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Ordre Nouveau : retour sur une épopée militante

Des retrouvailles avec Ordre Nouveau

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Par Françoise Monestier, journaliste pour Présent ♦ « Cinquante ans déjà, coucou nous revoilà ! » peuvent dire, non sans une certaine fierté tous ceux (mâles ou femelles) qui ont accepté de faire quelques confidences à Jacques Mayadoux et André Chanclu, chevilles ouvrières d’un livre de témoignages sur Ordre Nouveau (1) . Un ouvrage  visiblement très attendu par tous ceux qui, depuis des lustres, passent leur temps à désosser soigneusement les dits et les non-dits de la mouvance nationale puisque Jean-Yves Camus (président de l’observatoire des radicalités à la Fondation Jean Jaurès) n’a pas attendu la publication du nouveau bouquin pour se fendre dans Charlie-Hebdo d’un papier annonçant la prochaine sortie de l’opus. Voici maintenant près de cinq ans, Camus, également chargé de mission à la Mairie  de Paris, s’était fendu d’une préface à un ouvrage consacré à Ordre Nouveau (2) qu’il  définissait comme la « véritable colonne vertébrale, idéologique et militante d’un FN dont Jean-Marie Le Pen n’était initialement que le président coopté ».


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Une naissance opportune

Quand Ordre Nouveau voit le jour en 1969, le mouvement national se remet mal de la perte de son Empire français et surtout de l’Algérie. La pseudo-amnistie gaulliste a laissé les chairs à vif, Pompidou hérite d’un pays déjà gangrené par l’extrême-gauche qui a élu domicile — vieilles complicités résistantialistes aidant — dans l’enseignement et plus particulièrement dans l’Université, Nanterre et la Sorbonne étant les fleurons de cette occupation et de cette gangrène. La faculté de Droit d’Assas devient ainsi le refuge de ceux qui ne veulent ni du régime gaulliste, ni du trotskisme qui faisait son trou un peu partout dans le pays. Très vite, les anciens d’Occident, qui digéraient fort mal d’avoir été virés du pavé parisien par les hordes aux ordres des Bensaïd et autres Krivine, créent le Groupe Union Droit et remportent des succès syndicaux. Mais ce n’est pas suffisant. Les premiers succès des camarades italiens du MSI donnent un sérieux coup de fouet à la volonté de certains – dont Alain Robert, François Brigneau, François Duprat ou Jack Marchal — de créer une nouvelle structure qui ferait, comme l’écrit Jack Marchal, la « synthèse entre l’espérance révolutionnaire de la jeunesse et la volonté d’ordre et de solidarité de la nation ». Ainsi que le dira François Brigneau, lors de la réunion du Palais des Sports le 9 mars 1971 (violemment attaquée par les gauchistes) : « Il faut faire un parti révolutionnaire. Blanc comme notre race, rouge comme notre sang et vert comme notre espérance. »

La force militante

Très rapidement, une structure militante se met en place, allant de l’ancien professeur blanchi sous le harnois Hilaire Chollet, véritable mascotte du mouvement avec ses soixante-quinze ans au compteur, aux benjamins Guillaume d’Aram de Valada ou Jean-François Santacroce. Tous les milieux sociaux se retrouvent, se découvrent et se réunissent dans un bar de la rue des Lombards fréquenté par des dames de petite vertu qui pouvaient — pour certaines d’entre elles — avoir lu Brasillach, mettre la main à la poche pour aider une trésorerie bien maigre ou panser des camarades blessés par des gauchards enférocés.

Les différents témoignages recueillis par Chanclu et Mayadoux montrent combien, sans soldat politique (syndical ou associatif), tout mouvement est voué à sa perte. Et ce ne sont pas les subsides divers et variés ou la volonté de tel ou tel responsable politique de promouvoir des courtisans ou de faire confiance à tel ou tel gourou qui changera la donne. Comme le rappelle Véronique Péan, elle a appris le militantisme rue des Lombards : « C’est au cours de ces trois années de présence et d’activisme à ON que j’ai fait mes classes : aménager et tenir une permanence, organiser des réunions, tenir tête aux adversaires, affronter ma peur sur les marchés ou dans des salles de meeting assiégées par des centaines de gauchistes enragés. »

« Roman d’apprentissage » pour Pascal Gauchon qui adhéra au mouvement trois jours après avoir été reçu à Normale Sup, Ordre Nouveau fit également passer nombre de militants et de militantes de l’adolescence à l’âge adulte.

Ordre Nouveau : retour sur une épopée militante

Un nouveau style

Alain Robert, jusqu’alors taiseux sur ses engagements de jeunesse, le confesse : Ordre Nouveau, grâce à Jack Marchal et Catherine Barnay, fit preuve d’inventivité dans son graphisme, la fonte spécifique des lettres de ses affiches et de ses tracts et, bien sûr, ses bandes dessinées avec les truculentes aventures des « Rats noirs » qui triomphaient toujours de l’adversaire gauchiste. Il faut également évoquer le rôle joué par les militantes qui – comme le rappelle Catherine « se sont trouvées récompensées par des responsabilités équivalentes à celles des garçons ». Chose relativement rare à l’époque dans nos milieux.

Dès le mois de juin 1971, les responsables du mouvement lancent le mensuel Pour un ordre nouveau qui publiera une vingtaine de numéros – dont un spécial appelant à la constitution du Front national —, la plupart d’entre eux dénonçant l’immigration sauvage avec notamment, en mars 1973, un entretien avec Jean Raspail qui venait de publier Le camp des Saints.

L’ami Eric Delcroix rappelle que Jack Marchal fut poursuivi sous le visa de la loi Pleven du 1er juillet 1972, pour un article paru dans le numéro 20 de juin 1973 et dans lequel il fustigeait « l’antiracisme, cette gangrène de l’esprit ». C’en était trop pour le MRAP qui prit l’initiative des poursuites mais perdit en première instance avant d’obtenir le 16 juin 1974 infirmation du premier jugement et des dommages et intérêts contre Marchal.

La formation idéologique était au programme, qu’il s’agisse des Lundis nationalistes ou des séances du jeudi au cours desquelles François Duprat, Philippe Conrad et bien d’autres enseignaient la bonne parole. N’oublions pas enfin les actions coups de poing organisées lors de la venue de Brejnev à Paris en 1971 ou une manifestation  « A bas les voleurs » contre Chaban-Delmas au cours de l’hiver 1971.

Naissance du Front national

Très rapidement, Alain Robert, François Brigneau et François Duprat sont conscients qu’il faut changer de braquet et abandonner l’activisme radical. Dès juin 1972, au cours du deuxième congrès d’Ordre Nouveau, est lancée l’idée de la création d’un « Front national pour une véritable alternative au régime ».

Ses dirigeants pensent en effet « que la popularisation des luttes de contestation sociale doit être l’une des tâches essentielles d’un mouvement nationaliste digne de ce nom ». Jean-Marie Le Pen est approché et l’affaire conclue en octobre 1972. On connaît la suite et, entre les deux mouvements, les divergences de vue, qui iront jusqu’au divorce d’octobre 1973 lors d’une réunion à l’hôtel Moderne.

Entre-temps, Ordre Nouveau avait payé son courage pour avoir constamment dénoncé l’immigration sauvage et avoir fait de cette question primordiale le thème central de ses préoccupations. Après le meeting du 21 juin 1973 sur le thème « Halte à l’immigration sauvage » et les violences provoquées par les bandes de Krivine qui avaient mis à feu et à sang une bonne partie du Quartier Latin, avant d’attaquer manu militari le local de la rue des Lombards, l’horrible Marcellin, ministre de l’Intérieur, faisait d’une pierre deux coups en prenant la décision de dissoudre la LCR et Ordre Nouveau. L’invasion migratoire avait désormais libre cours. « Je ne pensais pas que l’avenir me donnerait raison à ce point : sur l’immigration, le communisme, la délinquance. Comme j’aurais aimé avoir eu tort », écrit Catherine Barnay à la fin de témoignage. Et nous avec elle.

Françoise Monestier
16/09/2019

(1) Ordre Nouveau (1969-1973) raconté par ses militants – Témoignages et documents, Synthèse Editions, 263 p., 25 €. Disponible notamment à la Nouvelle Librairie, 11 rue de Médicis, 75006 Paris, 01.42.01.83.73, contact@lanouvellelibrairie.fr

(2) Aux racines du FN, l’histoire du mouvement Ordre Nouveau, par Nicolas Lebourg, Jonathan Preda et Joseph Beauregard, Fondation Jean Jaurès.

Source : Présent n°9437, août 2019

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