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Boualem Sansal, le nouveau Soljenitsyne

Boualem Sansal, le nouveau Soljenitsyne

par | 22 avril 2026 | Société

Boualem Sansal, le nouveau Soljenitsyne

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Boualem Sansal paie le prix de sa liberté. Comme Soljenitsyne hier, il dérange un système idéologique qui ne tolère ni la dissidence ni la vérité. Analyse par Pierre Boisguilbert.
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Sansal, nouvelle cible d’un conformisme idéologique

Sansal est passé chez Bolloré, il doit être exécuté. C’est le syndrome Soljenitsyne. La caste, comme le dit Bolloré, des écrivaillons gauchards et des autrices « chiennes de garde » littéraires se déchaîne. Soljenitsyne s’attaquait à la vache sacrée du régime soviétique. Sansal, lui, s’attaque à la lecture algérienne de l’histoire, notamment coloniale. « Tout anticommuniste, disait Sartre, est un chien, et je n’en démords pas. » Tout non-anticolonialiste hystérique est désormais un chien, au nom de ce nouveau soviétisme des idées qu’est le wokisme.

Soljenitsyne dénonçait le goulag et le régime concentrationnaire soviétique. Il savait de quoi il parlait, comme Sansal peut parler du régime concentrationnaire algérien. On a dit que Soljenitsyne était un mauvais écrivain, un traître, un agent de l’Occident, un anticommuniste viscéral, un conservateur radical et un nationaliste réactionnaire faisant le jeu des extrêmes droites. Tous ces missiles venaient essentiellement des résistants éternels du Café de Flore, ceux qui se sont trompés sur tout et qui sont responsables de la perte de crédit des écrivains en France, liée à la chute du livre. Ce sont les mêmes qui attaquent Sansal, coupable de crime contre l’Algérie comme Soljenitsyne l’était contre l’URSS.

Le milieu littéraire français entre conformisme et entre-soi

Les mêmes… pas tout à fait. Ils ne représentent plus grand-chose et ne vendent pas grand-chose. Ce sont des arapèdes agglutinées sur un rocher qui sombre. Comment se fait-il que, moins il y ait de livres vendus, plus il y en ait dans les rayons, et que, moins on lise, plus il y ait d’auteurs — et aussi d’autrices ? Il s’agit d’un système économique artificiel, une bulle qui éclatera fatalement. Mais les profiteurs sont nombreux, qui croient avoir du talent parce qu’ils ne fréquentent que des gens qui pensent en avoir aussi — et en ont aussi peu. C’est un entre-soi fait de flatteries, mais aussi de jalousies mesquines. Imbus de leur personne, de salons du livre en salons du livre où ils ne paient rien, ils ne parlent que d’eux, de leurs livres aussi, et se doivent bien sûr de donner des leçons de morale, le plus souvent progressistes.

De la prison algérienne à la bataille éditoriale française

Mais, comme dans les médias, une brèche s’élargit. Des gens qui ne pensent pas comme la doxa dominante arrivent à exister. Les ayatollahs littéraires germanopratins ne le supportent pas. La dignité de Sansal face à leur soumission intellectuelle est exemplaire. L’auteur, détenu entre novembre 2024 et novembre 2025 dans une prison d’Alger au motif d’« atteinte à l’unité nationale », a été gracié à l’automne dernier par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, rappelle Public Sénat. Une décision intervenue grâce à la médiation du chef d’État allemand, Frank-Walter Steinmeier.

Mais, durant l’incarcération de Boualem Sansal, plusieurs personnalités s’étaient aussi impliquées en France pour obtenir sa libération, dont Antoine Gallimard, le patron de sa maison d’édition historique. Or, la « ligne » adoptée par cette dernière dans ce combat n’était pas en phase avec la vision de Boualem Sansal. Les arguments avancés pour le faire sortir de sa cellule algérienne lui ont « paru être une supplication aux services algériens », déplore l’intéressé aujourd’hui. « Je veux rester sur la ligne de la dignité : je me bats en tant qu’homme libre contre un régime totalitaire. » Dans cette optique, l’écrivain espère d’ailleurs engager des poursuites judiciaires contre le président algérien « auprès des juridictions internationales ».

Selon lui, ce désaccord aurait été au centre de son choix de quitter Gallimard, où il se sentait « mal à l’aise » une fois de retour en France. « Je ne pouvais pas publier mon livre qui dénonce ma libération par la négociation, [ce] qui fait de moi un otage », développe-t-il. Boualem Sansal a d’ailleurs déjà terminé cet ouvrage en forme de récit de sa détention, écrit dès sa sortie de prison et désormais envoyé à son nouvel éditeur, Grasset. Ses pages devraient également apporter « une réflexion sur les relations entre la France et l’Algérie, et l’Algérie et le monde d’une manière générale », précise-t-il. Son titre provisoire ? « La Légende ».

Un livre qui lui vaudra, comme les autres, de nombreux lecteurs. Cela va sans doute enrager les Jean Moulin à vent — mais sans le vent — qui ont pris le maquis de la maison Grasset. Sur les raisons qui ont motivé le licenciement de l’ex-patron de Grasset, Vincent Bolloré a indiqué, dimanche 19 avril dans le JDD, qu’Olivier Nora voulait sortir le livre de Boualem Sansal à la fin de l’année, « ce qui était contraire à la volonté de la direction Hachette, qui est le réel propriétaire de Grasset ».

Un différend qui a eu lieu sur fond de performances économiques de la maison Grasset « très décevantes », a-t-il dit, avant de s’étendre sur le chiffre d’affaires de l’entreprise ainsi que son résultat opérationnel, qui ont diminué entre 2024 et 2025. Pour Vincent Bolloré, le départ de l’ex-dirigeant et d’une centaine d’auteurs provoque un tel « vacarme » parce qu’il « touche une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous, qui se coopte et se soutient et qui, grâce à sa capacité de fracas médiatique, fait peur à beaucoup ». Puis de rajouter : « Grasset continuera et ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d’être publiés, promus, reconnus et appréciés […] Quant aux attaques concernant mon “idéologie”, je le rappelle une fois de plus : je suis chrétien-démocrate et les dirigeants de Hachette continueront à publier tous les auteurs qui le souhaitent. »

Le nouveau livre de Boualem Sansal sortira finalement le 6 juin prochain.

« Les chiens aboient, la caravane passe », dit le proverbe arabe introduit en France au XIXe siècle. Quant aux aboyeurs, ils peuvent toujours se retrouver entre eux au Café de Flore et se renifler dans cet espace d’intelligences qu’ils ont transformé, hélas, en goulag idéologique. Il y aura un jour un Soljenitsyne pour le décrire et le dénoncer. Sansal lui-même, peut-être, car il vient de passer des prisons algériennes à l’univers concentrationnaire de l’intelligentsia française.

Pierre Boisguilbert
22/04/2026

Pierre Boisguilbert

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