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Ni éoliennes, ni méga-bassines !

Ni éoliennes, ni méga-bassines !
Ni éoliennes, ni méga-bassines !

Chez les écolos et à la Nupes, on n’aime pas les bassines et on manifeste violemment contre elles… mais on a les yeux de Chimène pour les éoliennes et les panneaux photovoltaïques ! Chez les conservateurs, on combat les éoliennes mais on est plus indulgents avec les bassines. Chez les Macronistes on rêve d’une France où les paysages traditionnels seraient remplacés par des forêts d’éoliennes, des fermes solaires (sic) et des méga-bassines. Or ni l’une, ni l’autre ne correspondent à l’intérêt général. Nos lecteurs trouveront ici un court argumentaire rédigé par un correspondant de Polémia qui observe et connaît l’artificialisation des sols et les ravages provoqués par ces investissements aussi coûteux que nuisibles en Charente.
Polémia.

De nombreux arguments peuvent être avancés contre les éoliennes et les bassines. On n’en retiendra ici que deux, qui nous paraissent essentiels, pour chaque catégorie.

1 – Les éoliennes

1-1 L’intérêt national

La France avait, il y a vingt ans, une position avancée dans le domaine de l’énergie nucléaire, qui présentait trois avantages : produire une électricité à un coût très compétitif sur le marché européen, assurer l’indépendance nationale dans le domaine de l’énergie, fournir une électricité décarbonée, non émettrice de gaz à effet de serre, contribuant ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique. Le troisième avantage n’était pas prévu à l’origine, mais s’est révélé au fil du temps pour notre plus grande satisfaction.

L’Allemagne, qui s’était laissé distancer dans ce domaine, s’est servi des institutions européennes comme d’un levier pour annuler l’avantage de la France et pour tendre au remplacement du nucléaire, au moins en partie dans un premier temps, par des énergies dites « vertes » et « renouvelables ». L’Union européenne s’est prêtée à ce jeu qui lui permettait d’appliquer dans le domaine de l’énergie ses objectifs habituels d’uniformisation des pays membres et d’arasement des souverainetés nationales. La classe politique française, fascinée par l’Europe, et quelquefois par l’Allemagne, n’a pas résisté.

Les éoliennes font partie de ces sources d’énergies dites renouvelables. Toutefois, comme il s’agit d’une source intermittente, elle doit pouvoir être relayée à chaque instant par des centrales thermiques, fonctionnant en général au gaz, parfois même au charbon. Ainsi sont annulés les trois avantages de la politique française de l’énergie : le gaz est acheté à prix d’or à l’étranger, dont nous devenons dépendants, et en plus les centrales thermiques sont fortement émettrices de gaz à effet de serre, ce qui fait dégringoler notre « bilan carbone ».

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1-2 L’intérêt local

Les éoliennes participent à de multiples actions convergentes de dévalorisation des zones rurales de la « France périphérique ». Atteintes aux paysages, au cadre de vie, à la santé, à la biodiversité, etc. La liste est longue. On pourrait ajouter le mépris pour le sort et l’opinion des populations locales qui protestent de plus en plus contre l’implantation de vastes projets éoliens, imposés même lorsque la majorité des habitants et les élus n’en veulent pas. Pour ces  populations locales, le mépris qu’elles subissent dans le domaine éolien représente une petite partie d’un mépris plus vaste des élites envers la démocratie.

Certains maires toutefois ont accueilli favorablement des projets éoliens (c’est de moins en moins le cas) au motif qu’ils apporteraient aux communes et aux départements des produits fiscaux nouveaux permettant de compenser l’érosion des subventions de l’État. Là aussi, l’opinion générale est en cours de changement. Car il faut mettre en balance l’apport fiscal des éoliennes et la perte de valeur subie par le patrimoine immobilier des habitants du voisinage. Ce simple calcul est déjà en général défavorable aux communes. Et le bilan est encore plus défavorable si l’on ajoute le désagrément du saccage du cadre de vie, voire le coût des occasions perdues lorsque des « urbains » à la recherche d’une thébaïde renonceront à venir s’installer près des éoliennes.

Ainsi l’intérêt national et l’intérêt local se conjuguent contre les éoliennes.

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2– Les bassines

2-1 L’argument de la rareté

Selon les agriculteurs irrigants, les « bassines » seraient des réserves captant une eau de ruissellement qui serait autrement vouée à se perdre dans la mer. Les réserves d’aujourd’hui sont dites en général « de substitution » car on ne les remplit pas l’été, quand l’arrosage est nécessaire, mais l’hiver, quand l’eau est plus abondante. L’eau réservée est conservée quelques mois avant d’être utilisée. Tout semble donc parfait.

Il y a toutefois un malentendu. L’eau des réserves de substitution n’est pas pompée dans les rivières, mais puisée, souvent au moyen de forages très profonds, dans la nappe phréatique. Cette eau n’est donc pas destinée à aller à la mer. La substitution ne fait pas que déplacer le problème, elle l’aggrave. De plus, les sécheresses que l’on constate aujourd’hui l’hiver, et non plus seulement l’été, affectent aussi les nappes phréatiques. Ces dernières sont en déficit, même si c’est moins visible que des rivières à sec.

Devant cette situation, quelles sont les réactions ? Les contestataires demandent des changements de cultures et de méthodes culturales afin d’adapter l’agriculture à la diminution de la ressource en eau. Les irrigants au contraire multiplient les demandes d’autorisations de bassines que l’État leur accorde assez largement, pour des aménagements de plus en plus géants dans le cadre de méthodes culturales inchangées. On va dans le mur.

L’État ne joue pas son rôle. La nappe phréatique n’appartient à personne en particulier. La théorie des droits de propriété ne s’y applique pas et, faute de cette régulation automatique, chaque professionnel a intérêt à pomper le maximum aussi longtemps qu’il en reste. Devant une telle situation, c’est à l’État de réglementer sévèrement l’accès pour préserver l’usage de tous, et en premier lieu celui de l’eau potable pour les ménages, dans la durée. Il affirme certes gérer cet accès par des arrêtés préfectoraux, mais ils sont plus ou moins bien décidés et plus ou moins bien appliqués.

2-2 L’argument de la justice

Au lieu de favoriser une révision des pratiques professionnelles, l’État encourage les pratiques existantes en subventionnant à tour de bras les « mégabassines » par le biais des agences de l’eau. Pour une bassine qui peut coûter un million d’euros, l’association irrigante, parfois constituée de quelques agriculteurs de la même famille, perçoit une subvention de 70%, et parfois davantage. Plus tard, l’eau tirée de la nappe pour la bassine sera facturée à l’irrigant à peu près quelques dixièmes de centimes d’euros le m3, c’est-à-dire un prix symbolique. Qui refuserait un tel marché ?

Dans ce système, les 30% du prix de la bassine qui incombent aux irrigants représentent tout de même une lourde charge, difficile à assumer pour un petit agriculteur. Dans ces conditions, en général, il reste surtout les plus gros dans le jeu. Qui peut s’étonner alors de voir des syndicats de petits agriculteurs alliés aux mouvements de gauche manifester devant les bassines en construction ?

***

Les éoliennes et les bassines posent des problèmes bien différents. Cependant elles ont un point commun : elles révèlent la faiblesse de l’État face à l’Union européenne pour les éoliennes et face aux groupes de pression pour les bassines.

Correspondance Polémia
31/03/2023

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