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Un « royal wedding » au service de l’antiracisme

Un « royal wedding » au service de l’antiracisme

Par Camille Galic, journaliste, essayiste ♦ C’est ce 19 mai que plus d’un milliard de téléspectateurs suivront les noces, célébrées en la chapelle Saint-Georges du château royal de Windsor par Justin Welby, archevêque de Canterbury — et de son propre aveu groupie du rappeur ghanéen Stormzy —, du prince Harry de Galles, sixième dans l’ordre d’accession au trône britannique, avec l’actrice et animatrice de télévision américaine Meghan Markle, issue par sa mère d’esclaves noirs.
« Un mariage princier qui s’annonce légendaire, sacre d’une histoire d’amour qui a débuté il y a deux ans déjà, et qui ne cesse depuis de passionner les fans du monde entier », s’émerveillait le quotidien gratuit 20 minutes.


Sang bleu, peau noire et nombre d’or

Ce sacre — intervenu 65 ans après celui, bien réel celui-là et qui contribua au premier chef à l’installation de la reine télévision dans les foyers occidentaux, de S. M. Elizabeth II — a été précédé d’une préparation qu’eût admiré Gustave Le Bon, le théoricien de la Psychologie des foules.

A peine l’idylle connue, les généalogistes se mobilisèrent pour démontrer qu’en dépit des apparences, le rouquin Harry et la très brune Meghan étaient proches puisque cousins au quinzième degré, descendant tous deux par leur père de Ralph Bowes, grand shérif au XVème siècle du comté de Durham dans le nord-est de l’Angleterre et lointain ancêtre de la feue reine consort Elizabeth, née Bowes-Lyon et mère de l’actuelle souveraine. A noter qu’on nous avait déjà fait le coup avec Barack Hussein Obama, cousin de nombre de têtes couronnées dont  Elizabeth II elle-même puisque issu par sa mère de Henri II Plantagenêt et donc… de Charlemagne, lui-même petit-fils de notre Charles Martel !

Cette « évidence » bien ancrée, y compris dans les esprits chagrins qui trouvaient un peu trop sombre Miss Markle, parut en janvier 2018 une savante étude universitaire due à Chris Stringer, directeur des recherches au Musée d’histoire naturelle de Londres, selon lequel le « Cheddar Man », chasseur-cueilleur ancêtre des Britanniques ayant vécu il y a quelque 10 000 ans dans le sud-ouest de l’Angleterre, avait certes les yeux bleus, mais la peau noire comme l’enfer. Certes, M. Stringer reconnaît qu’« une reconstitution du visage de Cheddar Man, réalisée il y a seulement quelques années, le montrait avec les cheveux noirs, mais avec la peau plus claire » ; toutefois, c’était sans compter sur « les nouvelles techniques de séquençage du génome, mises au point ces dernières années ».

La question couleur ainsi réglée, une autre étude fit grand bruit, due cette fois au très renommé chirurgien esthétique Julian De Silva. Mathématiquement, pour lui, Meghan Markle est infiniment plus belle que sa future belle-sœur Katherine Middleton car, selon le « nombre d’or », formule utilisée par les Grecs Anciens afin de mesurer le visage parfait, c’est celui de l’Afro-Américaine qui s’en rapproche le plus. Selon l’équation, qui étudie douze éléments du visage et calcule la symétrie faciale, l’actrice, dont « le nez se rapproche de la perfection avec un score de 98,5 % » (au point que de multiples fashionistas exigeraient désormais le même tarin), a obtenu une note globale de 87,4 %, contre 86,8 % seulement pour Kate. Enfoncées Aphrodite et la Belle Hélène,  c’est devant la métisse que Phidias et Praxitèle se fussent pâmés tant « sa beauté est classique » !

Une Pygmalion primée par le B’nai B’rith

La cause est donc entendue : l’ex-épouse du producteur hollywoodien Trevor Engelson a toute sa place — et même la première —à la cour de Saint-James et il faudrait être singulièrement rétrograde pour s’offusquer de son mariage en grande pompe et dans l’enthousiasme général avec une royalty, dussent s’en retourner dans leur tombe Edouard VIII, contraint à l’abdication en décembre 1936 pour avoir voulu épouser la divorcée également américaine Wallis Simpson, et la princesse Margaret, obligée de renoncer en 1955 à son grand amour Peter Townsend, héros de guerre et parfait gentilhomme mais lui aussi divorcé.

Autant que le déroulement de la « royal romance » et les préparatifs du « sacre » du 19 mai, les spéculations sur la robe nuptiale de la mariée, d’un blanc lilial, et la participation aux festivités du chanteur Elton John et de son mari, la liste des invités a passionné le public, pas seulement britannique.
Parmi ces invités une femme peu connue sous nos climats mais d’une importance décisive dans la carrière et peut-être le destin de la mariée : sa pygmalion Bonnie Hammer, qui, en sa qualité de patronne de USA Network puis de NBC Universal, l’imposa dans le feuilleton à succès Suits et de multiples émissions. Or, qui est Mrs Hammer ? Née de parents judéo-russes, elle profita de sa prépondérance dans les médias audiovisuels pour se faire le fer de lance de la campagne « Erase the Hate » (Eradiquer la haine — raciale), créa « Characters Unite », un programme télévisé, diffusé sur les antennes et dans les écoles, visant à « combattre la haine et la discrimination » comme à « promouvoir la tolérance et l’acceptation de l’autre ». Ce qui lui valut de nombreux prix dont, en 2010, celui de l’Anti-Defamation League, la LICRA états-unienne, et, en 2012, celui des loges maçonniques juives B’nai B’rith pour « son engagement dans toutes les initiatives contre le racisme et le sectarisme ».  Le magazine économique Fortune l’a maintes fois incluse dans sa liste annuelle des « 50 femmes les plus puissantes » et, en 2016, Vanity Fair la classait parmi les « Hollywood moguls, Wall Street titans, and cultural icons ».

Cet être fabuleux, mi-titan mi-icône, qui a fait de la « diversité » et du métissage son attelage de combat et dispose en Europe d’innombrables relais, a-t-elle été la dea ex machina de la « royal romance » qui a tant ému les foules, comme l’activiste franco-sénégalaise Rokhaya Diallo a joué un rôle majeur dans la désignation de la métisse polono-béninoise Mathilde Edey Gamassoupour incarner Jeanne d’Arc aux fêtes johanniques d’Orléans ? Dans le loukoum des commentaires journalistiques, la question n’a jamais été posée.

Camille Galic
17/05/2018

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Genevieve [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

Camille Galic

Camille Galic

Diplômée des Langues orientales, directeur de l’hebdomadaire Rivarol de 1983 à 2010, Camille Galic a aussi collaboré à des publications comme Le Spectacle du monde et Le Crapouillot. Sous son pseudonyme Claude Lorne, elle a rédigé en 2012 Les Médias en servitude pour la Fondation Polémia, dont elle est une contributrice régulière depuis 2011. Chroniqueuse au quotidien Présent, elle a publié en 2013 un Agatha Christie (éd. Pardès, coll. « Qui suis-je ? »).
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