Articles

Benalla, immigration... Emmanuel Macron, le président des Autres

Benalla, immigration… Emmanuel Macron, le président des Autres

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples ♦ Si l’on en croit les sondages, l’affaire Benalla marque un tournant dans la dégradation de l’image présidentielle dans l’opinion : Emmanuel Macron rejoint désormais ses prédécesseurs avec environ seulement un Français sur trois lui faisant encore confiance, un an après son élection.
On le percevait déjà comme le président des riches . Avec l’affaire Benalla, qui s’ajoute au choix provocateur des « musiciens » retenus pour la fête de la musique à l’Elysée, on le perçoit au surplus désormais comme le président des Autres.


Le côté obscur de la macronie

AlexandreBenalla a servi de détonateur imprévu au désamour français, en révélant le côté obscur de la macronie. Elle a montré en effet qu’un simple garde du corps d’origine marocaine avait bénéficié de la préférence et de la protection présidentielles dans des conditions incompréhensibles.
Et que, devenu le favori du Prince, il se croyait tout permis et se voyait confié au surplus la responsabilité de refonder la sécurité présidentielle dans des conditions étranges. A l’évidence Emmanuel Macron avait plus confiance en lui que dans la Police et dans la Gendarmerie de son pays. Sans doute pas assez « diverse » à ses yeux [1] ?

Un statut hors norme de plus en plus insupportable aux dits services, qui ne sont sans doute pas pour cette raison, étrangers aux fuites ayant révélé l’affaire.

La vérité si je mens !

L’affaire a frappé durement l’étoile déjà déclinante d’Emmanuel Macron, tant à l’étranger qu’en France.

D’abord du fait de la succession de révélations auxquelles ont donné lieu des auditions parlementaires et qui ont montré que, dans cette affaire, tout le monde se contredisait : l’Elysée, Alexandre Benalla, les ministres mais aussi les services de l’Etat. A l’évidence pour cacher la vérité.

Le défilé, devant les commissions parlementaires, de hauts fonctionnaires qui n’avaient rien vu ni rien entendu et qui ne pouvaient rien dire, était proprement ridicule et donnait une bien piètre image de ces serviteurs de l’Etat. Sans même évoquer le revirement, incroyable de légèreté, de Monsieur Gibelin, le directeur de l’ordre public et de la circulation auprès de la préfecture de police, se dédisant par écrit de sa déclaration sous serment de la veille ! Aux Etats-Unis, il se serait retrouvé en prison. En macronie, il sera sans doute décoré pour son geste.

Il faut sauver le soldat Benalla

Mais l’image présidentielle a aussi été atteinte du fait de l’ampleur des moyens mis en œuvre par l’Elysée pour tenter de disculper Alexandre Benalla lui-même.

Ainsi, on a notamment offert à l’intéressé de prestigieuses tribunes [2] dans les médias pour essayer de se disculper, y compris un passage au journal télévisé de 20 heures sur TF1. C’était sans doute la première fois qu’une personne à l’encontre de laquelle une information judiciaire était ouverte, bénéficiait d’une telle prérogative ! Pendant que les membres LREM de la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale sabordaient consciencieusement ses travaux.

On recommandera aussi la lecture du Parisien du 22 aout denier, relatant les conditions rocambolesques dans lesquelles la police a été… incapable de perquisitionner l’appartement de Benalla, d’accéder à son armoire forte ou de localiser sa compagne. Essayez donc de répondre à la police qui veut entrer chez vous que « vous n’avez pas les clefs » !  Mais à l’évidence Alexandre Benalla n’est pas n’importe qui en macronie.

Sans oublier l’attitude de défi adoptée par le président lui-même dans cette affaire : « Qu’ils viennent me chercher » [3] ! Un président de la république qui parle comme une racaille de banlieue, mettant au défi « les keufs », ce n’est vraiment pas rassurant.

Une telle débauche de moyens au service de ce qui est censé n’être qu’une banale affaire de violence lors d’une manifestation, pose évidemment question. Quels secrets Alexandre Benalla emporte-t-il donc avec lui ? Et s’il n’en a pas, alors pourquoi un tel soutien officiel ?

Benalla, le symbole d’une présidence

Emmanuel Macron ne ressort pas indemne de ce feuilleton estival.

Car Alexandre Benalla a été filmé en train de violenter des manifestants. Donc des Français qui n’étaient pas d’accord avec les réformes d’Emmanuel Macron. C’est ce qui a déclenché l’affaire dans les médias mais aussi dans l’opinion. Car ce geste d’un favori du président en dit long sur la présidence elle-même.

Le mantra présidentiel consistant à rejeter avec arrogance ce qu’il appelle le monde d’avant trahit en réalité sa phobie de l’identité et de l’exception françaises. Sa vision de la France reste pour cette raison purement idéologique et non pas historique et encore moins identitaire : comme tous les oligarques il réduit la France aux droits de l’homme (en oubliant ceux du citoyen) et à la diversité.

Car, promu et soutenu par le Système, Emmanuel Macron a été élu pour changer la France, conformément aux souhaits de la Davocratie.

L’homme qui n’aimait pas les Français

Emmanuel Macron, pour cette raison, n’aime pas les Français… surtout s’ils contestent son action.

Pour lui, ceux qui le critiquent se rangent dans la catégorie des fainéants, des cyniques et bien sûr des extrêmes [4]. Bref dans la catégorie des gens de rien [5]. Les Français ont tort par principe sauf s’ils votent pour les candidats du Système. Et la France a tort par principe : tort pour la colonisation [6] ou tort pour la mauvaise intégration des immigrants [7].

Emmanuel Macron préfère en effet les winners – comme lui – et, surtout, il préfère les Autres pour la simple raison qu’ils sont autres.

Il préfère en particulier les anglo-saxons et les immigrants dont il ne cesse de répéter que la France n’en a pas « accueilli » assez [8]. Et il préfère bien sûr les Français issus de l’immigration et si possible de religion musulmane. Puisqu’il est établi que l’islam est parfaitement compatible avec les valeurs de la République [9].

L’affaire Benalla restera dans l’histoire de ce quinquennat, car elle a achevé de montrer qu’Emmanuel Macron était d’abord le Président des Autres, avant d’être celui des Français.

Michel Geoffroy
27/08/2018

[1] A Lyon le  5 février 2017, Emmanuel Macron a déclaré : « Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse ».
[2] Dans Le Monde et Le Journal Du Dimanche.
[3] Le 24 juillet 2018, à la Maison de l’Amérique Latine.
[4] « Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. » Macron à l’école française d’Athènes le 8 septembre 2017
[5] « Une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien. » Le figaro.fr du 3 juillet 2017
[6] « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime contre l’humanité », a affirmé Emmanuel Macron dans une interview accordée mardi 14 février 2017 à la chaîne privée algérienne Echourouk News.
[7] « La France a mal intégré ces trente dernières années. » Emmanuel Macron en Tunisie le 2 février 2018
[8] « La France, sur le sujet des réfugiés, n’a pas toujours pris sa part », a déclaré mercredi 12 juillet 2017 à Trieste Emmanuel Macron
[9] « Personne ne peut faire croire que l’islam n’est pas compatible avec la République », a déclaré Emmanuel Macron devant le Conseil français du culte musulman le 20 juin 2017

Source : Correspondance Polémia

 

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.

Événement le 2 octobre à Paris