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Une « mesure de la France » en 2026

Une « mesure de la France » en 2026

par | 6 août 2026 | Médiathèque, Société

Une « mesure de la France » en 2026

Dans son Dictionnaire du désastre français (Éditions Godefroy de Bouillon, 430 pages, 37 euros), l’essayiste Didier Husson entreprend de « poser des balises pour éclairer le chemin » menant à un sursaut du pays. À l’heure où « les voix officielles nous somment de trembler devant les Russes, les virus et les degrés Celsius » et « à la veille d’une élection qui est peut-être la dernière chance de notre nation au bord du gouffre », ce livre passe en revue 86 thèmes essentiels dont nous proposons un aperçu.
Johan Hardoy

L’importance du vote

Dans une nation qui a perdu sa souveraineté et où la notion d’intérêt général n’est pas prédominante (« Lui ou un autre, ça ne changera rien à ma situation », entend-on régulièrement), la tentation abstentionniste est bien compréhensible.

Malgré tout, « il vaut encore la peine de glisser un bulletin dans l’urne » car un candidat ou un parti peuvent améliorer — ou faire empirer — la situation du pays.

Alors que les politiciens multiplient les promesses intenables et encouragent le clientélisme, l’idéal serait qu’un candidat à la présidence de la République ne parle que du destin de la France et balaie les sollicitations accessoires.

Les référendums

Quoiqu’en disent Emmanuel Macron, Alain Fabius « et quelques autres de la même engeance », un référendum sur l’immigration est parfaitement légitime et conforme à la Constitution « sans que ses initiateurs aient à passer par une étape préalable qui consisterait […] à modifier d’abord le champ du référendum ». De plus, « le précédent de 1962 a proclamé la supériorité du suffrage universel, une fois qu’il s’est exprimé, sur tous les arguments juridiques ».

En revanche, le référendum d’initiative citoyenne (RIC), « qui avait soulevé l’enthousiasme des Gilets jaunes en 2018, finissant même par devenir leur revendication phare, est totalement inapplicable à la France ». Sa mise en œuvre pourrait même se révéler « un piège que se tendraient elles-mêmes les classes populaires pour leur plus grand malheur ». « Le RIC serait une excellente procédure démocratique dans un monde idéal où l’électeur disposerait d’un minimum de compétence économique et serait assez lucide pour comprendre qu’on ne peut pas réclamer par référendum, aussi séduisants qu’ils leur paraissent, le triplement du SMIC ou la retraite à trente-cinq ans. Telle est, c’est à craindre, la grande différence avec nos amis suisses », qui vivent dans un pays où le référendum d’initiative populaire date de 1891.

La bureaucratie européenne

« Bruxelles s’est accaparé, en totalité ou en partie, ce qui accentue la confusion, quantité de prérogatives qui, dans un système fédéral bien compris, seraient mieux assurées par les États et leur reviendraient de plein droit : l’industrie, l’énergie, l’emploi, l’essentiel des questions agricoles, la recherche, la justice, etc. Sans parler du dernier coup de force des eurocrates qui, à la faveur du Covid, ont fait main basse sur la santé publique. »

Un fédéralisme réel supposerait l’application du principe de subsidiarité, dans lequel l’autorité centrale ne prend en charge que les tâches qui ne peuvent l’être à l’échelon inférieur.

Malgré toutes les promesses initiales, l’Union européenne se révèle « impuissante » en matière de puissance économique. En 2024, un rapport destiné à la Commission signé par Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne, indiquait qu’« au cours des deux dernières décennies, la croissance économique de l’UE est restée inférieure à celle des États-Unis », où le revenu réel disponible par habitant a augmenté presque deux fois plus qu’en Europe.

La fonction publique

Les grands serviteurs de l’État, qui composaient une haute fonction publique française « de qualité, compétente et dévouée », appartiennent au passé. Trop souvent, leurs successeurs se révèlent « ivres de leur puissance et aveuglés par l’argent qui rend fou », prêts à sacrifier « l’intérêt du pays et le service de l’État pour privilégier l’esprit de corps, la carrière personnelle et s’ériger en pouvoir au cœur du pouvoir ».

Dans une économie où il ne s’agit plus de redresser un pays en ruine mais de lui faire tenir son rang dans la compétition internationale, les énarques sont également mal armés pour diriger des groupes industriels de taille mondiale.

De leur côté, les forces de l’ordre soutiennent activement la politique gouvernementale alors que des sondages indiquent que les policiers et les gendarmes votent largement pour le Rassemblement national : « C’est bien à ces mêmes forces de l’ordre qu’il est arrivé d’éborgner des “Gilets jaunes” dont le seul tort était de se trouver à portée de flashball, en laissant les plus dangereux s’évanouir dans la nature. »

Des réformes économiques et sociales

Dans un pays où les « entreprises restent les plus imposées de la zone euro », le « mythe tenace » des « cadeaux aux patrons » se chiffrant par milliards doit être dénoncé : « La plupart des dispositifs classés sous ce vocable se rattachent en fait à un objectif de politique publique pour lequel les entreprises sont les instruments de leur réalisation. »

Le nombre et la complexité des aides alimentant les fantasmes, il faudrait « tailler dans le vif » en les supprimant par dizaines et en les compensant par une baisse correspondante des charges patronales. « C’est d’ailleurs ce que tout le monde répète sans le faire depuis plusieurs décennies. »

Concernant les retraites et l’assurance maladie, une liberté de choix entre les différents régimes devrait être accordée aux actifs et aux assurés. « La solution idéale ne consisterait sans doute pas à imposer pour tous un système [de retraite] 100 % par capitalisation », mais un pourcentage plus mesuré « permettrait de constituer un fonds souverain à la disposition de l’économie française, notamment de son industrie ».

La privatisation de l’audiovisuel public constituerait quant à elle une mauvaise idée, car « rien ne prouve que des capitaux privés assureraient pluralisme et honnêté du contenu ». Il reste « quelques beaux restes » aux chaînes publiques, à l’instar des formations musicales de Radio France. Il convient donc simplement de veiller à ce que l’audiovisuel public respecte son cahier des charges en matière de pluralisme politique.

L’éducation nationale et la doxa académique

« Des centaines de témoignages attestent que les élèves sont bel et bien victimes dès le plus jeune âge d’une insidieuse et souvent traumatisante propagande woke dans les établissements scolaires sous prétexte d’éducation sexuelle. »

Dans le même temps, la « faillite du système éducatif » est patente, avec « des générations d’élèves sachant à peine lire et ne lisant d’ailleurs pas […], inaptes à former un raisonnement digne de ce nom et ne maîtrisant pas les notions de base des mathématiques ; ne connaissant de l’histoire que le colonialisme, de la géographie et des sciences que la doxa écologiste ».

Au sujet du réchauffement des températures, « un chiffre sorti de nulle part et assené sans merci voudrait que le danger climatique recueille l’adhésion de “99 % de la communauté scientifique”. Quand bien même ce serait vrai, une telle unanimité ne prouverait rien, car la science n’a toujours progressé que par la remise en cause des consensus. De toute façon, c’est archi-faux. En réalité, le sujet fait largement débat. Et il le ferait bien davantage n’était la terreur que font régner pouvoir politique, médias et instances officielles du monde académique ».

L’avortement et l’euthanasie

Alors qu’il devait rester l’exception, l’avortement est devenu la norme depuis sa légalisation en 1974. Il est désormais inscrit dans la Constitution. « La France détient le record au sein de l’Union européenne et seule la Bulgarie atteint un niveau comparable. »

Cette année, les parlementaires se prononcent sur « le droit au suicide assisté », ce qui revient à « accepter la transgression de l’interdit suprême en accordant le droit de tuer ». L’auteur se montre ici nuancé : « Autant je me refuserais à prendre une telle décision pour un tiers, autant, s’il ne s’agit que de moi, par hypothèse pleinement conscient et n’ayant subi aucune pression, je n’imagine pas que l’on puisse m’interdire d’exercer mon libre-arbitre. »

La population française et l’immigration

Contrairement à ce que préconisent tous les partisans de la dépopulation — écologistes et autres — une politique de relance de la natalité française est plus que jamais nécessaire.

« Outre la question des crèches, celle du logement est bien sûr essentielle à cet égard et il faut avoir le courage de dire qu’accueillir 500 000 immigrés légaux chaque année renchérit son coût et que leur donner comme aujourd’hui priorité d’accès aux logements sociaux constitue de ce fait l’un des ressorts du grand remplacement. »

La « préférence nationale » tant décriée n’a pas été « théorisée par les fascistes dans les années 1980 » mais « portée sur les fonds baptismaux par deux éminents socialistes » : Alexandre Millerand en 1899 (via des décrets limitant la proportion de main-d’œuvre non française dans les marchés étatiques) et Roger Salengro en 1931 (via une proposition de loi visant à interdire temporairement l’entrée des étrangers en France et à fixer un seuil de 10 % de travailleurs étrangers dans les entreprises).

Depuis la parution, en 1984, du livre de l’homme politique centriste Bernard Stasi, L’immigration, une chance pour la France, « une quinzaine de millions d’immigrés supplémentaires » sont arrivés dans notre pays. « Un nombre croissant de Français ont du mal à [les] voir tous comme des “chances” », même si, de longue date, des personnalités venues d’horizons divers « ont fait la gloire de la France après être devenues pleinement françaises ».

« L’immigration de masse sert l’intérêt des employeurs en mettant à leur merci la fameuse “armée de réserve des travailleurs” que Marx évoquait déjà », mais les « plaintes rituelles sur les “métiers en tension” émanent davantage des PME, actives par exemple dans le bâtiment ou l’hôtellerie-restauration, que des groupes du CAC 40, qui d’une part ont surtout besoin d’une main-d’oeuvre qualifiée, d’autre part réalisent l’essentiel de leur activité à l’étranger ».

De leur côté, « les Français sont de plus en plus nombreux à s’expatrier : 1,8 million en 2024 contre 1,5 million en 2009 ». Ce sont pour l’essentiel des actifs, âgés de 41 à 60 ans et pourvus d’un niveau d’études généralement élevé. Une fuite des cerveaux, en somme.

Johan Hardoy
06/08/2026

Johan Hardoy

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