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Le temps maudit des colonies

Le temps maudit des colonies

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère ♦ Michel Sardou a eu bien raison d’arrêter ses tournées. Il ne pourrait aujourd’hui donner aucun concert sans provoquer des manifestations hostiles. Quand on réécoute Le temps béni des colonies, on se rend compte que nous avons changé de pays. L’épopée coloniale, qui a bercé plusieurs générations, est devenue interdite de fierté par une république qui se met à genoux devant des minorités issues de la colonisation. C’est le grand remplacement mémoriel. Sardou a chanté son amour de l’Afrique dans un autre titre à succès, Afrique adieu. Mais aujourd’hui, semble t-il, on ne peut aimer à la fois les Africains et notre histoire.

Le pire des esclavages : la soumission volontaire

Le pire des esclavages est sans doute la soumission à une pensée totalitaire qui nie à son avantage exclusif la complexité de l’histoire. C’est la mise à mort d’une identité, bien pire finalement que des massacres physiques. La colonisation a certainement été une souffrance pour les colonisés, elle est devenue une malédiction pour la France en raison de sa lecture uniquement victimaire.

Nos ancêtres les Gaulois ont été victimes de la colonisation romaine. Cela aurait fait un million de morts. A l’échelle de la population d’alors, un quasi-génocide pour certains peuples celtes. 500.000 Gaulois ont été réduits en esclavage par Rome. Et pourtant on parle avec fierté encore aujourd’hui de civilisation gallo-romaine. Et pourtant, on ne cherche pas à détruite les statues des Césars ou les colonnes à leur gloire, comme à Orange.

Nous avons connu le temps où tout dans l’histoire n’était pas blanc ou noir. Le manichéisme démocratique était présent, mais pas totalitaire. On peut regretter la colonisation romaine qui a empêché le monde gaulois et sa civilisation originale d’assumer un avenir différent. Mais une chose est sûre, la colonisation romaine a changé pour toujours ce qui allait être, avec la conquête franque sur un fond gallo-romain, le visage de notre terre.

La force de l’histoire

Voilà ce que devraient accepter certains. Il n’y a pas en histoire de ticket de retour. Le retour au pouvoir au Pérou des indigénistes incas ne permettra jamais de rétablir un empire dont la nostalgie est légitime, mais qui ne peut ignorer la colonisation espagnole, quoi qu’on pense de cette dernière. La dénonciation de la colonisation française en Afrique, la destruction des statues, l’humiliation physique et intellectuelle de l’ancien grand chef blanc ne peuvent rien face à un fait historique : la colonisation européenne a changé à jamais ce continent qui est ce qu’il est parce que son histoire a été ce qu’elle a été.

Les populations issues de la colonisation, vivant en France en sont le fruit elles aussi. On peut remplacer une statut de Faidherbe par celle d’Omar Sy et celle de Colbert par un buste de Mbappé, on ne peut remonter le temps. La destruction des symboles du passé n’efface pas l’histoire. La révolution française en apporte la preuve,tout comme la volonté chrétienne de détruire les temples païens ou la mémoire de l’Egypte pharaonique. e n’est pas un hasard si le mouvement iconoclaste a pris au fil du temps une « image » négative. Le complexe du colonisé se nourrit de la repentance française. Il y a toujours de bonnes raisons à vouloir se venger du passé. C’est prendre également le risque de fracturer l’avenir : celui de ceux dont on accable le passé, mais aussi le sien. Car quand il y a des iconoclastes, il y a forcement en choc en retour des iconodules.

Pierre Boisguilbert
27/06/2020

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Domaine public

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