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USA : les vies blanches valent-elles moins que les vies noires ?

USA : les vies blanches valent-elles moins que les vies noires ?

par | 19 juillet 2020 | Exclusivité Polémia, Société

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère ♦ La peine de mort fédérale a été rétablie aux États-Unis la première exécution depuis dix-sept ans vient d’avoir lieu. On pouvait penser que les médias allaient se déchainer contre Trump. Il y a eu un frémissement mais immédiatement étouffé. Et pour cause : le condamné à mort qui clamait son innocence n’était autre qu’un suprémaciste blanc. Pas de pitié, donc, pour cette engeance de « la main droite du diable ». On attendra pour l’indignation l’exécution d’un criminel noir dont la vie alors vaudra quelque chose. Pour le moment, deux Blancs ont été exécutés au niveau fédéral.

Coupable ou innocent ?

Le 15 juin 2020, le procureur général William P. Barr, mettant en œuvre un vœu exprimé à maintes reprises par le président Trump, ordonnait au Bureau fédéral des prisons (BOP) de programmer l’exécution de quatre détenus fédéraux. Les États-Unis ont connu une évolution impressionnante vers l’abandon de la peine capitale. A la mi-2020, 22 Etats et le district de Columbia avaient aboli la peine de mort et dans trois Etats, par décision du gouverneur, les exécutions étaient suspendues. Le nombre de condamnations et d’exécutions n’a du reste cessé de diminuer: 22 en 2019, soit la seconde donnée la plus basse en vingt-huit ans; de même n’a-t-on enregistré la même année que 34 condamnations à mort, également la seconde donnée la plus basse enregistrée en quarante-six ans.

Daniel Lee, 47 ans, a succombé à une injection létale dans la prison de Terre Haute, dans l’Indiana. « Vous tuez un homme innocent », a déclaré le condamné avant de mourir, selon un journaliste de l’Indianapolis Star témoin de l’exécution. Cet homme avait été reconnu coupable en 1999 du meurtre d’un couple et de sa fillette de 8 ans dans l’Arkansas lors d’un cambriolage destiné paraît-il à financer un groupe suprémacistes blanc. Ce que contestait Daniel Lee, qui répétait que lui et son coaccusé se trouvaient dans une autre partie du pays au moment des meurtres.

Nouvelle exécution le 16 juillet, celle de Wesley Purkey reconnu coupable en 2003 d’avoir violé et tué une jeune fille de 16 ans, avant de la démembrer et de brûler son corps, puis de jeter les cendres dans une fosse septique. Son exécution, prévue initialement mercredi dans la même prison de l’Indiana, a été retardée par de multiples recours judiciaires de ses avocats et de ses proches, affirmant que le châtiment était inhumain pour un homme atteint de la maladie d’Alzheimer et qui souffre de schizophrénie.

Avec Trump les blancs meurent aussi

La demande de surseoir à l’exécution de la sentence de mort a été rejetée, selon la décision de la Cour suprême qui a invalidé un jugement prononcé la veille par un tribunal de district qui suspendait l’exécution. Quatre des neuf juges de la Cour ont toutefois été en désaccord avec cette décision.

Wesley Purkey avait reconnu sa culpabilité, contrairement à Lee. On notera que dans les films américains « abolitionnistes », les héros — forcément victimes de racisme ou de sexisme — sont des noirs ou des femmes. Il y a peu de chance donc de voir un film sur le cas de Daniel Lee. Le fait de porter le même nom que le plus célèbre des généraux sudistes, dont on veut déboulonner les statues, aura sans doute aggravé son cas et joué pour la présomption de culpabilité de ces suprémacistes. Preuve que, avec Trump les blancs meurent aussi.

Mais ce qui révulse les médias, c’est autre chose. Le journal suisse et ultra politiquement correct Le Temps plus s’en étouffe d’indignation. Le président Donald Trump a brièvement partagé sur son compte Twitter une vidéo, montrant un affrontement verbal violent entre plusieurs de ses soutiens et de ses opposants, avant qu’un homme ne hurle «White Power», le cri de ralliement des suprémaciste blancs. Apparemment filmée dans une résidence privée pour retraités en Floride, on voit d’abord un homme, conduisant une voiturette de golf ornée de pancartes «Trump 2020» et «America First», être apostrophé par des manifestants qui le traitent de raciste. L’homme décide alors de répondre, poing levé: «White power, voilà, white power». Donald Trump a relayé la vidéo en l’accompagnant du message «Merci aux super habitants des Villages», du nom de cette communauté pour les plus de 55 ans, qui accueille 115 000 habitants dans le nord de la Floride. Quelques heures plus tard, alors que la polémique commençait à monter dans les médias américains, le président a supprimé son retweet.

Pierre Boisguilbert
19/07/2020

Source : Correspondance Polémia

 

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