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Un député européen par région pour des élections vraiment européennes ?

Européennes. Un succès d’Emmanuel Macron ?

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Par André Murawski, conseiller régional (ex-FN/RN) des Hauts-de-France ♦ Les analyses se succèdent sur les résultats de ces élections européennes. Nous avons reçu cette contribution de la part d’André Murawski. Pour cet ancien élu RN, le fait d’avoir installé Marine Le Pen en opposante unique est une victoire pour Emmanuel Macron. Si cette analyse n’est pas nécessairement partagée par tous, nous la publions néanmoins auprès de nos lecteurs.
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Ce n’est certes pas un triomphe. Malgré un soutien particulièrement prononcé du Président de la République, Nathalie Loiseau, à la tête de la liste « La République en marche/MoDem », a manqué son objectif de « battre le Rassemblement national ». Sans surprise, Marine Le Pen a parlé de « désaveu démocratique » avant de réclamer une nouvelle fois la dissolution de l’Assemblée nationale. Mais une dissolution profiterait-elle vraiment à son parti ?

L’expérience nous enseigne qu’aucune élection ne ressemble à une autre. Dans le cas des européennes, ce fait a été tout particulièrement confirmé dans notre pays. A commencer par la participation, de l’ordre de 50 %. Une participation bien supérieure à celle des européennes de 2014 où seuls 42,4 % des électeurs s’étaient rendus aux urnes. Mais aussi une participation très inférieure à celle qui dépassait largement 70 % aux deux tours des présidentielles de 2017 avec lesquelles certains se sont risqués à faire des comparaisons. Impossible donc de parler d’une revanche de Marine Le Pen, d’autant que le résultat est mitigé.

19 747 000 Français ont voté aux européennes de 2014. Le Front national avait alors recueilli 4 712 000 voix, soit 24,86 % des suffrages exprimés qui lui avaient permis de faire entrer 24 députés au Parlement européen. En 2019, se sont 23 721 000 Français qui ont voté, soit 3 974 000 électeurs de plus qu’en 2014 ce qui représente une progression de 20 %. Pour sa part, le Rassemblement national a recueilli 5 281 000 voix, c’est-à-dire 569 000 suffrages de plus qu’en 2014 mais n’a progressé que de 12 % par rapport à son précédent score. Cela montre que la plus forte mobilisation des Français n’a pas entièrement profité au parti de Marine Le Pen. Pis, le pourcentage global du vote Front national / Rassemblement national est passé de 24,86 % en 2014 à 23,31 % en 2019, diminuant le nombre de ses députés de 24 à 22 qui passeront cependant à 23 après le Brexit. La réalité montre donc que le Rassemblement national a obtenu un nombre d’élus en recul par rapport à celui de 2014, ce qui permet de nuancer le « résultat historique » qu’il clame, surtout en comparaison de son allié italien dont le parti, « la Ligue », a obtenu 34,33 % des voix, lui permettant d’envoyer 38 députés au Parlement européen.

Les observateurs n’ont pas manqué de relever aussi le recul, voire l’effondrement des autres partis français « institutionnels ». Ainsi, la liste des « Républicains » qui représentait près de 21 % des suffrages en 2014 est tombée à 8,48 % en 2019. De l’autre côté de l’échiquier politique, le parti « socialiste » qui, en 2014 avait atteint près de 14 % des voix a difficilement dépassé 6 %, au même niveau que la « France insoumise ». Surprise de l’élection : le bon score des écologistes dont la liste « Europe écologie » est parvenue à dépasser 13 % des suffrages là où elle était précédemment à 9 %. Première des « autres offres politiques », la liste « Debout la France / CNIP » a obtenu 3,5 % des voix, score insuffisant pour obtenir un élu.

Selon certains analystes, le « duo LREM / RN », dont les résultats cumulés dépassent à peine 45 %, auraient fait le vide autour d’eux plus qu’ils n’auraient attiré à eux (Guillaume Tabard, le Figaro, 27 mai 2019). Intellectuellement acceptable dans le cadre strict de l’élection européenne, cette opinion doit toutefois être reconsidérée si on se place dans un cadre différent, tel que par exemple celui d’élections législatives que Marine Le Pen appelle de ses vœux. Car qui croira que dans le contexte d’un scrutin majoritaire à deux tours, les réflexes liés au clivage gauche-droite ne joueraient pas ? Dans ce cas, le report arithmétique des pourcentages cumulés pourrait donner le résultat suivant dans l’hypothèse d’une « union » à droite :

Liste LREM RN
Prenez le pouvoir   23,31
Renaissance 22,41  
Europe écologie 13,47  
Union de la droite et du centre   8,48
La France insoumise 6,31  
Envie d’Europe écologique et sociale 6,19  
Le courage de défendre les Français   3,51
Liste citoyenne du printemps européen 3,27  
Les européens 2,5  
Pour l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent 2,49  
TOTAL 56,64 35,3

Bien entendu, cette projection purement théorique ne tient pas compte de facteurs incontestables et notamment ceux liés à d’autres clivages tels que le clivage mondialistes/identitaires ou encore à l’abstention. Mais il apporte néanmoins un éclairage assez intéressant si on le compare au résultat du 2e tour des élections présidentielles de 2017. Là, Marine Le Pen avait obtenu 34 % des suffrages. On voit donc que sa capacité à convaincre les Français n’a pas progressé, alors même que la popularité d’Emmanuel Macron, qui a été élu Président de la République avec 66 % des voix, a été impactée par son impopularité croissante comme le montre le tableau où LREM ne rassemble plus « que » 56 % des suffrages cumulés, en chute de 10 points par rapport au 2e tour des présidentielles.

Le Président de la République reste donc en situation de remporter une élection non pas en raison du succès de sa politique, mais bien en raison de la personnalité de sa principale opposante, Marine Le Pen, qui n’est pas parvenue à convaincre qu’elle et le Rassemblement national pourraient représenter une alternative crédible à un pouvoir pourtant décrié. C’est sans doute en ce sens que l’on peut considérer que les élections européennes ont été un succès pour Emmanuel Macron, quand bien même la liste LREM a été dépassée d’une courte tête par celle du Rassemblement national.

Les élections européennes présentent pourtant un mouvement remarquable, mais à l’étranger. En Hongrie, le gouvernement souverainiste et conservateur de Viktor Orban a largement gagné les élections européennes avec 55 % des suffrages. En Pologne, le gouvernement souverainiste et conservateur de Mateusz Morawiecki a terminé en tête des élections européennes avec 45,38 % des suffrages. En Autriche, les conservateurs du « Parti populaire autrichien » ont terminé en tête des européennes avec 34,6 % des suffrages. Les souverainistes conservateurs semblent donc en mesure de proposer une autre politique, soucieuse d’identité et de cohésion nationale, respectueuse des valeurs fondamentales sur le plan sociétal et garantissant la liberté d’entreprendre et de travailler. Et si un parti souverainiste et conservateur français pouvait éclore, et offrir la seule alternance crédible à l’ultra libéralisme libertaire d’Emmanuel Macron et de son LREM ?

André Murawski
30/05/2019

Source : Correspondance Polémia

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