Accueil | Exclusivité Polémia | Peine de mort : pour un vrai débat

Peine de mort : pour un vrai débat

Peine de mort : pour un vrai débat

par | 15 septembre 2020 | Exclusivité Polémia, Politique, Société

Rediffusion Polémia – François Mitterrand a ouvert symboliquement sa présidence en abolissant la peine de mort. Non moins symboliquement, Jacques Chirac a achevé la sienne en voulant inscrire cette abolition « en toutes circonstances » dans la Constitution. Pour autant le débat n’est pas clos. Il reste plus que jamais ouvert… pour peu que les abolitionnistes acceptent la confrontation avec les faits. Et puisque le point de vue abolitionniste s’exprime partout et celui de leurs adversaires nulle part, Polémia va résumer, dans un souci pluraliste de rééquilibrage, les arguments de ces derniers.

Explications :

Il est mensonger d’affirmer que la tendance à l’abolition de la peine de mort soit irréversible. En dehors des 27 États de l’Union européenne, sortis de l’histoire, tous les grands États la pratiquent : la Chine, bien sûr, mais aussi et surtout l’Inde, la plus grande démocratie du monde, le Japon et les États-Unis qui, après l’avoir suspendue en 1967, l’ont progressivement rétablie pour 38 États et l’État fédéral.

Il est faux de dire que la peine de mort n’est pas dissuasive. Certes, elle ne dissuade pas tous les criminels mais son existence est un élément qui peut en retenir certains de passer à l’acte. C’est en tout cas ce que démontrent expérimentalement de nombreuses études économétriques américaines fondées sur la variété d’expériences dans le temps des différents États.

Il est donc moralement malhonnête d’opposer les « sympathiques humanistes abolitionnistes » aux « barbares non civilisés peu soucieux de la dignité humaine » et favorables à la peine de mort. Simplement parce que ces derniers attachent plus de prix à la vie humaine innocente qu’à celles de criminels avérés. Ils choisissent une morale des conséquences pour laquelle le principe « Tu ne tueras pas » s’applique aux innocents mais non aux meurtriers. Comme les pères de l’Église en avaient fait l’interprétation.

Il est intellectuellement douteux de faire l’impasse sur le lien philosophique et politique entre la peine de mort et la souveraineté de l’Etat, dont la caractéristique est de se voir déléguer le monopole de la violence légitime. Prétendre l’abolir « en toutes circonstances », c’est implicitement renoncer à l’exercice de la souveraineté qui suppose de pleinement pouvoir agir lors de circonstances exceptionnelles. Il est d’ailleurs permis de s’interroger sur la cohérence d’un État qui s’interdit la peine de mort « en toutes circonstances » mais qui garde une armée et des services spéciaux.

L’attitude des nations abolitionnistes d’Europe est d’ailleurs singulière. Elles considèrent la peine de mort comme « barbare » mais s’en remettent à la domination américaine du monde et se soumettent à un ordre mondial qui reste fondé sur les gibets de Nuremberg et de Bagdad. N’est-ce pas tout simplement parce qu’elles ont délégué l’exercice de la force et de la puissance à d’autres qu’elles ? Et ce sans l’aval des peuples, car sur ce sujet-là comme sur d’autres la procédure référendaire n’est pas utilisée.

Polémia
Archive Polémia du 20/01/2007. Rediffusion le 15/09/2020

Cet article vous a plu ?

Je fais un don

Soutenez Polémia, faites un don ! Chaque don vous ouvre le droit à une déduction fiscale de 66% du montant de votre don, profitez-en ! Pour les dons par chèque ou par virement, cliquez ici.

Je m'abonne

Trois fois par semaine dans votre boîte aux lettres électronique, la Lettre de Polémia.
 

In memoriam Gilles Soulas, agence tous risques de la droite nationale

Militant politique engagé dès ses 14 ans, combattant de la liberté au Liban aux côtés des Forces...

Éric Zemmour. Premier chapitre : de l’action !

Par Antoine Solmer, médecin spécialiste (retraité), écrivain, essayiste ♦ Le livre d'Éric...

Marion Maréchal en Hongrie : Viktor Orbán à l’avant-poste de la résistance

Par Paul Tormenen, juriste et spécialiste des questions migratoires ♦ Ce jeudi 23 septembre...

Quand les gènes gênent. Pour en finir avec la fable multi-ethnique de la France

Par la Cocarde Étudiante ♦ « Le problème n’est pas que la France soit multiethnique, elle...

Sous-marins australiens : une rupture liée à la Nouvelle-Calédonie ?

Par Pierre Boisguilbert ♦ Dans ce dossier de rupture de contrat des sous- marins...

Habermas et l’hypothèque idéologique allemande

Par Gérard Dussouy, professeur émérite des universités, essayiste ♦ Polémia suit...

Mots gaulois et mots arabes, halte aux mensonges !

Par Jacob Maxime, diplômé de science politique, coauteur avec Fiorina Lignier du livre Tir à vue...

Drame chez LR ! La « droite » ne peut officiellement soutenir son candidat naturel, Macron

Par Didier Beauregard, journaliste et essayiste ♦ La droite LR a un candidat naturel pour...

Zemmour sur la peine de mort : une rupture nécessaire avec l’idéologie dominante

Par Jean-Yves Le Gallou, président de la Fondation Polémia ♦ « Le débat sur la peine de...

Immigration : comment en finir avec les frontières passoires ?

Les débats de l’élection présidentielle en 2022 Par Paul Tormenen, juriste et spécialiste des...