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« Anahita et la vipère des sables » : conte philosophique et covidien d’André Archimbaud

« Anahita et la vipère des sables » : conte philosophique et covidien d’André Archimbaud

par | 25 février 2021 | Politique, Société

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples et La Nouvelle guerre des mondes ♦ De sa Belle Province[1], André Archimbaud nous adresse un nouveau conte philosophique : Anahita et la vipère des sables. Un conte dans la suite de son Combat pour l’hémisphère nord, paru en 2018. Mais il ne nous invite plus cette fois à naviguer sur le Nil, mais à vivre le confinement covidien en compagnie de son héroïne, Anahita, la jeune femme au regard de mystère, Québécoise d’origine grecque. Une bien agréable compagnie.
Car, comme l’écrit André Archimbaud dans son avant-propos, il s’agit d’un parcours initiatique qui a le confinement comme décor, pour percer son chemin à travers l’idéologie de l’absurdité du monde qui domine l’Occident depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le confinement est donc aussi une désintoxication.

 

Un voyage philosophique

L’essai se déroule comme une éphéméride, de mars à avril 2020, avec en toile de fond le Covid-19 et les mesures prises par les autorités canadiennes et québécoises. C’est le décor qui respecte presque les principes classiques d’unité de lieu et de temps.

Mais ce décor est aussi un prétexte, ou une opportunité, pour porter un regard synthétique et critique sur notre monde, une réflexion « où s’entremêlent sans ordre apparent histoire, mythologie, philosophie, géopolitique, psychanalyse, sociologie, psychologie, économie[3] ». Un voyage comme l’aurait aimé Raymond Abellio, dont se réclame justement André Archimbaud. Un voyage où, par conséquent, chaque mot compte, rempli d’allusions, d’entrelacs et de symboles à déchiffrer, comme autant d’inversions intensificatrices d’inversions… N’entreprend pas qui veut un voyage initiatique : il faut s’en montrer digne.

Anahita, l’héroïne du conte, subit le confinement comme beaucoup d’Occidentaux. Mais elle voit aussi le confinement comme une incitation à penser notre rapport au monde ou aux autres d’une façon différente. Tel est l’objet du voyage dans lequel Anahita nous emporte : « Inverser la polarité de la crise actuelle pour en faire une catharsis [car] quand on se contente de vivre, on ne voit que des nuisances ; quand on a la volonté de devenir, tout devient catharsis. »

Le confinement comme expression du déclin occidental

Le monde post-Covid ne sera plus comme avant, bêlent les commentateurs intéressés du Système. Rien n’est moins sûr si l’oligarchie continue sa domination.

Klaus Schwab, l’initiateur du Forum économique mondial, vient d’ailleurs de publier un livre à ce sujet : Covid-19 : la Grande Réinitialisation[4]. Car la super-classe mondiale, la Davocratie, a déjà saisi toutes les opportunités de l’épidémie pour avancer son agenda, comme elle dit : plus d’intelligence artificielle et de télétravail, moins d’emplois, moins de croissance et… plus de vaccins. « Il va falloir s’habituer à vivre mieux avec moins », nous expliquent déjà ces bonnes âmes mondialistes qui, elles, vivront avec toujours plus. Le monde post-Covid, si on suit ces oligarques, sera pire encore.

Anahita estime que cette crise révèle les faiblesses multidimensionnelles inhérentes à un monde occidental déraciné, déboussolé et qui a perdu son centre, son moyeu, son moteur immobile.

Elle révèle le poids excessif pris par les experts, les sachants, le secteur privé dans les affaires du monde occidental et pas seulement sanitaire. Ce qui apparaît, c’est « l’irruption du puritanisme dans les affaires techniques de notre monde[5] » : il faut guérir mais selon les normes décidées par les experts et les intérêts économiques qui sont derrière eux. Il faut « aplanir la courbe » des contaminations, mais plus pour protéger les réseaux de santé occidentaux débordés, que pour protéger la population.

La génération qui a failli

Malheureusement, « les experts appartiennent à la classe des gens de système et non pas de jungle[6] » et c’est pourquoi ils ne savent jamais gagner les vraies guerres.

Pour Anahita, la crise covidienne montre que les gouvernements « abandonnent le comment en le soumettant au contrôle des entités privées ou non gouvernementales, mais aussi souffrent bel et bien d’un déficit de pourquoi[7] », à cause du dépérissement de l’État politique.

Les institutions occidentales ont démontré dans cette crise qu’elles connaissaient un « sérieux problème de management[8] » et que la génération au pouvoir avait failli. Pourquoi en effet les gouvernements occidentaux ont-ils fait si vite le sacrifice de leur économie, sur la base de faits incomplets ? Pourquoi ont-ils ajouté à la pandémie virale une pandémie psychologique angoissante ? Qui aura le courage de la réouverture des économies le premier ?

Un nouvel interrègne

Confinée, Anahita n’est cependant pas seule : elle reste en relation avec ses amis de par le monde, ceux qui hier partagèrent avec elle, lors d’une croisière sur le Nil, une réflexion philosophique commune sur le destin de l’Occident, et avec qui elle dialogue constamment. Le voyage initiatique, bien qu’immobile, est aussi, pour cette raison, spatial et civilisationnel.

Sur le plan géopolitique, l’épidémie a donné en effet à penser que « la plupart des gouvernements occidentaux n’ont pas été à la hauteur, confrontés à la complexité de la tâche. Cependant que la Chine sort gagnante d’une épreuve dont elle fut en grande partie la cause[9] », lui explique son ami Lubomir. C’est pourquoi nous vivons une intercession marquée « par la fin de l’histoire de l’orgueil occidental qui se croit norme de toute chose[10] », réplique son autre amie, Ariane.

Ce nouvel interrègne est marqué du « sceau de la démographie, qui remplace la philosophie tant il apparaît que 80 % de l’humanité a du mal à comprendre nos raisonnements d’Occidentaux, nos valeurs. Cependant qu’ils en tirent parti[11] ». C’est pourquoi Anahita pense qu’en « se voulant universelle la société occidentale a échoué[12] ».

Un nouvel ordre serait-il possible ?

Faut-il avoir peur d’entrer dans un nouvel interrègne ? Non. D’ailleurs, nous explique André Archimbaud, « la peur est salvatrice parce que réflexive, elle fait passer de l’unicité à la recherche de solutions multiples, alors que l’angoisse est paralysante, castratrice[13] ».

L’interrègne correspond à la fois à l’échec du marché et à l’échec des États occidentaux : il réclame une nouvelle circulation des élites.

« Un nouvel ordre mondial, libre des chaînes de la cupidité ou du messianisme géopolitique, serait donc possible ? Oui, répond Anahita, si l’on parvient à désocculter le réel, en le remontant par les routes de l’imaginaire[14] ».

L’un des derniers chapitres traite ainsi du songe d’Anahita. Mais s’agit-il d’un songe ? Et que représente la vipère des sables ? Et que découvre-t-on en l’an 2037 ?

Pour sortir de la caverne des idées reçues

Le conte d’André Archimbaud a justement pour sous-titre : « Un confinement peut en cacher un autre ».

Pour l’auteur, le confinement covidien ne fait en effet que refléter le confinement plus profond dans lequel notre civilisation se complaît et se détruit depuis le xxe siècle : « la caverne des idées reçues[15] ». Une caverne où l’on prend les ombres et les principes abstraits pour la réalité. Et qui fait que la réalité est en train d’échapper aux Occidentaux.

Parviendrons-nous à sortir de la caverne ?

Pour connaître la réponse abellienne à cette énigme, on ne peut que recommander de lire le livre Anahita et la vipère des sables jusqu’à la fin. Mais s’agit-il d’une fin ou d’un recommencement ?

Michel Geoffroy
25/02/2021

[1] André Archimbaud vit à Montréal.
[2] Archimbaud (André), Anahita et la vipère des sables, Bouquinec, 2020. On peut se procurer le livre sur le site cosmosetchaos.com
[3] Archimbaud (André), op. cit., p. 18.
[4] Schwab (Klaus) et Malleret (Thierry), Covid 19 : la Grande Réinitialisation, Forum Publishing, 2020.
[5] Archimbaud (André), op.cit., p. 39.
[6] Ibid., p. 64.
[7] Ibid., p. 66.
[8] Ibid., p. 112.
[9] Ibid., p. 47.
[10] Ibid., p. 57.
[11] Ibid., p. 89.
[12] Loc. cit.
[13] Ibid., p. 49.
[14] Ibid., p. 154.
[15] Ibid., p. 171.

Michel Geoffroy

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