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« Lèpre populiste » : la révolte des peuples contre les oligarques

Face à Macron, la résignation… avant la révolte ?

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples ♦ Article initialement paru le 21 juin dernier. La France semble en hibernation, mais pas seulement à cause du climat ou du football. Elle présente ces symptômes inquiétants depuis la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017. Mais cela ne durera pas.


Les à-quoi-bontistes dominent

La Droite est tombée dans le coma après sa défaite historique de 2017. Il n’y a plus d’opposition.

Même la mobilisation marque le pas dans la forteresse syndicale emblématique qu’était autrefois la SNCF. Il n’y aura pas de troisième tour social, malgré les rodomontades de Jean-Luc Mélenchon, le chouchou des médias, donc du Pouvoir. Les syndicats peinent à mobiliser parce que partout on leur dit : « A quoi bon ».

A quoi bon, puisqu’Emmanuel Macron dispose de tous les pouvoirs pour imposer son « consensus de Washington [1]» à la française.

A quoi bon, puisqu’il bénéficie du soutien sans faille des médias, des lobbies, et de la Davocratie.

A quoi bon, puisqu’à l’Assemblée ses députés inexpérimentés votent à la chaîne les projets de loi que présente son gouvernement. Il paraît même que ces émules de Stakhanov n’en pourraient plus… d’approuver !

Même chez les fonctionnaires

Et même les légions de fonctionnaires, que l’on nous présentait hier comme arc-boutés sur leurs prébendes, assistent sans réagir à la déconstruction systématique de l’Etat républicain et bientôt à leur propre disparition puisque le gouvernement promet de les remplacer, eux aussi, par des contractuels recrutés sur le marché. A quoi bon ?

Fini le temps des grandes manifestations contre la loi Macron-El Khomri et la déconstruction programmée du droit du travail, comme au temps de François Hollande. Finies les manifestations contre l’accueil obligatoire des « réfugiés », dont le flux ne cesse pourtant pas. Finies les réactions après les attentats terroristes islamistes : on ne siffle plus les politiciens comme avant. A quoi bon ?

Nos concitoyens, devenus aphones, semblent se résigner à tout depuis 2017. A quoi bon ?

Comme en 1940

On se croirait revenu en 1940, après l’effondrement de juin. Lorsque la France, abasourdie par sa défaite et la disparition honteuse de ses politiciens professionnels, errait sur les routes en se sachant plus que faire.

Car c’est bien le même esprit d’abandon national qui règne aujourd’hui, en particulier à Droite. Un abandon qui conduit certains à tous les ralliements, à tous les reniements et à toutes les collaborations.

Philippe de Villiers, hier « souverainiste », apprécierait paraît-il Emmanuel Macron, l’homme de la Davocratie et de l’Europe de Bruxelles. L’homme qui ne croit pas à l’existence d’une culture française séduirait l’organisateur du Puy du Fou ! Mais qui est le plus fou ?

La bourgeoisie qui méprise le peuple, a toujours été séduite par la gauche surtout quand elle provient de la banque d’affaire.

Le silence de la mer

En 1940, l’immense majorité des Français faisait confiance au Maréchal Pétain pour limiter les conséquences du désastre national. Presque personne alors n’écoutait la dissidence de Londres. Mais cela n’a duré qu’un an, jusqu’au déclenchement de l’attaque allemande contre la Russie, qui allait changer l’histoire.

En un an, Emmanuel Macron a lui aussi mangé son pain blanc. En 2018, la grande majorité des Français ne lui fait pas ou plus confiance pour redresser la France, si l’on en croit les sondages. Nos concitoyens comprennent bien, en effet, que ce n’est pas la République qui marche, mais la France qui recule.

Comme en 1940, les Français se taisent mais ils n’en pensent pas moins.

Ils encaissent les coups du pouvoir. Ils encaissent les hausses d’impôts et de tarifs comme les diminutions de prestations, en se serrant la ceinture parce qu’il faut bien que la vie continue. Ils encaissent les insultes faites à la France, à son histoire et à son peuple avec la bénédiction du Pouvoir. Ils encaissent la réduction de leurs libertés et la déconstruction du modèle social qu’ont arraché de haute lutte leurs ancêtres.

Mais nos concitoyens rejouent en réalité progressivement Le Silence de la Mer [2]un film qu’Emmanuel Macron ferait bien de visionner.

Car ce silence apparent de la France, cache une colère froide et une rupture abyssale entre le pays réel et le pays légal comme entre les occupants et les occupés.

La dissidence triomphera

Comme en 1940, le Pouvoir traque la dissidence en France. Ses sbires associatifs la dénoncent à sa police. Il la traîne en justice. Il la censure avec l’aimable collaboration des géants nord-américains du Net et des médias. En s’inspirant, une nouvelle fois, des procédures répressives en usage de l’autre côté du Rhin. Parce qu’à son tour, Emmanuel Macron est à la remorque de l’Allemagne.

Mais comme en 1940, le Pouvoir ne se rend pas compte que la dissidence progresse dans les esprits et dans les cœurs. Car le chaos migratoire est en train de réveiller, peu à peu, l’Europe. Comme en 1940, le Pouvoir croit que la France pourra s’abstraire de ce grand mouvement historique qui se dessine. Mais c’est une illusion de vieux gâteux.

En 1940, c’est De Gaulle et non l’Etat Français qui avait historiquement, géopolitiquement et politiquement raison car son approche était dynamique et mondiale et non pas statique et étroitement « nationale ».

Comme en 1940 c’est la dissidence qui gagnera demain en France et qui fera tomber « le mur de l’Ouest » [3].

Michel Geoffroy
25/08/2018

[1] C’est-à-dire la potion néo-libérale à base de dérégulation, de privatisations, de libre-échangisme, de monétarisme  et de diminution drastique des dépenses publiques et sociales, notamment préconisée par les économistes  américains autour de Milton Friedman

[2] Par référence au film de JP Melville de 1949, d’après l’œuvre de Vercors

[3] « Le mur de l’ouest n’est pas tombé », Hervé Juvin, Pierre Guillaume de Roux 2015

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : presidenciaperu via Flickr (cc)

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.

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