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Notre-Dame de Paris, drame providentiel pour Macron ?

L’incendie de Notre-Dame : révélateur des racines chrétiennes de l’Europe

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Par André Murawski, conseiller régional (ex-FN/RN) des Hauts-de-France ♦ Le 15 avril 2019, les images de la cathédrale Notre-Dame de Paris ont fait le tour du monde, provoquant une immense émotion. Certes, avec plus de 2 milliards 200 millions de fidèles, le christianisme reste la religion la plus pratiquée sur terre, devant l’islam, l’hindouisme et le bouddhisme. Mais en France ? La France n’est plus seulement la fille aînée de l’Église. Depuis l’avènement de la République, elle est aussi le pays de la laïcité, où la foi chrétienne a considérablement régressé et où la pratique religieuse qui subsiste s’est sécularisée. Dès lors, l’élan qui a porté nombre de nos compatriotes à souhaiter la reconstruction de l’église endommagée peut surprendre. Et si l’explication résidait dans les racines chrétiennes de l’Europe ?


Une appropriation collective presque unanime

L’enquête en cours déterminera peut-être les causes de l’incendie qui a ravagé Notre-Dame, l’église cathédrale de Paris. Tandis que la thèse de l’accident semble privilégiée, quelques voix s’élèvent à propos de la responsabilité présumée d’une certaine entreprise, également impliquée dans un départ de feu sur le chantier de la MJC de Belleville-sur-Meuse. D’autres, moins diserts, évoquent la coïncidence avec l’allocution très attendue que le Président de la République prévoyait de prononcer ce même jour et qui a été reportée à une date ultérieure. Enfin, certains n’ont pas manqué de soulever l’hypothèse d’un attentat dont l’éventualité ne peut pas non plus être complètement écartée à ce stade. Mais ces questions s’effacent finalement devant la volonté quasi générale : Il faut reconstruire Notre-Dame.

Bâtie à l’initiative de Maurice de Sully, évêque de Paris, la cathédrale Notre-Dame fut construite de 1163 à 1272 et a constitué un joyau de l’art gothique. Dédiée à Marie, Mère de Dieu, elle est devenue au fil du temps un des symboles de Paris et de la France, au point que Michelet a pu écrire qu’elle était « à elle seule un livre d’histoire ». Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, les Français expriment ce que la cathédrale de Paris représente à leurs yeux : Symbole de la France, monument de l’histoire de France, symbole d’une civilisation, expression de la beauté de la foi chrétienne, chef d’oeuvre architectural, image de la grandeur de la France, coeur battant de notre pays et, bien sûr, maison de Dieu. Du côté des institutions, l’engagement se dessine rapidement : les Régions prévoient des aides financières, ainsi que des formations et l’appel à des entreprises spécialisées. La souscription nationale lancée par la Fondation du Patrimoine est soutenue par les collectivités, mais aussi par des associations d’élus. Certaines grandes fortunes ajoutent à l’effort national.

Seules ombres au tableau : les visions matérialistes ou déculturées. Peut-être surpris par le succès de la souscription nationale, certains ont cru devoir regretter que la sauvegarde du patrimoine passe avant la lutte contre la pauvreté. Il semble que ces personnes n’ont pas conscience de la réalité. Ainsi, si la souscription a recueilli un peu plus d’un milliard d’euros, elle n’a aucun caractère annuel et ne sera peut-être pas renouvelée. Elle est donc sans comparaison avec les 714 milliards d’euros versés en 2016 au titre des prestations sociales, dont 84 milliards destinés à la lutte contre le chômage, à l’aide au logement et à la lutte contre la pauvreté, et qui sont reconduits ou augmentés chaque année. Cette conception matérialiste et bornée de l’existence humaine oublie que les hommes ne se nourrissent pas que de pain, mais aussi d’un héritage spirituel et culturel. Cet héritage culturel qui manque visiblement aux gens déculturés, tels la membre du syndicat étudiant UNEF Hafsa Askar, qui tweetait textuellement, entre autres choses : « Jusqu’à les gens ils vont pleurer pour des bouts de bois. Wallah vs aimez trop l’identité française alors qu’on s’en balek objectivement c’est votre délire de petits blancs ». Supprimé depuis, ce tweet est une démonstration explicite de refus de l’héritage civilisationnel français et, même, de discrimination à raison de l’origine des gens. Rien d’étonnant dans ces conditions que l’auteur de ce tweet soit insensible au drame qui touche un des symboles de l’identité de la France.

Qui rappelle les racines chrétiennes de la France et de l’Europe

Un Peuple qui se lève n’est jamais un événement anodin. La mobilisation des Français, des associations et des institutions en faveur de la reconstruction de Notre-Dame a un sens dont beaucoup n’ont peut-être pas conscience, mais ce sens existe. Pourquoi souhaiter la reconstruction d’une église plutôt que la construction d’immeubles d’habitation ? Pourquoi y voir un symbole de l’histoire et de la grandeur plutôt qu’un gothique amas de pierres ? Pourquoi relever la Maison de Dieu plutôt que de distribuer de l’argent aux pauvres ? La réponse ne procède pas d’un raisonnement logique mais plutôt d’un ressenti : le ressenti d’être un héritier. Et le rôle d’un héritier n’est pas de dilapider l’héritage mais bien de le sauvegarder et de le faire fructifier.

Derrière les manifestations d’attachement à la cathédrale de Paris, c’est en effet l’adhésion à un espace civilisationnel qui apparaît. D’abord spirituel, cet espace existe, même si bien des gens n’en n’ont pas nécessairement conscience. Faute de mieux, on a pu le désigner sous le nom de racines chrétiennes de l’Europe. Cette expression englobe à la fois une histoire, une civilisation et des géographies.

Puisse l’incendie de Notre-Dame éveiller les âmes assoupies des Européens…

Nos racines communes plongent profondément dans notre histoire. Ici, le passé rencontre le présent et chaque Français est un peu le descendant de Vercingétorix le résistant, de Clovis le baptisé, de Louis IX le Saint, d’Henri IV le vert galant, de Napoléon l’Empereur, de Victor Hugo l’Européen ou de Charles de Gaulle le souverain. Mais ces racines s’étendent au-delà du territoire national et nous ne sommes pas indifférents devant l’Acropole à Athènes, devant le Colisée à Rome, devant Big Ben à Londres, devant la Porte de Brandebourg à Berlin ou devant les coupole du Kremlin à Moscou. Une certaine solidarité européenne se dessine et une communauté de patrimoine apparaît. Qu’ils aient été alliés ou ennemis, les pays d’Europe ont des histoires nationales qui s’enchevêtrent et qui les lient. Nos racines nous sont bien communes.

Peut-on prétendre que ces racines sont chrétiennes ? L’unanimité de la foi n’est pas allée de soi en tous temps et en tous lieux. Les européens n’ont pas toujours été tous chrétiens. Ils ne le sont pas tous aujourd’hui et on peut supposer qu’ils ne le seront pas tous non plus demain. Pourtant, nos racines communes sont bel et bien chrétiennes. Elles sont chrétiennes parce que nos racines, c’est-à-dire notre histoire, montrent que la chrétienté n’est pas que le christianisme, mais qu’elle est aussi l’Église. Et l’Église, des grandes invasions au XXe siècle, a recueilli l’héritage de la Grèce et de Rome pour le transmettre de génération en génération. Ainsi le Moyen-Age, loin d’ignorer la culture de l’Antiquité, l’a conservée et s’en est nourri, de Byzance à York, de Chartres au Mont Saint-Michel, et l’enseignement de l’Église a imprégné la pensée européenne non seulement au moyen de l’Evangile, mais aussi grâce à la philosophie grecque et au droit romain.

Si nos racines sont chrétiennes, jusqu’où se prolongent-elles ? La géographie rejoint l’histoire et l’on peut affirmer que là où les héritiers portent l’héritage, les racines chrétiennes s’étendent. Ainsi, les terres d’Europe que l’Église a marquées de son enseignement apostolique, mais aussi culturel, jusqu’à imprégner le mental des Peuples ont des racines communes qui les unissent. Schématiquement, on pourrait affirmer que la Moldavie, l’Ukraine ou le Belarus sont européennes parce qu’elles sont marquées par les racines chrétiennes de l’Europe. Le Maroc ou la Turquie ne le sont pas.

 

Le choc provoqué par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a suscité un mouvement populaire national de soutien que bien des raisons peuvent expliquer, mais qui est aussi révélateur de la persistance des racines chrétiennes de l’Europe au plus profond du Peuple français. Le sentiment, même diffus, d’une identité culturelle commune a poussé les Français à exprimer leur attachement à un monument qui, au-delà du chef d’oeuvre patrimonial qu’il représente, est aussi un symbole : Un symbole rassemblant des hommes et des femmes qui sont les héritiers d’une langue, d’une culture, d’une histoire, d’une civilisation, et qui en sont fiers. Paradoxalement, on peut se demander si l’atteinte portée à ce symbole ne pourrait pas faire émerger une nouvelle conscience de notre identité nationale.

André Murawski
21/04/2019

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : GodefroyParis [CC BY-SA 4.0]

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