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L’OTAN s’engage pour le wokisme

L’OTAN s’engage pour le wokisme

par | 19 janvier 2023 | Géopolitique, Politique, Société

Par Johan Hardoy ♦ Jusqu’à présent, nous savions que la novlangue woke se diffusait dans nos contrées à partir des campus américains et de leurs relais dans les milieux associatifs, médiatiques et politiques. Un acteur à première vue inattendu s’investit également dans ce combat culturel, comme le révèle l’officiel « Manuel de l’OTAN sur le langage inclusif ». L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, créée dans le contexte de la Guerre froide en vue de mettre en place une alliance militaire à vocation défensive, s’implique donc expressément dans la subversion linguistique.

L’OTAN et le sexe des mots

Ce manuel sur le langage inclusif existe en versions anglaise et française, les deux langues officielles de l’organisation. Le document en français, qui comporte 44 pages et date de 2020, est signé par une Anglaise, Clare Hutchinson, ancienne comédienne et journaliste devenue Représentante spéciale du secrétaire général de l’OTAN pour les femmes, la paix et la sécurité.

Adressé à tous les personnels civils et militaires de l’organisation, son objectif affiché est d’amener ceux-ci à employer, dans le cadre de leur travail quotidien, un « langage inclusif », c’est-à-dire une expression orale et écrite « non discriminante » et exempte de « stéréotypes de genre ».

Selon le manuel, le genre fait référence aux caractéristiques sociales liées à la masculinité ou à la féminité acquises au travers de la socialisation, et à la manière dont la société/culture interprète ce qui est admissible pour les femmes et pour les hommes. Le fait que les hommes soient plus nombreux à exercer des responsabilités dans la sphère politique, dans le monde des affaires et dans le domaine militaire est attribué à l’existence de préjugés sexistes au moment du recrutement.

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Un combat culturel assumé

Clare Hutchinson pose d’emblée la question : « Pourquoi le langage inclusif est-il important ? », avant de répondre immédiatement :
« Le langage influence profondément notre manière de penser et détermine le contenu de notre pensée. Il ne sert pas simplement à exprimer la réalité, il contribue également à la structurer. »

« Le présent manuel a donc pour objet de présenter la communication intégrant le langage inclusif comme un moyen de faire progresser l’égalité des genres à l’OTAN. En agissant sur les préjugés souvent inconscients véhiculés dans le langage, nous pouvons analyser et remodeler notre conception de l’égalité entre les femmes et les hommes. »

Tout en soulignant « que la notion de genre ne renvoie pas uniquement aux femmes et qu’elle est distincte du sexe biologique », la rédactrice exhorte donc les personnels de l’OTAN à utiliser « un langage qui reflète notre vision du monde d’aujourd’hui, et qui contribue à façonner le monde de demain ».

Parlez-vous l’Otanien inclusif ?

L’anglais et le français possèdent des structures grammaticales différentes : « Au contraire de l’anglais, le français est une langue fortement marquée sur le plan du genre, que ce soit au niveau des articles (la/le), des pronoms (laquelle/lequel), des adjectifs possessifs ou démonstratifs (sa/son, celle/ celui) ou bien entendu des substantifs (directeur/directrice). »

Loin d’être rebutée par ces difficultés, la rédactrice britannique préconise les formulations en langue française désormais correctes au sein de l’organisation.

En voici quelques exemples plus ou moins savoureux [les commentaires entre crochets sont de notre cru] :

  • Éviter l’emploi du masculin générique (professeur, docteur, etc.) [Dans cette logique, mieux vaut éviter de dire « il pleut » ou « il fait beau » !].
  • Considérer que la masculinisation d’un titre n’est envisageable que dans les adresses directes (courriers), si la personne concernée en a expressément fait la demande [Il s’agit donc d’un privilège accordé aux femmes, qui peuvent choisir de se faire appeler « chef » ou « cheffe », par exemple].
  • « Les 30 000 femmes et hommes qui se battent en Afghanistan » est une formulation correcte, contrairement à « Les 30 000 hommes qui se battent en Afghanistan ». De même, il convient de dire ou d’écrire « Tous les soldats, femmes et hommes confondus, ont répondu par la négative à la question » [La règle du masculin qui l’emporte, qui équivaut implicitement à un genre neutre (sans égard au sexe) est donc réputée caduque].
  • « Le mandat des responsables de projet sera renouvelé automatiquement » est également correct, au contraire de « Le mandat des chargé(e)s de projet sera renouvelé automatiquement » [L’écriture inclusive elle-même est donc considérée comme porteuse de discrimination].
  • Pour les vacances de poste, il faut placer la forme féminine avant la forme masculine afin d’attirer davantage de candidates : « Elle/Il travaille sous la supervision de la/du chef de l’unité » [Des officiers français, en poste dans une instance internationale, massacreront-ils ainsi leur langue natale ?].
  • Si « ambassadeur » devient « ambassadrice », « sapeur-pompier » devient logiquement « sapeuse-pompière » [Qui a dit que les wokistes manquaient d’humour ?].
  • Ne pas dire « femme médecin » puisqu’on ne dit pas « homme médecin », mais « femme d’affaires » convient car il existe des « hommes d’affaires ».
  • Les mots « agent » et « officier » ne sont pas féminisés.
  • « Historiquement », en français, les grades au féminin se rapportent à l’épouse, comme « Madame la générale » qui désigne l’épouse du général, mais le modèle à suivre est « Article féminin + grade masculin + participe/adjectif féminin » : « La caporal Sarah Smith a été décorée ».
  • Lorsque l’on mentionne une personne transgenre, il est important de veiller à utiliser le titre de civilité et le pronom correspondant à son identité de genre [cela va sans dire…].
  • Afin d’évoluer vers une langue plus inclusive, le Secrétariat international de l’OTAN a décidé, de façon générale, de parler de « droits de la personne », plutôt que de « droits de l’homme », sauf si l’on parle d’organisation officielle, de document, etc.

Clare Hutchinson invite donc les personnels de l’OTAN à se poser les bonnes questions afin d’améliorer leur expression écrite et orale en vue d’une « plus grande inclusivité ». Sous l’intitulé « Saurez-vous repérer les éléments qui pourraient être plus inclusifs ? », elle leur propose même des exercices pratiques destinés à maîtriser la phraséologie convenable.

***

Après tout, mieux vaut sans doute que cet état-major militaire s’interroge sur le sexe des mots plutôt que de jouer au va-t-en-guerre, mais il reste difficile d’admettre qu’une instance internationale, où le français est l’une des deux langues officielles, massacre ainsi impunément la langue de Molière pour la transformer en simple moyen de communication !
Il ne tient qu’à nous de défendre la beauté et la richesse du français, comme savent si bien le faire, de longue date, nos cousins québécois confrontés à l’impérialisme linguistique anglo-saxon.

Johan Hardoy
19/01/2023

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