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La grande tartufferie du pouvoir et du syndicalisme patronal : 40 ans de déconnexion absolue

La grande tartufferie du pouvoir et du syndicalisme patronal : 40 ans de déconnexion absolue

par | 21 septembre 2026 | Société

La grande tartufferie du pouvoir et du syndicalisme patronal : 40 ans de déconnexion absolue

La France est décidément un pays fascinant, maître dans l’art de l’illusion. Pour paraphraser le mot d’esprit si souvent prêté à Georges Clemenceau : « La République française est un régime au sol fertile, on y sème des politiciens et l’on y récolte des navets ! » Aujourd’hui, cette boutade a le goût amer de la vérité. Alors que les véritables urgences asphyxient le pays – dérèglements climatiques implacables, canicules à répétition et moissons sinistrées poussant nos agriculteurs au désespoir –, le petit microcosme politico-médiatique, lui, poursuit sa valse indécente. Barricadé dans sa tour d’ivoire, il continue de tourner à huis clos, s’affranchissant de toute responsabilité avec une légèreté déconcertante.
Guillaume d’Aram de Valada

Le grand cirque de Roland-Garros : l’indécence érigée en spectacle

Le dernier acte en date de ce théâtre d’ombres ? La Rencontre des Entrepreneurs de France (REF) les 26 et 27 août 2026.

Comme chaque année, l’organisation patronale nous ressert sa fable éculée. Son président, Patrick Martin, drapé dans une superbe qui confine à l’arrogance, a cru bon de convoquer le Tout-Paris politique, allant jusqu’à parader avec l’ensemble des candidats déjà déclarés à l’élection présidentielle de 2027.

L’objectif officiel de cette grande messe ? Auditionner les prétendants sur leur programme, disséquer leur vision budgétaire de l’État et exiger des garanties pour les entreprises du secteur privé. Sur le papier, l’exercice se veut sérieux, voire martial.

Mais, comme toujours, c’est la mise en scène qui trahit l’absurdité de la démarche.

Où ce prétendu tribunal de la rigueur économique a-t-il choisi de prendre ses quartiers ? À Roland-Garros, temple incontesté de la mondanité parisienne et du tennis mondial.

Le symbole est ravageur. Organiser un sommet crucial sur l’avenir de notre économie « sur terre battue », dans une ambiance de garden-party chic, relève de la provocation. C’est l’illustration obscène d’une élite qui s’amuse et se met en scène, pendant que la France, la vraie, peine à joindre les deux bouts.

Réindustrialiser la France : le grand mensonge des vendeurs d’illusions

« Il y a des gens qui parlent, qui parlent, jusqu’à ce qu’ils aient trouvé quelque chose à dire ! »

Cette saillie de Sacha Guitry résume à elle seule la mascarade politicienne à laquelle nous assistons. Voilà que nos prétendu(e)s « premiers de cordée » défilent sur les tréteaux pour nous promettre, la bouche enfarinée, des « lendemains qui chantent » comme au temps du Front populaire.

Après avoir bradé nos usines les plus florissantes à de puissants groupes étrangers au nom du dogme budgétaire et de la baisse des coûts, les voilà soudain frappés d’une crise de patriotisme économique ! Il suffirait désormais d’un simple slogan pour ressusciter une puissance industrielle pourtant dilapidée sur le tapis vert de la mondialisation.

Mais qui peut encore mordre à cet hameçon ? Comment prétendent-ils financer une telle chimère ? Où comptent-ils réinstaller les outils de production méthodiquement démantelés depuis plus de quarante ans ? Une vague ambition politique n’a jamais remplacé une réalité industrielle.

Pendant quatre décennies, la faillite a été générale. D’une gauche convertie sans pudeur au néolibéralisme à une droite obnubilée par la rigueur budgétaire, l’ensemble de l’échiquier politique a accompagné cette descente aux enfers. De la sidérurgie historique aux technologies de pointe les plus stratégiques, nos pouvoirs successifs ont abandonné aux quatre vents ce qui faisait notre fierté et garantissait notre indépendance économique.

Pendant que les uns se voilaient la face pour préserver leur électorat, les autres, dans un cynisme érigé en doctrine, accéléraient sciemment notre déclin.

Pendant que l’Allemagne verrouillait ses fleurons sur son sol, la France bradait les siens sans la moindre vergogne. Pire encore : au nom d’un dogmatisme vert bien-pensant, notre pays s’interdit le moindre grand chantier industriel – là où nos voisins, pragmatiques et sans état d’âme, n’hésitent pas à rouvrir leurs centrales à charbon pour défendre leur souveraineté.

Stratégie patronale : la grande illusion de la soumission

Ce jeu de dupes dure depuis des lustres, et le patronat français y excelle. Sa principale organisation syndicale n’a jamais été un contre-pouvoir : elle a accompagné, modelé et cautionné l’essentiel des politiques économiques depuis des décennies.

Sa méthode ? Entretenir une posture de contestation molle, mais refuser catégoriquement la rupture. Le patronat aboie pour la forme, puis s’empresse de mendier les faveurs d’un État centralisé et interventionniste. Exonérations de charges, niches fiscales et subventions à gogo : une véritable soupe populaire pour grandes multinationales, distribuée à pleines mains.

Dans cette foire d’empoigne, le monstre du mille-feuille administratif tourne à plein régime. Alors que les finances s’effondrent sous le poids de rentes de situation devenues intenables, nos prétendants aux responsabilités politiques s’excitent dans le vide, fouillant frénétiquement dans une « boîte à outils » désespérément vide.

Quarante ans de dérive : les vrais perdants du système

Pendant que grands patrons et état-major politique rivalisent de petites phrases dans le confort feutré de Roland-Garros, le bilan de quatre décennies de renoncement parle de lui-même :

  • L’abandon du tissu local : TPE, PME et agriculteurs – grands absents des loges VIP – croulent sous l’inflation normative et le matraquage fiscal.
  • Le déni des urgences vitales : aucune réponse structurelle n’est apportée au démantèlement industriel, au péril alimentaire ou au gouffre abyssal de la dette publique.
  • L’asphyxie bureaucratique : une pieuvre administrative qui paralyse tout à la fois l’initiative privée et le fonctionnement élémentaire des services publics.
  • La pression sur les classes moyennes : un transfert ininterrompu de la charge fiscale sur ceux qui créent la richesse sans jamais en récolter les fruits.

Il est grand temps de briser ce rituel grotesque.

L’économie réelle ne se joue pas dans la ouate des tribunes dorées, mais sur le terrain, avec celles et ceux qui produisent, innervent nos territoires et subissent de plein fouet l’impasse d’un modèle à bout de souffle.

Au royaume des illusionnistes, la démagogie est reine et le pays réel paie l’addition.

Pour conclure, il est clair que ce constat ne résume pas la longue histoire qui lie le pouvoir politique à la liberté d’entreprendre. Mais il impose une vérité sans appel : sans une rupture radicale avec cette théâtralisation permanente, la fameuse « réindustrialisation » ne restera qu’un slogan une fois de plus vide de sens.

Guillaume d’Aram de Valada
21/09/2026

Guillaume d’Aram de Valada

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