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Emmanuel Macron, Joe Biden : les présidents confus

Emmanuel Macron, Joe Biden : les présidents confus

Certes, Emmanuel Macron et Joe Biden n’ont pas le même âge et ne souffrent pas des mêmes types de confusions. Mais leur capacité à exercer avec lucidité le pouvoir suprême du pays qu’ils dirigent peut être questionnée de la même manière.

Joe Biden, inquiétant président

Joe Biden croit que François Mitterrand est toujours président de l’Allemagne ou de la France (heureusement qu’Eisenhower, lui, faisait la différence) et que le maréchal Sissi est président du Mexique. Quand on voit sa démarche, on peut estimer que ces petites confusions mentales, plus amusantes que graves, recouvrent cependant un état général d’une extrême fragilité liée à l’âge. Il fait son âge et même bien plus contrairement à son rival Trump. On a peur de Poutine mais en fait on devrait plus s’inquiéter peut-être de Biden.

Le doute sur les capacités du président sortant s’est même insinué dans nos médias, c’est dire. Aux États-Unis, on en est tout de même à estimer que le président Biden ne pourrait être poursuivi comme un vulgaire Trump en raison de son état de « mémoire défaillante ». Pas de poursuites judiciaires, donc, pour le président Joe Biden, après la découverte de documents classés confidentiels à son domicile. Dans un rapport de 350 pages, écrit le Washington Post, le procureur spécial, Robert Hur, chargé de l’enquête, a motivé cette décision par la « mémoire défaillante » du président américain, qui lui aurait porté préjudice devant un jury. Ce à quoi l’intéressé a répondu lors d’une conférence de presse : « Ma mémoire va bien, je vous remercie », sur un ton assez virulent. Mais en période préélectorale, une telle information sur la santé du président-candidat est du pain béni pour ses adversaires, explique le New York Times. Cette « raison légale de ne pas être poursuivi en justice devient un cauchemar politique », selon le quotidien. « S’il est trop vieux et jugé incapable d’être poursuivi en justice pour raisons de santé, comment pourrait-il mener un second mandat à la tête des États-Unis ? », s’interroge le journal conservateur, National Review.

Emmanuel Macron et Gabriel Attal, confusion maximale

Notre jeune président Macron a, lui, l’âge de ses artères. Mais la confusion n’est pas toujours liée à l’âge et au mélange des noms propres. Le parachèvement du gouvernement Attal a été sur un plan général une immense déception pour ceux qui en attendaient trop. Beaucoup de bruit pour rien, résume la presse française au sujet du remaniement ministériel. Ce n’est pas tout à fait exact.

Le psychodrame Bayrou laissera des traces car l’homme est rancunier. Il a été maltraité et humilié par celui qu’il a fait roi, selon son écriture de l’histoire. Un épisode oublié par Macron dont la mémoire est sinon défaillante, au moins sélective. François Bayrou était ainsi pressenti à l’Éducation nationale avant de refuser et laisser le poste à Nicole Belloubet. Et, là, on se heurte à la confusion, marqueur d’Emmanuel Macron.

Belloubet est une sorte de Pap Ndiaye au féminin, et pour certains en pire. C’est l’anti-Blanquer et même l’anti-Attal qui voulait garder la main sur l’école dans une stratégie de retour de l’autorité. Belloubet, c’est l’image du calamiteux pédagogisme syndical qui a fabriqué « l’école des crétins », qui sont devenus les profs d’aujourd’hui pour un certain nombre d’entre eux.
Avec elle, la droite a trouvé une nouvelle cible. En cause, sa politique comme garde des Sceaux, entre 2017 et 2020, qu’elle juge trop laxiste, ainsi que ses propos polémiques sur la jeune Mila début 2020, ressortis à l’occasion. Sur Europe 1, Nicole Belloubet avait nettement pris ses distances avec la jeune femme, affirmant, à rebours de la fermeté affichée d’une partie du gouvernement, que « l’insulte à la religion, c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c’est grave ».
Le chef de file des sénateurs LR au Sénat, Bruno Retailleau, a ainsi décrié « l’une des ministres de la Justice les plus laxistes de la Ve République, le retour de l’autorité à l’école n’est pas pour demain… ».
Pour le président du RN Jordan Bardella, l’arrivée de Nicole Belloubet rue de Grenelle « est un signal désastreux, au moment où l’École aurait besoin d’un sursaut pour être sauvée ». Signe, selon l’eurodéputé nationaliste, d’une « macronie en bout de course ».
La députée RN du Var Laure Lavalette s’interroge : « On se demandait comment ils feraient pour trouver pire ministre de l’Éducation nationale qu’Amélie Oudéa-Castera. Incroyable mais vrai : une ex-socialiste qui se moque de l’autorité, abandonne Mila et profite du Covid pour vider les prisons. »

Il est vrai que Mme Belloubet s’était un temps demandé s’il ne fallait pas supprimer le ministère de l’Éducation nationale pour en laisser sans doute la gestion sans contrôle à ses chers syndicats. Supprimer le ministère, c’était peut-être la solution du cas Amélie Oudéa-Castera. Celle-ci reste au gouvernement, Macron s’est entêté, mais descend une marche du podium – quel signal – pour s’occuper seulement des Jeux olympiques. Elle devra gérer non seulement la présence russe, mais, semble-t-il aussi la présence israélienne. Bon courage !

Ce gouvernement poussif et tardif est totalement contraire à l’effet Attal qui a déjà fait pschitt. C’est dû au confusionnisme – qui est loin du confucianisme – du président. La confusion, c’est finalement l’enfant illégitime du « en même temps » macronien ! Mais, comme dirait Biden dans ce cas, le temps ne fait rien à l’affaire. Quand on est confus, on est confus.

Pierre Boisguilbert
12/02/2024

Crédit photo : NATO [CC BY-NC-ND 2.0]

Pierre Boisguilbert

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