dangereuses. La bourgeoisie française hurle de rage (à raison) face à l’incendie du Fouquet’s ; elle ne pipe mot quand une camarilla autrement plus nuisible organise vend la France à la découpe, en privatisant Aéroports de Paris ou la Française des jeux, après avoir bradé Alstom. Et quand le peuple vêtu de jaune revient à Paris, après en avoir été chassé dans les années 1980-90, pour y crier sa colère pendant l’hiver dernier, c’est au LBD qu’elle souhaite le voir accueilli, prête à tout pour défendre son territoire et ses privilèges chèrement acquis.

Les bourgeois macronistes que l’on classe, improprement, au centre sont en réalité les moins favorables à la démocratie, c’est-à-dire au gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, engoncés qu’ils sont dans leurs certitudes et leur supériorité intellectuelle et culturelle factice. Ce sont également les conclusions de l’étude du chercheur américain David Adler : https://www.les-crises.fr/les-centristes-sont-les-plus-hostiles-a-la-democratie-pas-les-extremistes/

Le régime macroniste a permis à la bourgeoisie française de se réunifier en termes partisans, et de se désinhiber : la lutte des classes conduite par le pouvoir, avec la complicité active de l’union européenne, est manifeste. La recomposition politique qui s’effectue soudainement sous nos yeux en est la conséquence. Jamais le bloc soutenant le pouvoir n’avait été si homogène socialement, territorialement, culturellement. Jamais il n’a été aussi minoritaire dans l’opinion. Et pourtant, bien qu’arrivé au pouvoir par effraction après une élection volée, jamais il n’a été en position aussi favorable de s’y maintenir.

L’union des droites ou l’arlésienne inoffensive

Après chaque élection, quel qu’en soit le résultat, le psittacisme incantatoire de l’union des droites refait surface. Ah, « l’union des droites », cette bouée percée datant des années 1980 qui tient lieu de stratégie… On croirait réentendre les envolées lyriques de cette époque appelant à rejoindre le camp des libertés contre les socialo-communistes. Macron a tous les défauts du monde, mais le combattre en le désignant héritier du socialisme et héraut des « gauches » est somme toute assez grotesque.Macron n’a pas agrégé autour de sa personne des partis ou des courants ; il n’a pas agrégé les « progressistes » comme il l’ambitionnait initialement, mais la classe sociale dominante à tous points de vue. Dans son électorat de 2019, on compte autant de partisans de la loi Taubira que de sympathisants de la manif pour tous : un sondage IFOP montre que le score de la liste LREM est corrélé à la pratique religieuse : 43% des catholiques pratiquants réguliers ont voté Loiseau, François-Xavier Bellamy, catholique affirmé, n’obtenant que 22% des voix dans cet électorat (8% pour Jordan Bardella).

Sondage Ifop - Catholiques

Sondage Ifop – Catholiques

Pour cet électorat, les niaiseries féministes d’une Schiappa, la PMA dite « pour tous » comptent moins que la flat tax et la stabilité économique incarnées par le pouvoir. D’aucuns soutenaient que le souverainisme radical du FN avait causé sa perte en 2017 : ayant renoncé, à tort, à défendre la sortie de la France de l’Union européenne, le RN est en nette baisse dans notre quatre territoires de référence par rapport aux européennes de 2014, marquée par une campagne à la tonalité anti-euro. Il est assimilé au parti de l’incertitude économique et des classes populaires.

Participation 2017 Fillon 2017 (Différentiel / Sarkozy 2012) Macron 2017 (Différentiel / Hollande 2012) Participation 2019 Loiseau 2019 (Différentiel / Macron 2017) Bellamy 2019 (Différentiel / Fillon 2017)
France entière 77,8 20 (-7,2) 24 (-4,6) 50,1 22,4 (-1,6) 8,5 (-11,5)
Villes bourgeoises
VERSAILLES (78) 83,3 43 (-3,5) 27,1 (+7,5) 60,8 29,7 (+2,6) 27,8 (-15,2)
BOULOGNE-BILLANCOURT (92) 80,3 41,9 (-6,5) 32,9 (+8,6) 58,9 40,9 (+8) 16,1 (-25,8)
GARCHES (92) 84,5 42,4 (-7) 31,3 (+9,8) 58,6 40,5 (+9,2) 15,9 (-15,4)
PARIS 16EME (75) 85,3 58,5 (-6,3) 26,7 (+12,1) 58,6 46,1 (+19,4) 24,2 (-34,3)

 

Les tenants de l’union des droites plaident pour un rassemblement à la ligne à la fois libérale, identitaire et conservatrice. Selon la belle formule de Russell Jacoby, cette droite « vénère le marché tout en maudissant la culture qu’il engendre ». Elle n’a jamais lu Lasch, ni Michéa, encore moins Marx qu’elle abhorre, et qui a pourtant identifié mieux que quiconque le rôle de la bourgeoisie dans l’avènement d’une société de marché, dominée par l’individu sans thymos : « La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l’homme féodal à des supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid intérêt les dures exigences du paiement au comptant. Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange ; elle a substitué aux nombreuses libertés si chèrement conquises, l’unique et impitoyable liberté du commerce. ». L’électeur bourgeois que convoitent ces « unionistes », c’est l’homo oeconomicus de la politique, celui qui ne vote que pour maximiser son utilité individuelle.

Eux-mêmes sont, tout autant que les macronistes, fascinés par l’ordre : ils ont accueilli avec grand enthousiasme l’élection au Brésil de Bolsonaro, dont la pensée politique tient sur un timbre-poste, et qui, en bon représentant de la « droite » sud-américaine défendra d’abord et avant tout les intérêts de l’Oncle Sam. Indifférents aux questions sociales et environnementales, ce sont des Bolsonariens.

Le rejet de l’immigration et de l’islamisation ne saurait constituer, à lui seul,une stratégie de campagne, encore moins un programme commun de gouvernement. Pour paraphraser Marcel Gauchet, le refus de l’immigration n’est pas une politique.

Ce qui peut fonder une politique, c’est d’appréhender en premier lieu, le phénomène d’immigration-invasion que nous subissons comme l’un des multiples volets du processus de mondialisation. Le rapport à la mondialisation est en effet devenu, comme l’ont compris tant Macron, que Marine Le Pen, la principale ligne de fracture du débat public. Pour ne pas avoir intégré cela, le Parti socialiste est mort et les Républicains sont en train de le suivre. Les « unionistes », qui refusent également ce paradigme, n’ont aucun avenir. Non seulement, cette union des « droites » est irréalisable tactiquement (en position de faiblesse extrême, les Républicains et leurs alliés, n’auraient aucun intérêt à y consentir de peur de de finir comme les radicaux de gauche après le programme commun), mais elle est surtout non souhaitable politiquement, car inopérante face au parti de la mondialisation, incarné désormais par le macronisme.

Vive le Front populiste !

Le bonapartisme, c’était tout autant Napoléon-Jérôme que Rouher. La résistance, tout autant Moulin que d’Estienne d’Orves. Le gaullisme, tout autant Capitant que Messmer. Le patriotisme n’est pas une affaire de gauche ou de droite. Or, par réflexe pavlovien, les bolsonariens préfèreront toujours un mondialiste « de droite » à un patriote « de gauche ».

Osons affronter l’adversaire sur son terrain, tant que le rapport de forces nous est encore potentiellement favorable. Macron a unifié autour de sa personne les gagnants de la mondialisation, en deux étapes : les détenteurs du capital dit culturel en 2017, ceux du capital financier en 2019. Il bénéficiera, au second tour, des supplétifs de plus en plus nombreux, issus de l’électorat immigré.

À l’instar de Trump qui est parvenu à fédérer l’« Amérique du milieu » face aux élites et aux minorités, la stratégie gagnante consiste à unifier la France périphérique, les classes populaires et moyennes de souche, et celles issues de l’immigration qui se sont assimilées. Pour peu nombreuses qu’elles soient, il est essentiel de valoriser leur démarche consistant à se fondre dans le creuset français. Ce sont les « TrumpDemocrats » de la « Rust Belt » qui ont permis la victoire de novembre 2016 ; sur les questions économiques, l’électorat de Trump est moins libéral que l’électorat républicain traditionnel (https://www.polemia.com/2017-la-france-trumpisee/). Ce sont les électeurs de Liévin (48% des voix pour Jordan Bardella en 2019, quand Lionel Jospin obtenait plus de 72% des voix au deuxième tour de l’élection présidentielle de 1995) et leurs homologues qui contribuent le plus fortement à la dynamique RN. Ni les Trump Democrats, ni les électeurs de Liévin ou d’Hayange, tous victimes de la désindustrialisation, ne sont issus de la droite.

La mondialisation à marche forcée a, presque partout, fait voler en éclat les structures partisanes interclassistes ; elle a en revanche accentué les clivages fondés sur le niveau d’étude et de revenu.

Les gagnants de la mondialisation auront toujours suffisamment de ressources pour se protéger de ses aléas, en particulier du changement de population que celle-ci induit. « Ce sont les dépossédés qui ont intérêt à la démarcation franche et nette. Leur seul actif est leur territoire. (…) La frontière rend égales (tant soit peu) des puissances inégales. Les riches vont où ils veulent, à tire-d’aile, les pauvres où ils peuvent en ramant. » écrit Régis Debray dans « Eloge des frontières ».

Ce front populiste, que nous appelons de nos vœux, serait celui des sédentaires, des dépositaires d’un héritage et d’une culture française et européenne, de la majorité des Français attachés à la décence ordinaire, refusant tant les extravagances des élites mondialisées, que la colonisation de notre pays.

Son lancement supposerait, de toute évidence, que Marine Le Pen (ni aucune autre personnalité issue du RN) ne soit pas candidate à la prochaine présidentielle. De même qu’il refuserait toute hémiplégie consistant à ne s’adresser qu’à la supposée France « de droite ».

Malheureusement, cette hypothèse nous semble aussi souhaitable qu’improbable. Macron a certes perdu les européennes, mais si ses troupes, désormais réunies sous la bannière du seul intérêt de classe, forment une armée peu nombreuse, elles sont déterminées et prêtes à tout. Telles les maigres légions romaines de César face à Vercingétorix et ses troupes issues d’une multitude de tribus à Alesia.

Etienne Lahyre
01/06/2019

Source : Correspondance Polémia

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