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« Européen d’abord » par Jean-Yves Le Gallou : l’union par la civilisation

« Européen d’abord » par Jean-Yves Le Gallou : l’union par la civilisation

Par Camille Galic, journaliste, essayiste ♦ La très conformiste Maison de l’Europe a organisé des débats autour de deux livres : D’une révolution à l’autre, de Philippe Herzog, le 6 novembre,  et Réveillons notre Europe, d’Alexia Germont, le 15 novembre, deux événements présidés par l’ancien ministre socialiste Catherine Lalumière, également ancien secrétaire général du Conseil de l’Europe et recasée en 2003 par Chirac à la tête de la Maison. On espère donc que l’invité suivant sera Jean-Yves Le Gallou, tout récent auteur d’Européen d’abord*.


Et qu’on n’excipe pas pour snober le président de Polémia de son passé « sulfureux » (FN puis MNR) puisque, membre des années durant du Bureau politique du PCF, dont il dirigeait même la section économique, le camarade Herzog conduisit pour sa part en 1989 la liste communiste aux élections européennes puis resta apparenté communiste en 1999. Car Européen d’abord est un livre si vivifiant, si mobilisateur, de nature à rendre foi en notre continent jadis centre de l’univers et désormais tellement décrié, qu’il devrait être distribué à tous les moins de vingt-cinq ans en même temps que le Pass Culture (en franglais dans le texte) promis par Emmanuel Macron et Françoise Nyssen en mars dernier… et depuis passé à la trappe avec le budget de 500 millions d’euros qui devait lui être alloué.

Qui propage réellement la « lèpre » ?

Inaugurant le 30 octobre au Panthéon l’exposition Clemenceau — vrai fossoyeur de l’Europe quant à lui avec sa rage de vaincre et surtout de jeter bas l’empire des Habsbourg —, le chef de l’Etat s’est lancé dans un parallèle hardi entre notre époque et « les années 30 », prophétisant que « la lèpre nationaliste » propagée par les « populistes » risquait de « démembrer l’Europe » et de lui faire « perdre sa souveraineté ».  Mais ne sont-ce pas plutôt l’incapacité de nos prétendues élites à juguler l’immigration, leur soumission à l’islam et leur prurit de culpabilité les poussant à dénigrer notre civilisation commune et à subvertir notre histoire qui constituent une « lèpre » et menacent en effet ce qui reste de notre souveraineté ? Car un continent peut difficilement se considérer comme souverain quand il est envahi par des dizaines de millions d’allogènes étrangers à sa culture et à ses mœurs (« supérieures aux lois », d’ailleurs trop souvent de circonstance, estime notre auteur) immémoriales.

Bien avant la sortie du chef de l’Etat, deux événements avaient incité Jean-Yves Le Gallou à passer à l’offensive. D’abord le profession de foi de Nicolas Sarkozy affirmant en 2009 : « Notre nation est métissée. L’immigration constitue une source d’enrichissement de notre identité nationale. » Ensuite, en 2014, celle de Gaétan Dussausaye, nouveau directeur national du Front national de la Jeunesse, selon lequel, foin de toute discrimination ! « on peut être Français bleu à pois verts ». Il décida alors de « remettre les pendules à l’heure » avec la vidéo « Etre français » qui, d’abord projetée lors d’un colloque de l’institut Iliade, fut regardée par plus de 1 300000 personnes sur Youtube.

Iliade, qui milite pour « la longue mémoire européenne » et dont Jean-Yves est l’un des fondateurs, se lança à son tour dans l’aventure. Ce fut « Etre européen », vidéo promise au même succès.

De l’Interruption Volontaire de Civilisation (IVC) à l’extension du domaine de la culpabilité

Cela va de soi pour les « identitaires » mais même les universalistes les plus acharnés, pour lesquels il n’est bon bec que de Booba et Bouddha, savent bien au fond d’eux-mêmes que « l’Europe, ce sont des millénaires d’histoire, sept cents millions d’Européens. L’Europe, c’est une identité, la civilisation européenne et chrétienne » avec une admirable continuité dont témoignent « les temples grecs, les aqueducs et les théâtres romains, les chapelles romanes, les cathédrales gothiques, les palais Renaissance, les grandes places les béguinages, les châteaux classiques, les édifices Art nouveau » ainsi que les « paysages jardinés par l’homme ». L’Europe, c’est aussi « l’esprit d’invention et de conquête », des Argonautes aux concepteurs de la fusée Ariane, et la « patrie de la liberté », des agoras grecques au réveil des peuples (et notamment ceux soumis au joug ottoman) au XIXème siècle.

Voilà notre civilisation à ceci près que, comme l’écrit le président de Polémia, « une civilisation, c’est un filtre : tout n’est pas à rejeter […] mais tout n’est pas assimilable. Le rejet, la discrimination, l’exercice de la préférence sont indispensables à sa survie ».  Or, le drame est que ce si nécessaire exercice nous est aujourd’hui refusé. Résultat du relativisme généralisé que déplorait Benoît XVI, de la promotion totalitaire de « cultures d’inspiration étrangères à la culture européenne » et de la « culture rupture » (style Vagin de la reine à Versailles) nous sommes sommés d’exprimer le même enthousiasme devant les tableaux de sable aborigènes ou le Plug anal ayant souillé la place Vendôme  que devant l’Hermès de Praxitèle ou le plafond de la Sixtine et, aux enchères, les gribouillages glauques du tagueur haïtien (et camé) Basquiat battent les toiles de Monet.

A l’origine de ce relativisme dont nous crevons intellectuellement et esthétiquement, explique notre ami s’appuyant sur Volkoff :« la méthode subversive de la déconstruction », consistant à « tout décoller, dénouer, défaire, déverrouiller » afin de « scier systématiquement l’ordre existant » alors que, hélas, « aucune loi occidentale n’interdit de démantibuler la société où l’on vit ». Ni de pratiquer le plus éhonté négationnisme historique — selon les normes de la saison.

Ecrit donc avant la décision élyséenne de renoncer à la solennelle commémoration de la victoire de 1918 au profit d’une « itinérance mémorielle » (et surtout électoraliste) dans les départements où se déroula la Grande Guerre, Européen d’abord déplorait ainsi cette « démarche étrange […] entre occultation et déformation ». Certes, la « der des der » fut une atroce guerre civile, un holocauste dont l’Europe ne s’est jamais remise tant furent lourdes les pertes humaines et terribles les conséquences en raison des traités scélérats imposés aux vaincus (« Hitler, né à Versailles ») mais est-ce une raison pour taire l’héroïsme des Poilus et leur esprit de sacrifice alors qu’ils croyaient en danger la terre ancestrale ? Or, tout se passe depuis deux ou trois décennies comme si les seuls combattants dignes d’estime étaient les mutins de 1917 et, bien sûr, les troupes africaines. Une interprétation vicieuse alors que sont passées sous silence les véritables et très peu glorieuses Causes de la Grande Guerre établies par les historiens britanniques Gerry Docherty et Jim MacGregor dans un livre, appelé à faire date, que nous présentait ici même Eric Delcroix le 1er octobre**.

Loin d’être critiqués, les artisans du « dépoussiérage »d’une série d’institutions telles« l’école, la justice, la culture, la famille » sont portés aux nues. Y compris par des medias dits de droite dont, il est vrai, 90 % des journalistes, rédacteurs en chef et directeurs inclus, portent à gauche ***. Ainsi, « tout se passe comme si nous assistions, ou plutôt que nous participions, au plus grand des assassinats : l’interruption volontaire de civilisation (IVC) ». Un assassinat dont les femmes, au statut si envié sur notre continent depuis les matrones romaines et les amazones celtes (Boadicée, « grande, terrible à voir et dotée d’une voix puissante. Elle inspirait la terreur à ceux qui l’apercevaient » selon l’historien grec Dion Cassius)ou germaniques (voir le chapitre 9), seront — sont déjà — les principales victimes malgré la parité d’apparence dont se rengorge Emmanuel Macron avec la promesse de taxer les productions théâtrales ou les films où les dames metteurs en scène ne seraient pas suffisamment représentées. Comme si Leni Riefenstahl avait attendu le huitième président de la Vème République, elle qui, à  fut choisie toute jeune encore (32 ans), parmi une centaine de ses homologues allemands, pour réaliser Le Triomphe de la volonté puisLes Dieux du stade !

Si Jean-Yves Le Gallou montre combien « l’extension du domaine de la culpabilité » (pour l’esclavage, la colonisation, les « années noires », la torture en Algérie, l’islamophobie prétendument inhérente à l’histoire européenne depuis les Croisades alors que l’islam était l’envahisseur) est partie intégrante de l’interruption volontaire de civilisation, il montre aussi et surtout que cette dernière n’est pas inéluctable.

Priorité : « le grand ressourcement » 

D’abord réservés, semblait-il, à notre mouvance, les livres de Dominique Venner, de Guy Rachet, de Sylvain Gougenheim, de Philippe Muray, de Richard Millet ou de Renaud Camus ont fait leur chemin et obligé les intellectuels honnêtes à réfléchir. Si un Zemmour connaît aujourd’hui le succès (légitime) que l’on sait, n’est-ce pas parce que, peut-être même « à l’insu de son plein gré », il a été inspiré par ces précurseurs ? Preuve qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir du premier coup pour persévérer.

Convaincu que tout n’est pas perdu, Jean-Yves Le Gallou lance des pistes très concrètes que les éducateurs et d’abord les parents « conscients et organisés », comme on disait jadis au Parti (communiste) peuvent suivre :

Oprésenter aux jeunes un « récit civilisationnel » et même militaire enthousiasmant (Dans son livre Tarek, une chance pour la France****, Jean-François Chemain racontait comment il calmait ses élèves d’un collège pourri de banlieue en leur projetant, « au mépris des programmes »,des extraits de films sur les batailles napoléoniennes ou un film canadien sur l’épopée de Jeanne d’Arc) ;

O chercher, loin des plages caraïbes ou des barnums Disney, un « grand ressourcement », de Stonehenge à Sounion en passant par Chartres ou Nice, cette ville si profondément européenne depuis sa fondation par les Grecs, où les palazzi piémontais font bon ménage avec l’architecture haussmannienne et les parcs à l’anglaise ;

Oredonner justement « équilibre et harmonie à l’espace européen » si souvent défiguré par les affreuses entrées de ville et les immondes bâtiments administratifs édifiés ces derniers lustres, tel le siège du Conseil général de l’Yonne souillant le vieil Auxerre.

En somme, revenir « de la décivilisation à la recivilisation »  car du laid naissent le mal-être et bientôt la haine alors  que des cadres harmonieux comme ceux que l’Europe offrit si longtemps à ses peuples apaisent les âmes et les esprits et rendent heureux.

Indispensable manuel de survie

On dira que c’est faire un grand crédit à la culture que d’y voir le ferment de notre résurrection. Mais n’est-ce pas à Dante, à Pétrarque et à Fra Angelico que, morcelée et divisée entre papistes et Impériaux, l’Italie, berceau de la Renaissance, dut de redevenir le centre du monde, pour la seconde fois en deux millénaires ?  Une partie de la déliquescence du « vieux continent », son pessimisme et sa démographie en berne, ceci expliquant cela, ne s’expliquent-ils pas par le « gavage idéologique » (non, « Zeus et Achille n‘étaient pas noirs, le roi Arthur n’était pas un migrant européen » !) et la hideur de l’environnement qu’on lui impose ?

Évoquant notre histoire commune, Jean-Yves Le Gallou rappelle que deux conflits l’ont structurée « depuis l’origine: le conflit entre l’Orient et l’Occident et le conflit entre l’Europe et l’islam. Ce second est devenu majeur depuis que les musulmans ont repris leur marche vers l’Ouest et le Nord ». Si bien que la résistance se joue « à nos frontières et à l’intérieur de celles-ci ». Que l’Europe, échappant aux mauvais bergers, retrouve enfin sa fierté d’une civilisation multimillénaire et sans égale dans le monde par son inventivité, son dynamisme mais aussi son humanité — car, si elle connut d’innombrables conflits, elle fut aussi le seul continent où, grâce à l’Eglise, fut instituée la Trêve de Dieu détrônée à une époque récente par la guerre à outrance instaurée par les Etats-Unis pendant leur Civil War —, et elle sera prête pour le réarmement moral. Qui, seul, lui permettra de faire face avec succès à la « tsunamigration » (cf. Bernard Antony), péril ô combien plus réel que la « lèpre nationaliste » dont Emmanuel Macron nous tympanise.

Dans la lutte finale à venir, Européen d’abord est un excellent et roboratif manuel de survie.

Camille Galic
24/11/2018

* Européen d’abord, par Jean-Yves Le Gallou, 182 pages avec bibliographie, éd. Via Romana, octobre 2018.

** https://www.polemia.com/origines-secretes-premiere-guerre-mondiale/

*** Voir Les Médias en servitude, par Claude Lorne (éd. Polémia, 2011), 86 pages, 10 € et La Tyrannie médiatique, par Jean-Yves Le Gallou. Éditions Via Romana (février 2013). 380 pages, 23 €.

**** J.-F. Chemain y écrit notamment :« Quelle autorité veut-on avoir sur des jeunes qui ont leur vie à construire, et des rêves plein la tête, et à qui on est payé pour expliquer qu’ils vivent dans un pays d’anciens esclavagistes, colonialistes et collabos, et d’actuels racistes, qui a tant contribué à polluer la planète que la catastrophe écologiste est imminente, et qui n’est plus qu’une goutte d’eau dans l’océan de la mondialisation ? »Voir https://www.polemia.com/tarek-une-chance-pour-la-france-par-jean-francois-chemain/

 Source : Correspondance Polémia

Camille Galic

Camille Galic

Diplômée des Langues orientales, directeur de l’hebdomadaire Rivarol de 1983 à 2010, Camille Galic a aussi collaboré à des publications comme Le Spectacle du monde et Le Crapouillot. Sous son pseudonyme Claude Lorne, elle a rédigé en 2012 Les Médias en servitude pour la Fondation Polémia, dont elle est une contributrice régulière depuis 2011. Chroniqueuse au quotidien Présent, elle a publié en 2013 un Agatha Christie (éd. Pardès, coll. « Qui suis-je ? »).
Camille Galic

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