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« Assimilation, la fin du modèle français » de Michèle Tribalat (Troisième analyse)

Réinformer sur les données chiffrées de l’immigration

♦ André Posokhow, consultant

Michèle Tribalat, démographe de l’INED, avait publié en 2013 un livre sur l’assimilation et la fin du modèle français. Elle vient de le rééditer en 2017 avec un contenu identique mais en ajoutant au titre « Pourquoi l’islam change la donne ».

Pour important que soit ce livre, il convient de noter que, écrit-il y a quelque temps, il fait référence à des données statistiques et de société relativement anciennes alors que l’invasion migratoire s’est poursuivie et amplifiée et que les événements, la guerre terroriste en particulier, se sont précipités. C’est un peu sa faiblesse, même si les conclusions sont toujours d’actualité et aussi percutantes.


La connaissance statistique des flux migratoires est incertaine

Tribalat, auteur de Les yeux grands fermés (*), se montre sévère sur les retards des constats chiffrés, l’inextricable désordre statistique et le manque de fiabilité des données de l’INSEE, notamment celles fournies à Eurostat. Lorsque c’est quelqu’un du sérail qui prononce des jugements aussi durs, il y a de quoi être consterné, surtout lorsqu’elle précise qu’en réalité il existe un désintérêt pour les statistiques migratoires, en fait un refus par le politiquement correct

2 bis AssimilisationjpgSoulignons que si l’on a une idée assez précise des visas accordés à des immigrants, l’immigration illégale, phénomène dont on peut regretter que l’auteur ne l’ait pas plus développé, ne fait pas l’objet d’un chiffrage même approximatif de la part de pouvoirs publics dont l’oiseau fétiche n’est plus le coq gaulois mais l’autruche.

Comme Polémia l’a fait à plusieurs reprises (**), elle s’élève véhémentement contre l’escroquerie du solde migratoire global qui apparaît faible parce qu’il combine le solde positif des immigrés avec celui, négatif, des natifs, et qui sert à relativiser l’importance de l’immigration étrangère.

La France est toujours une terre d’immigration

L’immigration a été un phénomène plus précoce en France que dans le reste de l’Europe. Si, selon M. Tribalat, celui-ci a connu une pause relative dans les années 1975-1999, un nouveau cycle migratoire a recommencé dans les années 2000. On peut ajouter qu’il s’est amplifié au cours des dernières années avec le laxisme des deux dernières présidences de la République, l’immigration clandestine et les flux méditerranéens. La France est donc toujours un pays de forte immigration avec un fort potentiel d’accroissement de la population d’origine étrangère.

Notre avenir démographique est plombé par ce déferlement migratoire

Compte tenu des tendances démographiques des pays d’Europe occidentale les flux d’immigration étrangère actuels se traduiront par une transformation importante du peuplement de la plupart de ces pays. La France pourrait voir ses natifs au carré devenir minoritaires avant 40 ans alors que, contrairement à ce qu’affirment nos dirigeants et les médias, l’immigration étrangère n’est pas la solution à nos problèmes démographiques. A Polémia notre sentiment, fondé sur le dépistage de la drépanocytose, est que le délai pourrait être nettement plus court.

L’islam change la nature des flux migratoires

Certes, beaucoup de migrants ne sont pas musulmans. Il n’en demeure pas moins que le poids formidable de l’islam au sein des flux migratoires actuels mais aussi des générations qui suivent « change la donne », comme l’écrit M. Tribalat. Les constats auxquels elle procède sont aujourd’hui connus. Bornons nous à les présenter succinctement :

  • La France est dans l‘UE le pays où le nombre et la proportion de musulmans sont les plus forts

Cette religion est dynamique. L’auteur estime le stock de musulmans en France à 5 millions en 2014. Malgré les difficultés d’évaluation, l’enquête Théo de 2008 démontre une vitalité supérieure à celle des non-musulmans stimulée par l’absurdité de l’encouragement de la natalité d’Africains grâce à nos allocations familiales. Le Pew forum anticipe une population musulmane en France de près de 7 millions en 2030. Ce sera beaucoup plus dans la mesure où des zones entières de notre pays passeront sous l’autorité politique et religieuse de l’islam.

  • On constate une vaste désécularisation

Il existe un retour vers l’islam des immigrés et des descendants d’immigrés, notamment chez les plus jeunes auprès de qui cette religion compte le plus, stimulés par l’influence parentale et l’éducation qui sont les deux leviers de la transmission religieuse.
Cette transmission est favorisée par une endogamie ethnico-religieuse de plus en plus importante et qui est devenue la règle.

  • L’islam est devenu visible, s’est fait intrusif, se veut conquérant et affiche son arrogance

Sur cette question le livre de M. Tribalat apparaît un peu décalé avec la réalité de 2017. Certes, elle souligne avec pertinence l’extension du voile, l’observance croissante des interdits alimentaires. C’est à juste titre qu’elle dénonce les atteintes à la liberté d’expression ; après l’affaire Rushdie et Charlie Hebdo, l’intimidation est devenue monnaie courante. On risque à nouveau sa vie en Europe à dire, écrire, figurer ce que l’on pense.

Cependant, si elle cite l’acceptation de l’implantation de la charia en Grande-Bretagne elle n’en évoque plutôt que la menace en France. Il est clair que depuis cinq ans cette orthopraxie juridique et religieuse progresse chez nous vite et fort et que nous assistons à des dérives angoissantes. A titre d’exemple, s’agissant de l’autocensure, comment imaginer que le maire d’une grande ville normande ferait jeter 8500 parts de desserts au chocolat car elles contenaient de la gélatine de porc ? Bel exemple de soumission servile à la charia.

L’échec actuel de l’assimilation à la française

M.Tribalat fait le constat de l’échec actuel de notre modèle d’assimilation.

Les conditions de base du bon fonctionnement du modèle d’assimilation ne sont plus réunies

– La confiance en soi des pays européens et particulièrement de la France s’est écroulée après deux guerres mondiales et nos guerres coloniales.

– L’autodénigrement qui s’en est suivi a empêché l’acceptation, de la part des nouveaux venus, de la légitimité de l’ascendant civilisationnel, pourtant très réel, des sociétés d’accueil que nous sommes, qui, à leurs yeux, n’a plus rien d’attrayant.

Malgré la justesse de ces explications nous souhaitons formuler des réserves sur plusieurs points :

• Non, l’assimilation à la française n’est pas une «fiction ». Elle a été et est toujours une réalité, à la fois concrète et magnifique, pour des millions de Polonais, d’Italiens, d’Espagnols et de Portugais, dont la majorité a été largement assimilée. A titre personnel je soulignerai le cas des Russes blancs qui ont fourni des Compagnons de la Libération, des académiciens (Troyat), des écrivains (Volkoff), une secrétaire perpétuelle de l’Académie française et des hauts fonctionnaires. Peu d’entre eux ont été ou sont des délinquants, des trafiquants de drogue ou des assassins au nom de la religion orthodoxe.

• Ce ne sont pas les principes abstraits de la République qui ont permis leur assimilation, c’est la France elle-même, la belle France et ses opportunités économiques et sociales, sa société aimable, accueillante, même si les débuts pouvaient être difficiles, tolérante, trop parfois. N’oublions pas l’école publique, véritable usine à assimiler les petits étrangers.

Alors, pourquoi les autres posent-ils un problème vital à notre nation ? C’est, ouvrons la boîte aux évidences niées, leur culture africaine, arabe et surtout musulmane qui les rend inassimilables, ni d’ailleurs intégrables ou « inclusables ». C’est l’islam, doctrine politique autant que religieuse, qui est incompatible avec notre culture et nos institutions, contrairement à ce qu’a dit devant des caméras la présidente d’un parti important.

C’est aussi leur nombre. La France n’est plus une « société d’accueil» et un pays d’immigration. Elle est la victime d’une invasion et est aujourd’hui la cible d’une conquête. Comment assimiler chaque année au moins 250.000 immigrants, l’équivalent d’une ville comme Rennes ?

L’auteur parle de la perte de confiance en soi des nations européennes après les deux guerres mondiales. Pourtant cette confiance en soi avait réapparu et existait un quart de siècle après 1945. Rappelons-nous les miracles économiques allemand, italien, etc., et la présence dans le monde de la France gaullienne. C’est après 1970, et pas seulement en Europe mais aussi aux Etats-Unis, que la génération de 1968 a entrepris et largement réussi son œuvre de destruction morale et intellectuelle des nations occidentales en imposant culpabilisation et repentance. Un bon exemple est, chez nous, cette école historique qui, après la mort de De Gaulle, a entrepris de convaincre les Français qu’ils n’ont été qu’une nation de vaincus et de collaborateurs presque aussi responsables du génocide juif que le peuple allemand.

Les classes populaires sont méprisées et abandonnées

L’égoïsme et la condescendance, en fait le mépris, voire la « prolophobie » des « élites » qui se sont tournées vers la gauche par refus de leurs responsabilités envers le peuple français, pour leurs concitoyens – pensons aux ouvrières bretonnes illettrées de l’actuel occupant de l’Elysée – ont eu deux grandes conséquences :

• l’abandon des « natifs au carré», c’est-à-dire les Français de souche des catégories populaires par la gauche. Pour Terra Nova c’est désormais un électorat perdu et il vaut mieux aller flatter les minorités pour qu’elles deviennent des majorités ;

• confrontées à la haine anti-blanc et à des mœurs et des règles qui ne sont pas les leurs, les catégories populaires ont été amenées à choisir la « séparation » du corps social et à voter pour l’extrême gauche ou une droite radicale ou ne plus voter du tout.

L’Union européenne impose son pouvoir, sa fausse morale et sa tyrannie pour ouvrir les portes des nations européennes aux flux migratoires

  • L’Union européenne a mis en place sa propre politique d’intégration

Cette politique repose sur l’idée, imaginaire mais bien ancrée chez les institutions internationales et à Bruxelles, qu’il n’existe pas d’alternative à l’immigration, inéluctable et bénéfique pour les nations européennes, pour remédier au vieillissement et au dépeuplement de l’UE. Elle repose sur des textes européens et des initiatives multiples qui débouchent sur l’encouragement à l’irruption migratoire grâce au budget européen.

  • L’assimilation à la française est incompatible avec l’intégration à l’européenne

En novembre 2004 les Etats de l’UE ont opté pour un modèle d’intégration qui « est un processus dynamique à double sens d’acceptation mutuelle de la part de tous les immigrants et résidents des Etats membres » qui doit concrétiser « le potentiel des migrations » et qui nie et refuse toute idée d’assimilation.

  • Cette intégration à l’européenne repose sur une fausse morale tournée contre les Européens de souche

La Commission attribue une fin morale au processus d’intégration : tolérance, respect des valeurs universelles, droits fondamentaux humains, valeurs fondamentales (lesquelles ?) de l’UE. Ce pathos a pour objet de placer les migrants sur le même plan que les natifs au carré. Au final c’est bien à ceux-ci de s’adapter aux nouveaux arrivants comme l’a recommandé le rapport Tuot.

  • La stratégie de l’UE : convaincre les peuples européens des bienfaits et des mérites de la diversité et du multiculturalisme

C’est à une propagande de type orwellien que se livre l’UE pour promouvoir la diversité et le multiculturalisme dans toute l’Europe. M. Tribalat évoque le « Manuel d’intégration 2010 » et l’invention par la commission du « Code de conduite alternatif » destiné aux journalistes afin de contourner la liberté de la presse.

  • Cette politique d’ouverture et d’intégration s’impose aux Etats européens

En fait, l’auteur ne va pas complètement jusqu’au constat ultime. Cette politique d’ouverture à l’immigration et d’intégration n’est pas subie ou acceptée pour de quelconques raisons morales. Elle est voulue et exigée par l’UE pour organiser l’invasion et l’occupation de l’Europe et imposer aux nations européennes une société multiculturaliste de consommateurs pour le plus grand bien de l’oligarchie mondiale.

C’est sur la base des règles européennes que les membres de l’UE sont tenus de respecter cette politique. Les citoyens n’ont pas à donner leur avis et, une fois de plus, Bruxelles fait la preuve de son mépris intrinsèque de la démocratie et des peuples européens.

Et la France ? Obéissante et suiviste

Soumis aux règles et directives européennes notre pays semble renoncer à ses traditions d’assimilation puisque, à en croire M. Tribalat, on peut trouver sur le site du ministère de l’Intérieur la référence à la définition européenne de l’intégration.

Pour retrouver la maîtrise de sa politique migratoire il faudrait à notre pays une véritable volonté politique. Celle-ci n’existe pas. Au contraire, nos gouvernants refusent de se servir de la faible marge de manœuvre dont la France pourrait disposer. Ce fut le cas du temps de Sarkozy qui répondit en 2011 à une consultation de l’UE sur les modifications éventuelles du regroupement familial qu’il n’était pas favorable à une révision du cadre actuel.

Comme le fait d’ailleurs observer M. Tribalat, à supposer que cette volonté existe, il faudrait à notre pays se défaire des liens qui le lient aux conventions internationales qu’il a signées.

Il faudrait aussi que le logiciel européen de l’immigration soit complètement changé. C’est improbable sauf si, selon M. Tribalat, s’opère un basculement politique de quelques pays européens vers des positions plus dures vis-à-vis de l’immigration. M. Tribalat ne pouvait prévoir la révolte de Visegrad et en particulier celle de la nation résistante et héroïque : la Pologne, contre cette tyrannie. Souffle d’espoir ?

André Posokhow
Consultant
18/07/2017

Michèle Tribalat, Assimilation : la fin du modèle français, L’artilleur, septembre 2013, 352 pages

Notes :

(*) Les yeux grands fermés Michèle Tribalat
https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Yeux_grands_fermés

(**) a/ Note de lecture de Claude Lorne, 12 octobre 2013
« Assimilation / La fin du modèle français » de Michèle Tribalat
https://www.polemia.com/assimilation-la-fin-du-modele-francais-de-michele-tribalat/

         b/ Note de lecture de Bruno Guillard,
« Assimilation/ La fin du modèle français » de Michèle Tribalat (une deuxième analyse) 13 octobre 2013
https://www.polemia.com/assimilation-la-fin-du-modele-francais-de-michele-tribalat-une-deuxieme-analyse/

Correspondance Polémia – 19/07/2017

Image : INSEE