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La tentation de la sécession

La tentation de la sécession

par | 29 décembre 2022 | Société

Par Johan Hardoy ♦ Éric Verhaeghe, ancien haut fonctionnaire issu de l’ENA, anime Le Courrier des Stratèges tout en défendant des convictions libertariennes. Après Le Great Reset – Mythes et réalités, il propose des pistes de résistance intérieure dans son livre Sécession – Manuel d’auto-défense contre la caste (Éditions Culture & Racines, 226 pages, 20 euros). Partant du constat de la déliquescence occidentale, certains défendent l’idée d’une expatriation dans les pays de l’Est. Avant leur départ vers des contrées qu’ils pourraient mal connaître, nous leur conseillons la lecture du premier roman de Philippe Dumont, Fortunes et infortunes de la belle Ielena Sergeïevna Doumanovskaïa, dite Léna, née en 1968 dans le district 10 de Moscou… (Éditions Le Dilettante, 220 pages, 18 euros), qui narre dans un style hyperréaliste les tribulations d’une jeune Russe expatriée en Arménie à la fin de l’ère soviétique.

La sécession nous rendra libre

Éric Verhaeghe émet de sérieux doutes sur la pérennité du niveau de vie économique occidental au sein de la population générale. La désindustrialisation et les délocalisations ont engendré des faiblesses qui sont révélées au grand jour durant l’épidémie de Covid.

Des pénuries croissantes sont à craindre dans les années à venir, d’autant que les normes environnementales réclamées par les écologistes pour « sauver la planète » limiteront encore les capacités de production. Ceux qui se réjouissent de cette décroissance déchanteront quand celle-ci concernera les denrées alimentaires et provoquera des situations de rationnement, voire de famine.

La « caste mondialisée », dont l’objectif ultime est d’aboutir à une bipolarisation du monde entre la Chine et la Russie, d’un côté, et les États-Unis et ses vassaux obéissants et paupérisés, de l’autre, a ainsi mis en œuvre un véritable « agenda du chaos » dans lequel le « Grand Collapse de l’Occident » est structurellement lié au « Great Reset ».

Pour prévenir les risques d’explosion sociale, cette caste préconise la mise en place d’un revenu universel et d’une monnaie numérique. Les populations feront l’objet d’une surveillance croissante, légitimée par la santé publique, l’écologie ou la rationalité économique, qui aboutira à l’instauration d’un crédit social à la chinoise.

Ceux qui voudront rester libres et éviter le naufrage collectif seront contraints de choisir la voie de la sécession, en n’oubliant pas que celle-ci est avant tout un sport de combat collectif !

Qu’est-ce que la sécession ?

Pour Éric Verhaeghe, le modèle ultime demeure celui de la « secessio plebis », survenue au Ve siècle avant Jésus-Christ, quand la plèbe romaine, qui réclamait un allègement du fardeau fiscal, s’est retirée sur l’Aventin en restant sourde aux appels à l’unité de l’élite dirigeante alors que la ville était menacée d’invasion.

La sécession doit ainsi s’appuyer sur la supériorité de l’ordre spontané sur l’ordre vertical ou administré, tout en veillant à générer des contre-pouvoirs.

De nos jours, il est possible, en se référant à des valeurs alternatives, d’entamer une sécession sociétale en refusant d’adopter les valeurs véhiculées par la caste mondialisée.

L’auteur recommande donc de « rompre la chaîne de l’interconnexion » produite par le matraquage numérique permanent, sachant que la caste cherche à attirer l’attention sur des choses insignifiantes afin de dissimuler les événements importants.

Ceux qui refusent les illusions sociétales et politiques de la dictature mondialiste se doivent également de développer un modèle horizontal et alternatif d’organisations (l’auteur a ainsi créé l’association « Rester libre ! ») afin de garantir le « développement durable » de la civilisation française et européenne par temps difficiles, agissant ainsi à rebours de la stratégie mondialiste qui vise à atomiser et isoler les populations.

Une conception libertarienne de l’État

Hostile tout à la fois à la globalisation et à l’étatisme, Éric Verhaeghe prône des modalités de sécession qui restent à approfondir et à adapter aux besoins de chacun. Très attaché à la France, il n’est pas favorable aux démarches individualistes telles que l’expatriation à l’étranger ou le repli sur soi. Ceux qui le souhaitent peuvent légitimement quitter le monde urbain pour s’établir à la campagne mais la sécession ne doit pas être nécessairement comprise d’un point de vue géographique.

Dans son livre, il énumère différents domaines dans lesquels la résistance s’impose : la fiscalité (en suggérant une réduction de la consommation et le développement des échanges, des dons et du troc), la sécurité sociale (considérée ultimement comme un « outil de surveillance de la population »), le patrimoine (qui doit être réorienté vers les valeurs d’usage) et la scolarité (où l’apprentissage est désormais entièrement fondé sur la répétition et l’absence d’esprit critique).

L’action collective demeure indispensable pour servir le bien commun. Ainsi, la sécession scolaire est aujourd’hui partiellement possible via une mobilisation de parents conscientisés créant leur école privée, mais elle n’est totalement envisageable que dans le cadre d’un changement politique majeur.

Quand, tôt ou tard, l’intolérance de la caste se manifestera, en imposant par exemple aux enfants l’injection d’un produit aux effets secondaires avérés, les parents devront se résoudre à désobéir à des instructions liberticides. De toute éternité, les individus et les peuples ont été légitimes à se révolter contre un gouvernement qui mettait leur vie en danger par l’usage injuste des lois et de la force.

La tentation de l’expatriation

Après l’élection présidentielle, Thaïs d’escufon (bien connue de Polémia) a répondu au dépit d’influenceurs du « milieu » (Baptiste Marchais, Papacito, etc.) qui voulaient quitter la France. Dans une vidéo visible sur les réseaux sociaux, elle a mis l’accent sur les multiples difficultés liées au déracinement et à l’efficacité douteuse de cette démarche individuelle d’un point de vue politique.

Un autre influenceur de tendances plus radicales, Daniel Conversano, a quant à lui fait le choix de l’expatriation en Roumanie.

Une Terre promise à l’Est ?

Philippe Dumont, qui a beaucoup arpenté la plaine russe, a un avis sur la question.

Léna, son anti-héroïne, grandit dans un petit immeuble d’une banlieue terne de Moscou pendant l’époque brejnévienne. Depuis l’adolescence, la jeune fille forme un binôme soudé avec son amie Irina. Par la suite, elle s’éprend du prénommé Artak, un lutteur arménien avec qui elle entretient une relation dénuée de tout romantisme.

Durant la Perestroïka, les jeunes femmes, avides de roubles faciles, délaissent leurs études tout en se prostituant occasionnellement sous la protection d’Artak.

« Un soir d’amour et de vodka tristes », celui-ci parvient à les convaincre de le suivre en Arménie : « Ici, on ne peut pas, tout est bloqué, noyauté, mais là-bas tout reste à faire ! ». Bien que dotée d’une conscience politique très vague, Léna pense alors qu’elle quitte le système soviétique pour entrer dans la voie de la dissidence.

À l’aide de documents falsifiés, les jeunes femmes s’établissent à Kirovakan (aujourd’hui Vanadzor, la troisième ville d’Arménie), près de la frontière de l’URSS. Léna tente de se convaincre qu’elle est arrivée dans un pays digne des contes des Mille et Une Nuits, mais Irina lui fait vite remarquer qu’elles ne respirent pas l’odeur du jasmin mais celles des usines chimiques du centre-ville. En fait, personne ne les attend et la population locale reste indifférente à leur égard. Logées dans une chambre sans charme payée par Artak, qui apparaît sporadiquement, elles s’ennuient dans une ville qui leur demeure étrangère.

Quand l’Arménien les avertit qu’elles devront désormais payer le loyer, puis qu’il leur demande davantage d’argent, elles comprennent qu’elles doivent se résoudre à reprendre leurs activités tarifées en écumant la gare et les hôtels. Cette dérive sordide les amène rapidement à se faire repérer par un gang de Géorgiens qui contrôle les filles de joie locales. Un caïd intervient avec brutalité et les deux femmes se retrouvent sous la coupe de la pègre, surveillées de près par une maquerelle hostile.

Le 7 décembre 1988, un séisme dévaste l’Arménie. Dans la ville, la population accuse les Soviétiques, c’est-à-dire les Russes, d’avoir volé aux Arméniens le « bon béton » pour construire leurs monuments à des fins de propagande. Léna, qui n’en peut mais, se fait cracher dessus.

En août 1991, elle revient quelques jours à Moscou pour le mariage de son frère et constate que la ville a changé durant son absence. La confusion qui découle de la tentative de putsch n’arrange rien. À son retour en Arménie, la situation est également tendue avec les voisins turcs et azerbaïdjanais. Quelques semaines plus tard, la république proclame son indépendance, ce qui incite de nombreux Russes à partir.

Les pérégrinations des deux jeunes femmes continueront. Là où Léna ira, cette dure-à-cuire restera une étrangère, « otar » en Arménie ou « fille de l’Est » en Occident.

Le roman de Philippe Dumont ne vise pas à déconseiller l’expatriation dans les pays de l’Est, d’autant qu’il a lui-même beaucoup bourlingué là-bas comme l’atteste la somme de connaissances pratiques qu’il a su restituer dans son récit. Tout simplement, il faut savoir où l’on va avant de brûler ses vaisseaux…

Il se peut aussi que l’on ne parte que pour mieux revenir, comme l’illustre la destinée romanesque d’Édouard Limonov : poète à Moscou, sans-abri puis domestique dans le New York des années 1970, écrivain reconnu par la bohème littéraire parisienne dans les années 1980, fondateur du Parti national-bolchevique après la chute de l’URSS, prisonnier politique et, jusqu’à sa mort, activiste politico-culturel. Voilà quelqu’un qui sait ce que la sécession veut dire !

Johan Hardoy
29/12/2022

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