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Covid-19. « Être en bonne santé, quitte à ne plus vivre ? »

Covid-19. « Être en bonne santé, quitte à ne plus vivre ? »

par | 26 février 2021 | Politique, Société

Par Laurence Maugest, essayiste ♦ Nous sommes assaillis par ce slogan martelé : « Prenez soin de vous ! » Il a fait exploser le « hit-parade » des formules à la mode, il remplace le « au revoir » (bientôt le « bonjour »), et le « merci d’avoir patienté » des plates-formes téléphoniques, il conclut les courriers, décore les vitrines et les couloirs du métro. Mais, que représente l’explosion de ce véritable tic verbal ?

 

Plus qu’une simple expression, une marque de l’Occident actuel

Cette invitation à cet « auto-soin » permanent apparaît comme le paroxysme de l’individualisme qui monte en puissance depuis le xviie siècle pour venir nous caricaturer au xxie.

Au Moyen Âge, l’expression « prendre soin de soi » était certainement intraduisible, incompréhensible. Prendre soin de son âme eût été plus reconnaissable d’emblée. Le corps temporel d’une personne pouvait être sacrifié si cela servait la vie éternelle de son âme. Cette vision nous paraît, maintenant, anachroniquement monstrueuse. Ceci, depuis que le « table rase » des auteurs du passé statufié par les scientistes des Lumières a envoyé la notion d’âme dans les limbes.

L’individu est devenu un être exclusivement fait de matière, débarrassé de son âme et bientôt de son histoire. Ceci par le double jeu du nouvel homme révolutionnaire « auto-construit » et des approches psychanalytiques les plus médiatisées qui font de l’histoire familiale la réserve de tous les maux dont il faut se débarrasser.

Ce « nouvel homme » a façonné son univers en fonction de ses aspirations pragmatiques et égoïstes. Il s’est bardé de droits et défend, au premier chef, ses exigences de confort et de bien-être.

Il n’y a rien d’étonnant qu’un tel homme prenne soin de lui. Nous ne sommes pas plus surpris de voir notre société ouatée inviter ceux qui la composent à une telle protection.

Mais, l’incitation à l’autoprotection abusive de son prochain est-elle vraiment la protection de celui-ci ?

Prendre soin des autres, de quoi parlons-nous ?

En premier lieu, le leitmotiv de cette expression est suspect. Sa répétition excessive évoque davantage un effet de mode qu’une philanthropie subite qui viendrait là s’imposer comme une génération spontanée dans notre société, identifiée depuis longtemps comme pleinement individualiste.

C’est essentiellement dans la façon dont est imposé « le prendre soin des autres », selon la locution gouvernementale, que reviennent en mémoire les gesticulations linguistiques révolutionnaires qui, depuis 1789, nous ont habitués aux inversions de sens et de valeurs. En effet, nous constatons que les mesures sanitaires récentes n’ont pas été vraiment prises dans le sens de cette prise de soin des gens, bien au contraire.

Prenons-nous soin des jeunes ?

Les jeunes femmes enceintes actuellement sont dans l’obligation de porter le masque lors de leurs accouchements.

Ce qui signifie que leurs petits auront comme première perception de leurs parents, car le papa est concerné aussi, un visage dissimulé, une absence de sourire, une humanité rognée.

Il en va de même pour les plus grands qui vaquent dans un bal masqué permanent où l’ambiance est imprégnée de méfiance systématique de l’autre et d’une certaine nervosité aussi inévitable que quotidienne. Tout cela est loin du bienveillant « prenez soin de vous ».

Est-ce la peine d’évoquer les difficultés dans l’apprentissage de la parole, et dans l’expression des sentiments que ces jeunes vont inévitablement rencontrer ?

Prenons-nous soin des personnes âgées ?

« La protection » des plus vieux d’entre nous est particulièrement médiatisée. Nous arrivons là au summum de l’hypocrisie et des dénégations habituelles de notre époque. Comme dans un autre domaine, où le « vivre ensemble » masque (de plus en plus difficilement, il est vrai) l’horreur dans les quartiers, le « prendre soin » des anciens dissimule, en fait, une véritable maltraitance à l’endroit de nos aînés. Ils furent isolés dans leurs chambres en EHPAD, privés de leurs proches. Combien sont morts seuls ? Combien de morts furent accélérées ? (*)

De nombreux exemples démontrant notre perte d’humanité pourraient être déclinés, des solitudes imposées aux dégâts affectifs et cette peur greffée dans nos cervelles par l’envahissement des messages anxiogènes source de problèmes psychologiques en tout genre.

Pour sauver la santé, sacrifions la vie !

Il faut garder en mémoire que ce virus n’est pas la peste et que le niveau coercitif des mesures mises en place ne peut pas s’expliquer par la dangerosité de cette épidémie. C’est véritablement une question de proportion entre ces mesures et les risques encourus.

En dehors des intérêts politiques évidents d’asservir les foules et d’insister sur la dimension planétaire de ce combat, échelle chère à la superclasse qui défend la gouvernance mondiale, les mesures prises face au coronavirus témoignent aussi de la prégnance du « tout contrôle » hyper-matérialiste qui tend à figer nos sociétés.

Ces choix répressifs sont, en définitive, une suite logique pour l’homme des Lumières, sans Dieu ni transcendance. Au cours des siècles suivants, se croyant libéré de tout déterminisme, l’homme s’est projeté dans un avenir où il serait un démiurge scientiste prêt à « s’augmenter » et à devenir immortel, à prendre la main définitivement sur lui-même.

Ce virus, certes, a quelque peu ridiculisé les velléités de toute-puissance de l’homme moderne. Néanmoins, ses réponses à la pandémie sont restées fort marquées par le pragmatisme scientiste qui le tient et le limite.

C’est bien la santé qui est mise en avant au détriment de la vie elle-même, bouleversée et bridée depuis ces derniers mois. Il va de soi que privilégier la notion de santé facilite l’approche exclusivement scientifique de l’existence. Cela, surtout, lorsque l’on considère que l’homme en bonne santé est celui qui n’a pas de maladie. Cette définition réductrice de la santé qui mène les kyrielles de mesures actuelles montre combien notre vision de l’homme est étriquée.

Il faut noter aussi que ce premier réflexe de confinement qui fut si peu utilisé dans le passé est le symbole éloquent d’une peur irrépressible face à ce que l’on ne peut pas dominer.

Il est curieux de constater que l’épidémie a restreint encore davantage la définition stricte de la santé. En effet, nous avons presque l’impression, aujourd’hui, que l’homme en bonne santé est celui qui n’a pas le coronavirus. C’est pourquoi, la cause de la mort d’une personne souffrant d’une pathologie grave et testée positive sera attribuée, sans ambages, au virus.

Parallèlement à la définition de « la santé », ce sont aussi et surtout les causes de la mort que l’on cherche à circonscrire. Assurément, on ne meurt plus de vieillesse, de ce vilain processus qui échappe à la maîtrise de l’homme par nature, mais d’une cause identifiable et parfaitement quantifiable. Le chiffre ! L’outil idéal dans la recherche et la revendication de contrôle. Dieu sait que nous sommes abreuvés, gavés de chiffres, de courbes et de tableaux de toutes les couleurs dans l’ère de la « corona-folie ». C’est encore une façon de réduire l’idée immense et incompréhensible de la mort que de la dérouler ainsi en diagramme.

Cacher cette mort que je ne saurais voir

L’occultation de la mort a sans doute facilité ce réflexe d’isolement et de confinement, ces enterrements à la hâte, anonymes, sans le dernier baiser des proches. L’occultation et la circonscription de la mort ne sont-elles pas les symptômes mais aussi les causes de l’immaturité de nos sociétés occidentales ?

Effectivement, cette mise en équation de la mort montre combien nous nous sommes écartés de la vision cosmique et religieuse du monde. Cette recherche de maîtrise, ce rejet du risque, inhérent à la vie ne nous exposent-ils pas à la perte de notre humanité ?

Cette approche rationnelle de la mort impose inévitablement une vision tout aussi pragmatique et bornée de la vie.

Plus généralement, un tel contexte qui se veut « sous contrôle et sans mystère », imprégné de recherche de pouvoir sur la vie et la mort, n’explique-t-il pas la progression des droits à l’avortement et à l’euthanasie ? N’est-ce pas ce sentiment de puissance sur la vie et la mort qui ouvre la porte aux projets eugéniques les plus fous ? Avec ces mesures sociétales bien connues, les réponses face au coronavirus signent une victoire de l’homme « insensé », forgé par le matérialisme, qui en cherchant à délimiter l’insondable question de la mort perd le sens de la vie.

Laurence Maugest
26/02/2021

 

(*) « Couvre-feu, passeport vaccinal : où sont nos libertés ? », TVL, « Le Samedi politique », avec Fabrice di Vizio.

Laurence Maugest

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