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« Syrie, une guerre sans nom ! / Cris et Châtiments » de Geneviève et Jean-Claude Antakli

« Syrie, une guerre sans nom ! / Cris et Châtiments » de Geneviève et Jean-Claude Antakli

par | 12 juin 2014 | Médiathèque

« Mais on peut toujours lire, et l’ouvrage des Antakli fournit en munitions ceux qui ne supportent plus “les mensonges qui nous ont fait tant de mal”… »

♦ Lors de la présidentielle syrienne du 27 mai 2007 à laquelle avaient participé 11,2 millions de citoyens, Bachar al Assad avait été plébiscité par 97,62% des votants. Sept ans plus tard, dont près de trois années de guerre civile, le chef d’Etat syrien a recueilli, le 3 juin, 88% des suffrages : 11,6 millions de personnes s’étaient déplacées sur les 15,8 millions d’inscrits dans les zones sécurisées.


« Une mascarade », ont tonné, unanimes, les chancelleries occidentales cependant que le dissident Michel Kilo ironisait dans Le Monde « C’est comme si Hitler avait organisé une élection en 1944 », avant de « remercier M. Hollande pour tout ce qu’il fait pour nous car c’est un devoir moral, pour la communauté internationale, de nous sauver des griffes de ce sauvage ».

Il est possible que ce scrutin n’ait été qu’une farce – mais comme beaucoup d’autres. Se poser en arbitre des élégances politiques et en gardienne de l’éthique est singulièrement malvenu de la part de la France, qui vit se dérouler en mai 2002 une caricature d’élection : « l’escroc » Chirac l’emportant avec le score stalinien, ou « assadien » si l’on préfère, de 82% sur « le fâcho » Le Pen au terme d’une hystérique « quinzaine de la haine » orchestrée par la gauche et mobilisant jusqu’aux enfants des écoles.

C’est une campagne du même genre, lancée par les mêmes instigateurs, qui se déchaîne depuis trois ans contre le pouvoir de Damas accusé de tous les maux. Que le clan Assad ne soit pas l’Armée du Salut est une évidence mais, pour en savoir un peu plus sur les réalités syriennes, et les raisons pour lesquelles le président est toujours en place, au contraire de ses pairs Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi, on lira avec intérêt le témoignage de Geneviève et Jean-Claude Antakli, Syrie, une guerre sans nom ! / Cris et Châtiments.

Une résistance « démocratique » laminée par les djihadistes

Sans doute accusera-t-on ce couple de biologistes diplômés de la Faculté de médecine de Montpellier de partialité puisque lui est un chrétien d’Alep. Mais, à l’inverse de beaucoup de faux témoins style BHL, eux connaissent bien le terrain puisqu’ils avaient fondé un Institut infirmier à Alep où ils se rendaient régulièrement et pour la dernière fois en mai 2012 afin de faire passer aux étudiants – de toutes obédiences religieuses, sunnite comprise – les dernières épreuves. Or, tous les récits qu’ils ont récoltés se recoupent. La « résistance progressiste » portée aux nues et soutenue (sur le plan militaire inclus) par nos ministres successifs des Affaires étrangères, Alain Juppé sous Sarkozy puis Laurent Fabius sous François Hollande, est totalement désorganisée, discréditée, au profit des islamistes les plus radicaux sur lesquels les « démocrates » avaient cru pouvoir s’appuyer pour s’emparer du pouvoir en les utilisant comme chair à canon contre l’armée nationale, mais qui se sont vite émancipés de cette tutelle et, de purges en assassinats, l’ont neutralisée, voire éliminée.

Les civils et les sites archéologiques grandes victimes du conflit

Cette « guerre qui ne dit pas son nom » a-t-elle réellement fait 162.000 morts comme l’affirment ceux qui ne reculent jamais devant les gros chiffres ? En tout cas, elle est meurtrière. Si l’armée n’est pas épargnée par la rébellion, les principales cibles – de massacres ou d’attentats à l’explosif — de celle-ci sont les civils. Ceux-ci se retrouvent, de plus, exposés à une paupérisation croissante, alors que la Syrie, que j’avais connue en paix au printemps 2010, m’avait frappée par sa relative prospérité, son respect de l’hygiène, y compris dans les villages reculés aux confins de l’Irak, et l’état sanitaire très satisfaisant de ses habitants, le trachome et autres affections si répandus dans le Tiers-Monde, ayant été éradiqués.

Et, comme si cela ne suffisait pas, les chefs-d’œuvre architecturaux sont eux aussi mis en péril sans que s’en émeuve l’Unesco qui, pourtant, les avait inscrits au Patrimoine mondial de l’humanité. Les djihadistes se sont acharnés sur le monastère Saint-Siméon et sur le Krak des Chevaliers mais aussi sur les sites archéologiques d’Apamée et même de Palmyre – où tout ce qui était transportable n’a toutefois pas été perdu pour tout le monde, le trafic d’antiquités faisant rage, comme cela s’était déjà produit dans le Kampuchea des Khmers rouges ou dans l’Irak si heureusement délivré du tyran Hussein.

Les Antakli ne se contentent pas de produire des témoignages. Dans les deuxième et troisième parties de leur livre respectivement intitulées « La vérité sur les auteurs des massacres » et « Les vraies raisons des massacres », ils reproduisent aussi des documents irrécusables. Ces documents émanent par exemple d’un officier de la DGSE sur l’aveuglement de notre diplomatie, ou d’un prêtre islamologue, le Père Gallez, sur l’accablante responsabilité de l’administration Obama, de l’Arabie saoudite surarmant les insurgés et de nos médias, « y compris l’Agence France Presse (à capitaux saoudiens aujourd’hui) » pratiquant la pire désinformation. « On ne peut plus se taire », conclut le Père Gallez.

Mais on peut toujours lire, et l’ouvrage des Antakli fournit en munitions ceux qui ne supportent plus « les mensonges qui nous ont fait tant de mal »… y compris dans nos banlieues, comme le prouvent les tristes exploits de « Français » djihadistes en Syrie, tel Mehdi Nemmouche qui a poursuivi à Bruxelles sa guerre sainte commencée à Alep.

Camille Galic
6/06/2014

Geneviève et Jean-Claude Antakli,  Syrie, une guerre sans nom ! / Cris et Châtiments, François-Xavier de Guibert éditeur, 2014, 282 pages.

Correspondance Polémia – 12/06/2014

Image : 1re de couverture

 

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