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Hollande/ Macron : rien ne va plus, faites vos jeux !

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Par Didier Beauregard ♦ Le président Hollande, avec cette voix hésitante et cet air penaud qui lui donnent un style incomparable, a, avec toute la fermeté dont il est capable, recadré le turbulent Macron lors de son intervention télévisée du 14 juillet. L’hôte de l’Elysée a donc rappelé l’exigence de solidarité gouvernementale et fixé les limites à ne pas dépasser ; limites, au demeurant, déjà largement franchies. De fait, l’émancipation accélérée de Macron est une méchante pierre dans le jardin de Hollande.


François Hollande se croit toujours dans les magouilles de congrès du Parti socialiste, où l’on négocie dans l’ombre les petites trahisons, les arrangements inavouables et les petits ralliements.

Depuis des mois, François Hollande multiplie ses petites manœuvres pour   diviser ses ennemis, isoler la gauche de la gauche, fractionner les écologistes, rallier les plus vénaux, rassembler ses fidèles, etc., etc.

L’ancien secrétaire général du PS excelle à ces jeux tordus et la rumeur médiatique le disait bien reparti pour entamer son deuxième tour de piste pour 2017 : le plus petit dénominateur commun d’une gauche émiettée et divisée, en quelque sorte. Avec l’aide du Machiavel de sous-préfecture qu’est Cambadélis et quelques anciens de la vieille garde trotskyste, l’affaire pouvait paraître assez facilement gérable.

Sur le papier le raisonnement est juste, certes, mais voilà : dans la réalité les choses sont plus complexes. En effet, le Système en place, c’est-à-dire les forces économiques et idéologiques qui contrôlent la mécanique du pouvoir, ne misent plus sur Hollande (*).

Macron au centre du jeu politique

Les temps sont durs, et l’élection autrichienne, comme le Brexit, sont de sérieux coups de semonce pour le Système. Hollande est trop démonétisé pour vraiment faire le job… comme ils disent !

Et c’est là où le phénomène Macron prend toute son importance. Jeune, brillant et doté d’un physique de gendre idéal, Macron a été poussé dans la sphère politique pour mener à terme la rupture libérale que la vieille gauche est incapable d’accoucher – n’oublions pas qu’un de ses mentors est Jacques Attali.  Il a donc le profil idéal pour mener à bien cette mission.

Libéral en économie, libertaire en matière sociétale, communautariste en termes d’identité, absolument atlantiste et pro-américain et mondialiste convaincu, il incarne parfaitement la modernité idéologique anglo-saxonne globalisée ; qu’il sert sans état d’âme.

A ce titre, il est une pièce maîtresse du jeu politique actuel. Utilisé par François Hollande pour donner une image moderniste de la gauche et séduire le patronat, Macron a désormais pour mission de torpiller le retour de l’hôte de l’Elysée. La question désormais est donc bien de savoir si, face à la menace d’une candidature Macron hors PS, François Hollande pourrait encore prendre le risque d’une candidature présidentielle.

Hollande : combien de divisions?

Pris en sandwich entre un Mélenchon sur sa gauche, un Macron sur sa droite et un candidat écolo sur ses arrières, quelles seraient alors vraiment ses capacités à trouver un espace politique pour mener campagne ? Sa cote pourrait ne pas dépasser les 10% : un risque difficile à assumer pour un président sortant !

Voilà les questions amères que Hollande, dans la solitude du pouvoir, doit aujourd’hui se poser. Le pauvre Manuel Valls, de son côté, se voit, lui, déposséder du rôle de leader de la gauche moderne dont il a tant rêvé. En l’état de l’opinion, les chiffres sont cruels pour le premier ministre. Selon le dernier sondage de BVA du 13 juillet sur la cote des candidats socialistes, Macron arrive en deuxième position comme meilleur candidat de la gauche, aussi bien pour les militants socialistes, qui le placent derrière Hollande, que pour ceux de la gauche en général, qui le mettent derrière Martine Aubry. Manuel Valls se contente d’une quatrième place.

Le Système veut la recomposition politique sur ses bases libérales, européistes et atlantistes, par une jonction des centres gauche et droit et l’axe Juppé/Macron incarne aujourd’hui au mieux cette dynamique. L’affaire n’est vraiment pas gagnée pour François Hollande.

Didier Beauregard
18/07/2016

Note :

(*) Sur ce thème voir les précédents articles :

Hollande à la manœuvre en vue de 2017- 22/12/2015
Hollande liquide le PS pour solde de tout compte- 2/03/2016

Correspondance Polémia – 19/07/2016

Image : A quoi peuvent-ils penser ?

Didier Beauregard

Journaliste et essayiste.