Accueil | Géopolitique | Exister d’abord, prospérer ensuite

Exister d’abord, prospérer ensuite

Exister d’abord, prospérer ensuite

par | 22 mai 2017 | Géopolitique

Notre élection présidentielle vues de Suisse ♦ Durant la campagne qui a précédé l’élection présidentielle française, certains observateurs en Suisse, plutôt favorables à une économie libérale, se sont inquiétés de voir Mme Marine Le Pen défendre dans ce domaine un programme très marqué à gauche, axé sur l’interventionnisme étatique et la surprotection sociale. Par réflexe de rejet, ils se sont réjouis de ce que M. Emmanuel Macron offrait aux Français la possibilité de choisir une politique libérale.


D’autres, davantage préoccupés par la défense des communautés nationales contre l’immigration et le mondialisme, se sont déclarés choqués qu’on puisse encourager la candidature de M. Macron pour de simples motifs économiques. Ils y ont vu une forme de soumission à l’idéologie ultra-libérale prônant la guerre de tous contre tous et l’abandon des plus faibles au détriment du «bien commun».

Il ne faut pas utiliser trop vite de grands mots. On peut être opposé au socialisme sans être forcément un suppôt de l’ultra-libéralisme. Il existe heureusement des solutions, corporatistes notamment, pour réguler certains métiers et civiliser certaines relations économiques sans en appeler à une cascade d’interventions législatives. En ce sens, la critique de la politique trop à gauche de Mme Le Pen était pleinement justifiée.

En revanche, on peut faire deux reproches à ceux qui ont cru pouvoir en déduire la nécessité de soutenir M. Macron. Le premier est qu’ils ont sans doute été téméraires, sinon naïfs, car rien ne garantit que celui-ci ne poursuivra pas la même politique socialiste que ses prédécesseurs. C’est en effet la voie la plus facile si l’on veut éviter de trop déplaire à un peuple qui, depuis des décennies, a été habitué à l’assistanat.

Le second reproche qu’on peut leur adresser est qu’ils font passer le souci – certes légitime – d’une économie matériellement prospère avant celui, plus fondamental, de l’existence et de la survie de la communauté. Or, pour prospérer, il faut d’abord vivre. Et à tout prendre, il vaut mieux vivre pauvrement que mourir dans l’opulence.

Cette évidence ne suffit pas à convaincre ceux qui pensent que le danger d’anéantissement de la communauté par une immigration massive n’est que potentiel, et que ce danger peut être conjuré par la prospérité. Celle-ci, selon eux, aurait la vertu d’éliminer ou d’atténuer les frustrations sociales tout en intégrant les nouveaux venus grâce aux relations de travail. Un tel raisonnement trahit toutefois une réflexion insuffisante. Certes, les tensions sociales sont souvent suscitées ou aiguisées par la pauvreté, mais d’autres facteurs peuvent aussi les faire éclater, à commencer par les fossés culturels ou religieux. Certes, la consommation frénétique et abrutissante peut contribuer à atténuer la conscience communautaire des immigrés, mais elle n’épargne pas les autochtones. Et qui peut croire que les étrangers continueront à s’intégrer par le travail lorsque leur environnement professionnel ne sera composé que d’étrangers?

En réalité, la vitalité économique aide à intégrer l’immigration tant que celle-ci reste quantitativement et qualitativement raisonnable. Au-delà, elle ne peut avoir au mieux qu’un effet retardateur, avant que les dysfonctionnements inhérents à toute société malade ne commencent à ruiner cette vitalité.

Un chef d’Etat doit tout faire pour assurer la prospérité de la communauté qu’il dirige, mais il ne peut pas compter sur cette seule prospérité pour résoudre tous les problèmes. Il est à craindre que ni Mme Le Pen ni M. Macron n’aient réfléchi à tout cela.

Pollux
mai 2017

Source : Le Pamphlet n° 465, mai 2017. Correspondance Polémia : 22/05/2017. Image : Le Pamphlet, périodique indépendant, Lausanne

Cet article vous a plu ?

Je fais un don

Soutenez Polémia, faites un don ! Chaque don vous ouvre le droit à une déduction fiscale de 66% du montant de votre don, profitez-en ! Pour les dons par chèque ou par virement, cliquez ici.

Je m'abonne

Trois fois par semaine dans votre boîte aux lettres électronique, la Lettre de Polémia.
 

L’enjeu du coût gigantesque de la fraude sociale révélé par le magistrat Charles Prats

Par André Posokhow, consultant ♦ La fraude social est un phénomène majeur dont l'ampleur...

Le Général de Villiers, nouveau “chief happiness officer” du management

Par Philippe Schleiter, auteur de Management, le grand retour du réel ♦ Le Général de...

Islamisme. La France confrontée au terrorisme et aux menaces – La revue de presse de Radio Courtoisie

Par Michel Leblay et Laurent Artur du Plessis ♦ La revue de presse du Libre journal de...

Covid-19. Les données sur la surmortalité en Europe

Alors que le gouvernement français enchaîne les annonces inquiétantes sur la situation sanitaire,...

L’identité, cible de toutes les attaques

Par Laurence Maugest, essayiste ♦ Nous parlons beaucoup de souveraineté à juste raison....

Samuel Paty décapité : le réel contre la propagande

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples et La Nouvelle guerre...

Islamisme. Pour sauver la France, la nécessité d’une législation d’exception

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère...

I-Média n°319 – Islamisme : la prise de conscience médiatique ?

Comme chaque semaine, I-Média décrypte l’actualité médiatique en déconstruisant le discours...

Bruno Mégret sur l’islamisme : « Ce que devrait dire le président de la République »

Par Bruno Mégret, polytechnicien, haut fonctionnaire, essayiste ♦ L’horrible assassinat du...

En 2017, un livre choc avertissait des ravages de l’islamisation à l’école

Par Camille Galic, journaliste et essayiste… ♦ En 2017, dans son ouvrage Tarek, une chance...