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Alain Soral condamné pour avoir réédité Léon Bloy, un jugement absurde

Alain Soral condamné pour avoir réédité Léon Bloy, un jugement absurde

par | 1 octobre 2020 | Société

Par Pierre de Meuse, écrivain, essayiste et docteur en droit ♦ C’est peu dire que la ligne, le style et le comportement d’Alain Soral ne sont pas la tasse de thé de Polémia. Pour autant, sa condamnation à verser 135 000 € à la LICRA pour avoir réédité un livre de Léon Bloy représente une formidable atteinte à la liberté d’expression et de pensée. Et un précédent redoutable.
Nos lecteurs trouveront ci-dessous une analyse ferme et tranquille de l’essayiste conservateur Pierre de Meuse.
Polémia.

Caviardage et LICRA

Alain Soral a été condamné la semaine dernière par la cour d’appel de Paris à payer 134 400 euros à la LICRA, sans compter les frais de justice pour avoir diffusé un « ouvrage antisémite ». Il s’agit du livre de Léon Bloy : Le Salut par les Juifs. Remarquons d’abord que cette œuvre, parue en 1892 et rééditée de nombreuses fois depuis, n’a pas été enseveli dans l’enfer des bibliothèques ; il est disponible gratuitement sur internet sur plusieurs sites en fac-similé de diverses éditions, avec, bien entendu un texte intégral.

Or Soral avait réédité ce texte par l’intermédiaire de sa maison d’édition en 2013, ce qui avait entraîné une action en justice de la LICRA, à laquelle le tribunal de Bobigny avait donné raison, ordonnant le retrait de quinze passages jugés antisémites, sous peine d’une lourde amende de retard. Soral cessa donc de le diffuser.

En 2018, cependant, il recommença à le publier par sa maison d’édition « KontreKulture ». À la suite d’une nouvelle instance de la LICRA, le juge de l’exécution condamne alors Soral, et la décision est confirmée en appel.

Soral, visé parce qu’opposant politique ?

Remarquons d’abord qu’il est étrange de condamner lourdement un homme pour avoir diffusé un texte datant de 130 ans, et toujours disponible dans son intégralité sur internet (wikisource notamment). Va-t-on condamner les éditions de la Pléiade pour avoir repris les écrits antisémites de Voltaire dans ses œuvres complètes ? Ou exiger le caviardage des textes de Luther sur ce sujet ? Il s’agit en fait d’un procès ad hominem, par lequel on veut la peau d’un opposant détesté, et la législation issue de la loi du 3 janvier 1985 régissant les associations habilitées à ester en justice montre ainsi son côté partisan et dangereux pour la liberté de pensée.

Un ouvrage antisémite ?

Ce point étant signalé une fois de plus, il faut également parler du livre incriminé. En un mot, Le salut par les juifs est-il un ouvrage antisémite ?
La réponse n’est pas évidente, n’en déplaise à la LICRA.

En effet, ce livre a été écrit par Léon Bloy pour répondre à La France juive de Drumont, et les combattre tous les deux. Il est vrai que le texte contient de nombreuses invectives, notamment contre « le mercantilisme des juifs », et c’est sans doute pour cela que Soral se plaît à le citer, mais comme Bloy est un imprécateur qui couvre d’injures à peu près tout le monde, cela ne tire guère à conséquence. En fait, non seulement Bloy est hostile à l’antisémitisme, mais il développe au fil des pages une incroyable louange héroïque du peuple hébreu, par exemple : « Les Juifs, si prodigieusement harmoniques à l’Esprit-Saint dont on entend perpétuellement la voix juive dans le contre-bas de nos liturgies, parce que cet Esprit a soufflé sur eux comme l’ouragan, » (p 70).

D’où une diatribe contre les actes d’hostilité à leur égard : « Tel est l’impossible dilemme où le Moyen-Âge se tordit comme dans les branches d’un étau. Aussi ne s’interrompait-il de maudire ou de massacrer ces antagonistes abominables que pour se traîner à leurs pieds, en les suppliant, avec des sanglots, d’avoir pitié du Dieu pâtissant. »

Car, selon lui : « Les frères anathèmes ou persécuteurs représentent toujours le Peuple de Dieu contre le Verbe de Dieu. C’est une règle invariable et sans exception que l’Éternité ne changerait pas. » p 69.

Voilà pourquoi Bernard Lazare, avocat de Dreyfus et maître de Péguy appelait Léon Bloy « un philosémite ». Dans son livre, l’auteur de La femme pauvre, reprend la vieille argumentation de la théologie chrétienne sur les juifs, quelque peu schizophrène, à vrai dire, mais en la gonflant d’un élan mystique à la gloire de la Race élue, « pour toujours ». Citons : « L’histoire des Juifs barre l’histoire du genre humain comme une digue barre un fleuve, pour en élever le niveau. Ils sont immobiles à jamais, et tout ce qu’on peut faire, c’est les franchir en bondissant avec plus ou moins de fracas, sans aucun espoir de les démolir. »

Ainsi donc, des magistrats incultes interdisent un livre qu’ils sont incapables de comprendre. Comme nous ne sommes admirateurs ni d’Alain Soral, ni de Léon Bloy, nous devrions nous borner à un haussement d’épaules. Cependant, deux choses nous choquent dans cette information :

  • D’abord que tous les catholiques qui encensent le « mystique du pauvre » (les noms abondent autour de nous) restent cois devant un tel contresens sous prétexte qu’ils détestent Soral. Pourtant, un peu de courage ne messiérait pas.
  • Ensuite parce que le Droit actuel, plutôt que de donner une définition claire du délit d’antisémitisme, préfère considérer qu’est antisémite toute personne qui, n’étant pas juive, parle des juifs autrement que pour en dire du bien ou sans autorisation des autorités juives compétentes.

Ce n’est pas très logique.

Pierre de Meuse
01/10/2020

Crédit photo : Domaine public

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