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C’est qui le chef ?

Frédéric Villaret, docteur en sciences. Spécialité : ingénierie écologique des écosystèmes artificiels

♦ Les lignes bougent.

La poignée de main Trump-Macron en marge du sommet de l’Otan a retenu l’attention des médias mondialistes US. Ils exultent. Trump aurait trouvé son maître. Emmanuel Macron aurait résisté à sa poigne dominatrice, et même, aurait réussi à le prendre à son jeu.


Pourquoi écrire sur cette anecdote ? Simplement car ce jeu de mains est symptomatique d’un changement des lignes politiques jusqu’alors animées par les clivages nationaux, organisés localement entre conservateurs – la droite – et progressistes – la gauche. Cette poignée de main et les commentaires qu’ils suscitent prouvent que cette vision sera bientôt obsolète.

Puissance dominante du XXe siècle, l’Amérique donne le la de nos pratiques sociales depuis 1945. Or, pendant longtemps l’Amérique a été le pays du nationalisme exacerbé.

Le cas Yannick Agnel illustre à merveille cette réalité. Figurant parmi les nageurs français les plus doués (il est le seul nageur à avoir obtenu deux titres pendant les mêmes Jeux olympiques), il voulait encore progresser et rivaliser avec les meilleurs nageurs du monde. Or, ce sont les Américains. Ambitieux et américanophile (comme Emmanuel Macron, il se met la main sur le cœur, à l’américaine, quand l’hymne français retentit), il alla aux Etats-Unis pour s’entraîner. Il y fut proprement massacré. Il a arrêté la natation depuis. Pas fous les Ricains ! Pourquoi aider un nageur français voulant leur piquer des médailles demain ?

C’est pourtant dans ce pays ultra-nationaliste que les médias, maintenant, s’enthousiasment quand notre Obama blanc regarde droit dans les yeux leur président.

Certes, comme Obama, il est venu de nulle part. Son succès est dû à une époustouflante ingénierie politique. Le magazine Causeur l’a élu « Produit de l’année ». Comme Obama, il est intelligent, charismatique, empathique, etc. Il a confiance en lui. Le contraste avec une Marine Le Pen dont le bras tremblait dans les derniers jours de la campagne présidentielle s’est imposé à tous. Mais il n’est pas américain.

Alors pourquoi cet engouement ?

Aux USA, les mondialistes sont orphelins. Hillary Clinton aurait dû être leur étendard. Battue, ils se cherchent désormais un(e) porte-parole. Il y aurait bien Angela Merkel, mais, tout en respectant sa féminité, force est d’admettre que le temps travaille contre elle.

Le constat, à travers cet engouement US pour Emmanuel Macron, est que maintenant le clivage national est dépassé. L’oligarchie mondialiste US préfère un Emmanuel Macron sous influence, mais pas américain, à un Donald Trump rappelant les heures les plus sombres de l’Histoire récente.

Les lignes bougent donc. Demain, un Européen ethnique se sentira sans doute plus proche d’un Arabe, d’un Africain ou d’un Asiatique, etc., attachés, eux aussi, à leur identité écosystémique, qu’un ex-congénère s’étant dissous dans le mondialisme cosmopolite.

Emmanuel Macron sera-t-il le président de ces mondialises cosmopolites ou celui de ses congénères (je n’ai pas dit des « Français »…) ? Laissons-lui le temps de répondre.

Frédéric Villaret
8/06/2017

Correspondance Polémia – 10/06/2017

Image : la fameuse poignée de main !

Frédéric Villaret

Docteur en sciences. Spécialité: ingénierie écologique des écosystèmes artificiels. Chef d'entreprise et enseignant-chercheur indépendant, il se consacre désormais à proposer une interprétation écologique des enjeux politiques contemporains, notamment pour la fondation Polémia.

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